La reprise du site d’Audi Forest doit se conclure sans un euro de subside public, à un rythme soutenu, et en imposant la marche à suivre à l’administration en charge de l’Urbanisme. ...
Laurent Hublet (Les Engagés) avait le sourire, ce mardi matin, sur le plateau de La Première. Moins de 200 jours après une entame d'exercice personnelle délicate, le ministre de l'Emploi a annoncé en direct une bonne nouvelle pour la Région bruxelloise – et la denrée est rare : la reprise du site d'Audi Forest par le promoteur belge Heylen Warehouses.
La fermeture de l'usine automobile, le 28 février 2025, avait eu l'effet d'un séisme économique et social. La reconversion de ce mastodonte de 55 hectares – le plus grand terrain industriel de la Région – constitue un enjeu politique majeur dans la capitale.
"Nous voulions à tout prix éviter que le site connaisse le même sort que Caterpillar, dont le site est depuis dix ans en friche", glisse une source gouvernementale, en référence au site de Gosselies fermé en 2016. Ironie de l'histoire, ce dernier a lui aussi fini – récemment – dans l'escarcelle de Heylen.
Le casse-tête de la dépollutionLe traitement des sols, lourdement pollués – notamment autour des anciens ateliers de peinture -, constituait le nœud gordien des négociations menées par les Allemands d'Audi. "Ce qui a toujours bloqué, c'est la dépollution du site que la Région a refusé à plusieurs reprises de prendre en charge", confie un acteur politique.
L'addition finale de cet assainissement varie selon l'affectation future : plus élevée pour un usage résidentiel, elle s'allège en cas d'activité strictement industrielle. Certaines sources au sein des cabinets ministériels bruxellois estiment la facture globale à un minimum de 50 millions d'euros, étalée sur plusieurs années.
Mais le premier enjeu de taille, pour le gouvernement dirigé par Boris Dilliès (MR), consistait à s'assurer de la solidité financière du repreneur. L'objectif : éviter qu'une dérive des coûts ne laisse l'infrastructure à l'abandon.
Audi Brussels : la procédure de vente est lancée, la question de la dépollution encore en suspens"Le risque était de se retrouver le bec dans l'eau avec un site en friche pendant quinze ans, confié à une entreprise qui n'aurait pas eu les reins assez solides", insiste une source proche du dossier. "Avec Heylen, nous sommes rassurés, c'est un acteur robuste."
L'urbanisme sous haute surveillance politiquePour débloquer les négociations, l'exécutif a activé un levier décisif : l'urbanisme.
Le but de Heylen Warehouses, en effet, est de redéployer le site sur une dizaine d'années, dont la plus grande partie déjà dans les cinq années à venir. Le délai paraît court, à l'échelle des autres projets d'ampleur initiés sur le territoire de la capitale (Neo, Métro 3, etc.), en raison notamment des contraintes urbanistiques.
Le gouvernement bruxellois s'est donc engagé à fluidifier au maximum l'obtention des permis nécessaires au découpage des bâtiments et au redéploiement des espaces.
guillementJe vais être très clair : il n'y a pas un euro de subsides dans ce deal aujourd'hui".
Si l'annonce a été faite par un ministre des Engagés, le MR entend bien désormais imprimer sa marque. "Le cabinet Henry sera l'interlocuteur direct de Heylen Warehouses et se chargera ensuite de gérer les questions d'arrière-boutique avec l'administration, comme Urban.brussels", souligne une source gouvernementale.
Une méthode peu académique qui fait écho à l'appel de Wim Heylen à adopter une cadence "more chinese" dans ce dossier. "Ils ont la vitesse et l'ambition, ils font un plan, et continuent même si c'est compliqué", estimait dans L'Echo le président exécutif de Heylen Group.
Le pari du redéploiement sans argent publicEn revanche, il ne sera pas question pour la Région bruxelloise d'intervenir dans le financement de la dépollution du site ni de financer sa reprise par des subsides.
"Je vais être très clair : il n'y a pas un euro de subsides dans ce deal aujourd'hui", assure à La Libre Laurent Hublet (Les Engagés) rappelant que les obligations d'assainissement incombent légalement tant à Audi qu'au repreneur.
"C'est aussi une manière de montrer à la gauche qu'on peut redéployer un site sans promettre d'y déverser de l'argent public, glisse un libéral. Ici, un investisseur achète en posant un constat simple : il dispose d'un terrain à fort potentiel."
Dernière semaine de travail chez Audi : "Il fallait crever l'abcès. On aurait dû le faire il y a dix ans"Pas de subsides, mais bien des aides indirectes? Pour accompagner la dynamique, Laurent Hublet entend toutefois faire bénéficier le site du pacte de compétitivité fédéral. Ce mécanisme soutient les zones touchées par des restructurations lourdes en exonérant de 25 % le précompte professionnel pour les emplois nouvellement créés – une mesure censée réduire d'environ 5 % le coût salarial brut pour l'employeur.
Un an et demi après le traumatisme de la fermeture, le gouvernement bruxellois s'offre ainsi un crash-test grandeur nature : prouver qu'un mastodonte industriel de 55 hectares peut renaître sans perfusion d'argent public, et en imposant sa marche à suivre à l'administration.
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