Casque sur la tête et lampe frontale allumée, Éric Virgoulay, guide et fondateur de Terre de Causse, s'enfonce dans le gouffre du Saut de la Pucelle, à Rignac (Lot), à proximité de Rocamadour. Ce spéléologue propose...
l'essentiel Casque sur la tête et lampe frontale allumée, Éric Virgoulay, guide et fondateur de Terre de Causse, s'enfonce dans le gouffre du Saut de la Pucelle, à Rignac (Lot), à proximité de Rocamadour. Ce spéléologue propose des initiations à la spéléologie accessibles aux enfants dès 8 ans. Entre découverte du milieu, eau à 12 degrés et progression dans une cavité naturelle, immersion au cœur de cette expérience avec d'autres participants.
"On va d’abord s’habituer à la grotte. C’est grand et tranquille. Et l’endroit le plus stable de la Terre est sous terre." Sur le parking qui longe la route de Brive, à Rignac, Éric Virgoulay sort les combinaisons de son camion et accueille plusieurs familles en les rassurant. Parmi elles, Antoine et Élodie, en vacances dans le Lot avec leur fille Alice, 8 ans. Aucun des trois n’a encore pratiqué la spéléologie. "On aime bien visiter les grottes, mais là, on pousse le niveau un peu plus haut", reconnaît le père.
Éric aide chacun à trouver la bonne combinaison, ajuste les casques et vérifie les lampes. Une fois équipés, les participants quittent le parking et descendent par un sentier sous les arbres. Très vite, le porche du gouffre du Saut de la Pucelle apparaît.
Installé à Padirac, Eric Virgoulay accompagne tous les publics pour leur faire découvrir le milieu souterrain et les rivières naturelles de la région depuis 30 ans.
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C’est ici que le ruisseau de Rignac disparaît sous terre. Mais cet été, son lit en surface est à sec. "D’habitude, c’est un gros bazar ici. L’eau coule, ça résonne", explique Éric. Même pendant la canicule de 2003, la rivière continuait à couler. Depuis 2019, elle s’est arrêtée à cinq reprises.
Comprendre avec un spéléologue passionnéLes lampes s’allument. L’inconnu et l'obscurité nourrissent quelques appréhensions mais Alice, elle, s’engage sans hésiter. Les premiers mètres sont larges. Éric observe le groupe et laisse chacun trouver ses appuis. "La première partie, c’est la connaissance. À partir de la méduse, c’est physique", prévient-il en désignant une concrétion.
Disposant d'un Brevet d’État spécialisé en spéléologie et en canyoning, Eric Virgoulay est aussi impliqué dans le milieu spéléologique local, notamment à travers des activités d’exploration et de sensibilisation au patrimoine souterrain.
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La cavité se trouve à la limite du Limargue et du causse. Dans la roche, le guide désigne les traces d’anciens coraux et raconte la formation du calcaire. "L’eau va manger le calcaire", résume-t-il en suivant du doigt les fissures qui s’élargissent jusqu’à former des galeries. Avec lui, chaque arrêt devient une leçon ludique et pédagogique. Il évoque les chauves-souris, la mer de Téthys et les circulations d’eau souterraines.
Dans cette balade, on s'aventure dans de grandes galeries, sans passage étroit, le tout avec des niveaux d'eau variables.
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Éric connaît bien cet univers. Il découvre la spéléologie à 19 ans. "J’ai commencé en 1993, brevet d'État en poche. Jusqu’en 2004, je travaillais en saison." En 2016, il crée à Padirac Terre de Causse et préside aussi le Spéléo Club de Saint-Céré.
Une sortie ludique accessible dès 8 ans à proximité de Rocamadour.
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Si la rivière ne coule plus à l’entrée, l’eau reste présente dans les galeries. À 12 degrés, elle entre dans les chaussures, remonte aux genoux, puis à la taille. Le néoprène de la combinaison limite le froid. Le plafond s’abaisse. Il faut se pencher, poser les mains ou descendre une paroi glissante. Éric montre où placer les pieds et vérifie que chacun suit. Plus loin, l’eau monte jusqu’au cou. "On va faire de l’aquaponey", plaisante Éric avec Alice. La fillette rit et se laisse porter sans montrer la moindre crainte.
Casque vissé sur la tête et lampe frontale allumée, le groupe part explorer le gouffre du Saut de la Pucelle, à proximité de Gramat et Padirac.
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Après le passage le plus aquatique, Éric arrête le groupe. "Éteignez vos lampes." Le noir devient total. Seules quelques gouttes troublent le silence. Le guide raconte alors comment Édouard-Alfred Martel, tombé à l’eau lors d’une exploration de Padirac, se retrouve privé de lumière à près d’un kilomètre et demi de l’entrée. Ses allumettes, protégées sous son chapeau dans du papier gras, sont restées sèches. Éric allume une bougie. La flamme éclaire les visages. "Martel réussit à rallumer une bougie. Sans cela, il était mort." Il souffle. L’obscurité revient. En quelques secondes, le groupe mesure les conditions des premières explorations.
Avec Eric, on découvre un territoire souterrain fascinant, où la roche raconte des millions d’années.
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Martel s’était aussi engagé dans le gouffre du Saut de la Pucelle, mais il fut arrêté au premier siphon. Les explorations ont permis d’atteindre, en 1955, le siphon final situé à 2 600 mètres de l’entrée. Ce matin, le groupe a parcouru près d’1,5 km aller-retour dans un paysage souterrain avec stalactites, stalagmites, draperies et concrétions aux formes étonnantes. Plus loin, la progression devient plus technique.
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Après deux heures, la lumière du jour réapparaît. Alice ressort conquise. La sortie se révèle suffisamment physique pour donner le sentiment d’une véritable aventure, sans devenir anxiogène grâce à l’attention constante d’Éric. Terre de Causse propose deux autres parcours à partir de 12 ans, de trois à quatre heures d’exploration plus dynamique. À 60 ans, Éric pense aussi à la relève. Jérémy Vich l’accompagne au sein de la structure et se forme pour faire de la spéléologie son métier. Pour Éric, il s’agit autant de transmettre un savoir-faire qu’une manière d’accompagner les visiteurs. "Ma satisfaction, c’est quand les gens sortent du gouffre avec le sourire." Ce matin-là, ils sont nombreux.