Le gouvernement français a annoncé une série d’aides ciblés pour répondre à l’inquiétude des Français face aux prix records des carburants, en refusant une baisse généralisée des taxes. De l’Espagne à l’Allemagne, tous les pays européens sont confrontés à cette problématique. Avec des réponses qui divergent.
Une station-service de Burgos, dans le nord de l’Espagne, le 20 mars 2026. CESAR MANSO / AFP
Partout en Europe, les prix des carburants flambent. Mais pour répondre à l’inquiétude des citoyens qui voient leur pouvoir d’achat rogné, les pays membres de l’Union européenne (UE) optent pour différents outils.
En France, le gouvernement Lecornu a notamment annoncé mardi une prolongation et un élargissement de l’aide aux grands rouleurs. Une « usine à gaz » qui ne « répond pas au problème », a fustigé ce mercredi 23 septembre la secrétaire générale de la CGT. Car non seulement « c’est très compliqué de faire cette demande », dit Sophie Binet, mais en plus « c’est 100 euros en une fois, or 100 euros c’est un plein ».
Les prix à la pompe ne baissent pas, et ce depuis plusieurs semaines : en moyenne en France, le litre de gazole coûte 2,41 euros, quand le litre sans-plomb 95 revient à 2,18 euros. En comparaison, la moyenne de l’UE de 2,16 euros le litre de gazole et 2,06 euros le litre de sans-plomb 95. Quel que soit le carburant, la France est le cinquième pays de l’UE où le plein est le plus onéreux, derrière la Finlande, le Danemark, les Pays-Bas et l’Allemagne.
Face à la flambée des prix provoquée par les conflits au Moyen-Orient et en Ukraine, les pays de l’UE ont mis en place différentes stratégies.
• Baisse des taxes, dont la TVACertains pays ont ainsi décidé de baisser les taxes sur les carburants, afin de réduire mécaniquement le prix à la pompe. En Espagne par exemple, le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez a décidé en mars dernier de passer la TVA de 21 à 10 %, une mesure qui a pris fin le 1ᵉʳ juillet. Par ailleurs, une baisse temporaire de la taxe sur les hydrocarbures a permis de maintenir des prix plus bas qu’en France : 46 centimes d’euros en moins sur le litre gazole et 30 centimes d’euros d’économie sur le litre de sans-plomb 95.
Au Portugal, le gouvernement de Luís Montenegro a baissé en mars dernier sa taxe sur les produits pétroliers. Une remise d’environ 25 centimes d’euros, selon le Premier ministre, en plus d’une aide de 38 millions d’euros pour les secteurs les plus exposés. Les prix sont aussi moins élevés qu’en France : 14 centimes d’euros en moins sur le litre de gazole et 10 centimes d’euros d’économie sur le litre de sans-plomb 95. La stratégie est identique en Italie, où la baisse des taxes sur les carburants permet d’économiser, par rapport à la France, 10 centimes d’euros sur le litre de gazole et 8 centimes d’euros sur le litre de sans-plomb 95.
En Allemagne, le gouvernement de Friedrich Merz a aussi annoncé des mesures d’allègements du prix du carburant, qui seraient d’environ 17 centimes d’euros. En attendant, les prix outre-Rhin restent plus élevés que dans nos stations : 13 centimes d’euros en plus sur le litre de gazole et 18 centimes d’euros sur le litre sans-plomb 95.
• Plafonnement des prixLe 18 septembre, le gouvernement allemand a aussi annoncé discuter avec l’industrie pétrolière dans l’objectif « d’introduire, au plus tard le 1ᵉʳ janvier 2027, un plafonnement du prix du carburant sur le modèle du Luxembourg ou de la Belgique ». Outre-Quiévrain, il n’y a pas de mesures d’aides, mais un système de prix maximal fixé chaque jour, qui ne peut pas être dépassé dans les stations. Celui-ci est déterminé selon le prix du baril de pétrole, mais aussi des frais de transport ou des droits d’accise (un impôt). Un mécanisme qui permet une économie, par rapport à la France, de presque 20 centimes d’euros sur le litre sans-plomb 95. Le prix est en revanche quasi similaire sur le litre de gazole.
Au Luxembourg, le plafonnement des prix est similaire, auquel s’ajoute une baisse des taxes d’environ 5 centimes d’euros. En comparaison avec la France, le litre de gazole coûte 18 centimes d’euros de moins et le litre de sans-plomb 95 coûte 38 centimes d’euros en moins. En Slovaquie, le gouvernement de Robert Fico a annoncé un plafonnement à dix centimes des marges des distributeurs de carburants. Dans les stations de ce pays de l’Est, le litre de gazole comme le litre de sans-plomb 95 sont 37 centimes d’euros moins cher qu’en France.
• Des subventions directesA l’image de la France, plusieurs pays ont mis en place des aides ciblées pour des secteurs comme l’agriculture ou la pêche. D’autres ont aussi mis en place un remboursement de l’accise ou des subventions calculées sur la base de la consommation de carburant.
La palme du carburant le moins cher revient à Malte (1,21 euro le litre de gazole et 1,34 euro le litre de sans-plomb). La solution ? Des prix fixes permis par des subventions de l’Etat qui absorbe les augmentations des prix. Une politique qui a toutefois un coût : le gouvernement de Robert Abela prévoit de consacrer environ 150 millions d’euros aux subventions énergétiques en 2026.
• Des aides ferroviairesAutre stratégie : la Slovaquie a annoncé une réduction des tarifs ferroviaires. « On va diviser par deux les tarifs en seconde classe pour les voyages en train », a annoncé le Premier ministre Robert Fico. Le gouvernement portugais a aussi présenté une extension d’un pass ferroviaire vert, à 20 euros par mois, qui permet d’utiliser presque toutes les lignes ferroviaires de Lisbonne et de Porto.
• Taxe sur les « superprofits » des pétroliersAprès une coûteuse baisse de la TVA, depuis arrêtée, la Pologne souhaite mettre en place une taxe de 60 % sur les bénéfices excédentaires – aussi appelés « superprofits » – des compagnies pétrolières. Les recettes de cet impôt, qui serait de l’ordre d’un milliard de dollars, permettraient alors de financer des baisses des prix des carburants.
Par Service Actu