Agriculteur dans le Gers, Thierry Guilbert nourrit depuis l’enfance une fascination pour les orages. Depuis plusieurs années, il parcourt le département, appareil photo et trépied dans le coffre, dans l’espoir...
l'essentiel Agriculteur dans le Gers, Thierry Guilbert nourrit depuis l’enfance une fascination pour les orages. Depuis plusieurs années, il parcourt le département, appareil photo et trépied dans le coffre, dans l’espoir d’immortaliser éclairs et impressionnants nuages. Une passion particulière pour celui qui sait aussi combien ces phénomènes peuvent être dévastateurs pour son métier. Portrait.
Quand le ciel commence à noircir, Thierry Guilbert ne regarde pas seulement les nuages avec les yeux d’un agriculteur inquiet. Il y voit aussi la promesse, peut-être, d’une photographie unique, précieuse. À 56 ans, cet éleveur de vaches laitières installé dans le Gers, à Puységur, une commune de 140 habitants, cultive une passion qui pourrait sembler paradoxale : photographier les orages, ces mêmes phénomènes capables de mettre à mal des mois de travail en quelques instants.
Son histoire avec la photographie remonte à loin. Son premier appareil, il croit se souvenir l’avoir reçu pour sa communion. Mais c’est surtout avec l'arrivée des appareils numériques, il y a une vingtaine d’années, qu’il renoue véritablement avec cette passion. Les orages, eux, l’accompagnent depuis encore plus longtemps.
Thierry a capturé cet orage il y a environ quatre ans, alors qu'il n'était même pas placé en hauteur.
Photo fournie - Thierry Guilbert
Enfant, lorsqu’il partait en vacances chez son oncle et sa tante dans le nord de la France, il avait déjà un rituel unique pour un jeune garçon. Dès que le tonnerre grondait, il ouvrait la fenêtre et observait les éclairs, allant jusqu’à noter leur fréquence. "Ça m’a toujours fasciné, ce genre de phénomène météo", raconte-t-il. Sur son petit carnet, tout ce qu'il observait des éclairs était noté et conservé précieusement.
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Il y a onze ans, les deux passions ont fini par se rejoindre. Avec un ami, Thierry commence à s’équiper pour photographier les éclairs. Une page Facebook, "Chasseur d’orage", voit ensuite le jour. Depuis, lorsque son travail le lui permet et que les conditions semblent intéressantes, l’agriculteur troque momentanément ses activités quotidiennes contre une chasse à l’image parfaite.
Une chasse qui commence dès le matinLes jours d’orage, tout débute plusieurs heures avant le premier coup de tonnerre. Dès le matin, Thierry scrute les prévisions et les applications météorologiques pour tenter de comprendre où les cellules pourraient se former et quelle direction elles prendront. Une science loin d’être exacte.
"Le problème de la photo qui marche bien, c’est qu’elle ne marche pas toujours bien", sourit-il. Un orage prometteur peut monter rapidement avant de se disloquer tout aussi vite. Il faut alors savoir se placer, anticiper la pluie qui risque de masquer les éclairs et trouver le bon réglage.
Pour le chasseur d'orages, la passion et la crainte de l'orage se mêlent dans son métier : l'agriculture.
Photo fournie - Thierry Guilbert
Lorsque le ciel devient menaçant, le matériel prend place dans la voiture. Sur le terrain, l’appareil est installé sur un trépied et équipé d’une cellule permettant de déclencher automatiquement la prise de vue lors d’un éclair. Reste ensuite à régler la sensibilité en fonction de la luminosité… et à compter sur une part de chance.
Installé en hauteur, Thierry dispose de plusieurs postes d’observation privilégiés dans le Gers. Il échange également avec d’autres chasseurs d’orages, notamment pour repérer les endroits offrant les meilleurs points de vue. Pourtant, l’éclair spectaculaire n’est pas nécessairement son Graal. Un arcus imposant, un cumulonimbus qui se dessine à l’horizon ou la lumière particulière précédant un orage peuvent tout autant retenir son attention. "La photo réussie, ce n’est pas forcément celle d’un éclair", résume-t-il. Ce qu’il recherche avant tout, c’est l’esthétique du phénomène.
Entre fascination et inquiétudeThierry ne cherche d’ailleurs pas à tirer de revenus de ses clichés. Son plaisir reste de les partager sur les réseaux sociaux et les pages consacrées à la météo. Il conserve malgré tout quelques images en tête. Dans le Gers, il rêve notamment de parvenir un jour à immortaliser un éclair au-dessus de la cathédrale Sainte-Marie d’Auch. Et s’il pouvait pousser la passion beaucoup plus loin ? "Le rêve ultime, c’est d’aller chasser les tornades aux États-Unis. Mais ça reste un rêve."
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Car derrière la fascination du photographe demeure toujours la réalité de l’agriculteur. Lorsqu’un impressionnant front orageux apparaît dans son viseur, Thierrry sait parfaitement ce qu’il peut annoncer. "C’est la dangerosité pour notre métier. Tout peut être détruit" en très peu de temps, rappelle-t-il.
Ce temps indique à Thierry que l'éclair n'est pas loin et qu'il est temps de préparer son matériel.
Photo fournie - Thierry Guilbert
Lui-même en a déjà fait l’expérience. Une année où il n’était pas assuré, la grêle a frappé son exploitation. Depuis, il préfère supporter chaque année le coût d’une assurance plutôt que risquer de devoir se relever seul après un nouvel épisode destructeur.
Une inquiétude qui n’a pourtant jamais éteint la fascination de l’enfant qui ouvrait sa fenêtre pour observer les éclairs. Des décennies plus tard, Thierry continue de lever les yeux vers le même ciel. Avec désormais, à portée de main, un appareil photo pour tenter d’en saisir toute la puissance.