Détecté précocement, ce cancer se traite de mieux en mieux. Le Mammotest, programme organisé, reste pourtant peu utilisé en Wallonie et à Bruxelles. Comment en faciliter réellement l’accès. ...
Une tribune de Francis de Drée, Directeur Général de Partenamut, de la Professeure Martine Piccart, de la Professeure Laurence Buisseret et de la Dre Daphné t'Kint de Roodenbeke (Institut Jules Bordet – Université libre de Bruxelles).
Le dernier rapport du KCE sur le dépistage du cancer du sein nous rappelle une réalité essentielle : les recommandations en matière de dépistage doivent rester guidées par les preuves scientifiques. Selon les connaissances actuelles, il n'y a pas lieu d'élargir le programme de dépistage organisé à d'autres catégories d'âge ni d'intensifier la fréquence des examens.
Nous partageons cette conclusion. En santé publique, les décisions doivent reposer sur des données solides. Mais cette conclusion ne doit pas être interprétée comme un appel à l'inaction. Au contraire, elle nous invite à déplacer le regard. Car si la science nous indique aujourd'hui qui dépister, quand et comment, notre défi collectif est désormais de faire en sorte que ces recommandations bénéficient réellement à toutes les femmes concernées.
5.000 femmes touchées par ce cancer par an en Belgique francophoneLe cancer du sein touche chaque année près de 5.000 femmes en Belgique francophone… Détecté précocement, il se traite aujourd'hui de mieux en mieux. Pourtant, cette chance n'est pas offerte de manière égale à toutes. Trop de femmes ne bénéficient toujours pas du dépistage organisé.
Nous abordons cette réalité avec des perspectives complémentaires. Comme médecins, nous consacrons notre travail à faire progresser la recherche, le dépistage et la prise en charge du cancer du sein. Comme dirigeant mutualiste, je mesure chaque jour combien une politique de prévention ne produit ses effets que lorsqu'elle rejoint concrètement la vie des citoyens. Nous arrivons à la même conviction : le problème n'est plus seulement de savoir quelles recommandations formuler. Il est de réussir à les transformer en réalité.
Pourquoi si peu de participation au Mammotest?Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Aucune région belge n'atteint aujourd'hui l'objectif européen de 75 % de participation. Près de 50 % des femmes francophones bénéficient d'un examen de dépistage. Toutefois, parmi elles, seules 4 % des Wallonnes et 9 % des Bruxelloises le réalisent au sein du programme organisé Mammotest, pourtant gratuit et soumis à une double lecture systématique. À titre de comparaison, en Flandre, ce sont 65 % des femmes qui bénéficient d'un dépistage dont 50 % dans le cadre du programme Mammotest.
Cette différence ne relève pas d'une question de culture ou de comportement. Elle nous oblige à regarder les obstacles qui subsistent : une invitation qui passe inaperçue, une démarche jugée complexe, un rendez-vous reporté, un manque d'information, une peur ou encore des difficultés sociales ou numériques.
Trois ambitionsLe rapport du KCE confirme donc un enjeu prioritaire : il ne faut pas nécessairement faire plus de dépistages. Il faut surtout permettre à davantage de femmes d'accéder au bon dépistage. Pour y parvenir, trois ambitions doivent être poursuivies.
Notre première ambition : rendre le dépistage plus simple. En matière de prévention, chaque étape supplémentaire peut devenir un frein. En Flandre, l'invitation au dépistage est accompagnée d'un rendez-vous préprogrammé. Ce simple changement d'organisation rapproche l'intention de l'action et mérite d'être étudié.
Notre deuxième ambition : faire du Mammotest le réflexe en matière de dépistage. Aujourd'hui, à Bruxelles et en Wallonie, la majorité des femmes qui se font dépister le font encore hors du programme officiel. Or le Mammotest, gratuit, est organisé selon un protocole standardisé et chaque examen bénéficie d'une double lecture par deux radiologues indépendants. Mieux faire connaître ces avantages, ce n'est pas opposer deux approches médicales ; c'est garantir à chaque femme un accès équitable au dispositif de référence.
Notre troisième ambition : préparer le dépistage de demain. Améliorer la participation ne suffit pas. Il faut également préparer les évolutions qui transformeront le dépistage dans les prochaines années. L'intelligence artificielle améliore déjà l'analyse des mammographies et, demain, le dépistage pourra devenir plus personnalisé en fonction du risque propre à chaque femme. C'est notamment l'ambition de l'étude européenne MyPeBS, à laquelle participe l'Institut Jules Bordet, qui évalue auprès de plus de 50 000 femmes dans six pays si une stratégie de dépistage personnalisée, fondée sur le niveau de risque individuel, peut améliorer encore la prévention. Les résultats sont attendus en 2027.
guillementLe meilleur dépistage n'est pas seulement celui que les experts recommandent ; c'est celui auquel les femmes participent
Ces avancées n'auront d'impact que si elles s'intègrent dans des parcours simples, accessibles et compris de toutes. Cela suppose aussi un meilleur partage des données de participation (jamais des résultats médicaux et toujours dans le respect du consentement et de la vie privée) afin de mieux accompagner les femmes qui échappent encore au dépistage. Nous sommes persuadés que les progrès scientifiques continueront à sauver des vies dans les années qui viennent. Mais cela ne sera possible que si chaque femme peut réellement en bénéficier. C'est pourquoi le meilleur dépistage n'est pas seulement celui que les experts recommandent ; c'est celui auquel les femmes participent.
- > Titre et chapô sont de la rédaction. Titre original : "Le meilleur dépistage n'est pas seulement celui qui est recommandé. C'est celui auquel les femmes participent".
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