Retards, texte oublié, acteurs épuisés : le tournage fut un enfer. Soixante-sept ans plus tard, la comédie reste un chef-d’œuvre absolu. Ce soir à 22h45 sur Ciné+ Classic et disponible à la demande sur myCANAL.
Marilyn Monroe et Tony Curtis dans « Certains l’aiment chaud » de Billy Wilder MEDIAWAN RIGHTS - CINE+ CLASSIC
Tony Curtis a toujours été persuadé qu’il avait été blousé, sur ce tournage : il donnait le meilleur de lui-même à la première prise, puis décroissait. Or, pour Marilyn Monroe, c’était exactement le contraire. Dans le rôle de Sugar Kane, la belle enjôleuse, elle est évidemment parfaite. Le rôle de sa vie a néanmoins coûté cher aux producteurs : Marilyn avait besoin d’au moins 40 prises pour commencer à fonctionner. Inutile de dire que le reste de l’équipe, à ce moment-là, était épuisé. Billy Wilder, malade d’angoisse, ravagé de colère contre cette femme qui n’avait aucun respect pour les autres, eut quand même la sagesse de céder à ses caprices fous.
« Embrasser Marilyn Monroe, c’est comme embrasser Hitler ! »Les autres acteurs, eux, devaient suivre le mouvement, tant bien que mal : Frank Sinatra avait refusé le scénario, laissant la place à Jack Lemmon et, au départ, c’est Dean Martin qui devait incarner le personnage de Tony Curtis. Finalement, ce dernier, en rage d’être si mal traité, eut la fameuse réflexion : « Embrasser Marilyn Monroe, c’est comme embrasser Hitler ! » De fait, Marilyn, très vite, commença à arriver en retard, voire à ne pas venir du tout. Elle ne connaissait pas ses répliques, et une simple phrase comme « Où est le bourbon ? » demanda 47 prises, avec des Post-it affichés partout, y compris dans le tiroir de la commode.
A la fin du tournage, elle se contentait de lire son dialogue sur de grands tableaux noirs hors champ (on peut voir ses yeux parcourir le texte dans la scène où elle téléphone à Curtis). Wilder avait déjà tourné avec Marilyn, notamment dans « Sept ans de réflexion ». Il disait : « Elle a des seins en granit et une cervelle en gruyère. » Il savait qu’elle était insupportable. Il termina le tournage avec un mois de retard et d’horribles souffrances psychosomatiques. Mais, plus tard, il reconnut : « Si je dois refaire un film avec Marilyn demain, j’accours. » Il reste un mystère : pourquoi Wilder a-t-il décidé de tourner en noir et blanc ? Peu importe, au fond. Car soixante-sept ans ont passé, et « Certains l’aiment chaud » reste un chef-d’œuvre total.
◗ Mercredi 23 septembre à 22h45 sur Ciné+ Festival. Comédie américaine de Billy Wilder (1959). Avec Marilyn Monroe, Tony Curtis, Jack Lemmon. 1h56. (Disponible à la demande sur myCANAL).
Par François Forestier