La force du projet de Joe Berlinger réside dans les témoignages des anciennes “enfants fleurs” de Charlie. Et dans ceux du gourou lui-même. ...
Que dire encore, que filmer, qu'écrire, qui n'ai pas déjà été dit, filmé et écrit sur Charles Manson ? C'est la question que l'on se pose avant d'entrer dans la série documentaire en trois parties récemment mise en ligne sur Netflix, série intitulée Charles Manson, autoportrait d'un tueur.
On la doit à Joe Berlinger, spécialiste du genre, qui avait déjà, pour la même plateforme et la franchise Conversation avec un tueur, réalisé des documentaires consacrés à Ted Bundy, John Wayne Gacy et Jeffrey Dahmer.
Les faits, atroces, commis à Los Angeles dans la nuit du 8 au 9 août 1969, sont archiconnus. Ils font à ce point partie de la "culture" américaine que d'innombrables livres, séries et films leur ont été consacrés. Once Upon a Time in Hollywood (2019), le film de Quentin Tarantino, étant l'une des dernières fictions à s'en être librement inspiré.
"Hitler et les nazis : le procès du mal" : on est en droit de se demander en quoi la série Netflix apporte un nouvel éclairage sur la Shoah ?Mais si l'on a retenu le nom de l'actrice Sharon Tate, épouse de Roman Polanski, enceinte de huit mois quand elle fut assassinée dans sa maison de Cielo Drive, qui se souvient des autres victimes de Charles Manson ? C'est l'une des questions que pose le documentaire, qui retrace la route délirante qui a conduit le gourou jusqu'aux meurtres. Gary Hinman (le premier mort, celui qui a tout déclenché), Jay Sebring, Wojciech Frykowski, Abigail Folger, Steven Parent, Leno et Rosemary LaBianca : Joe Berlinger a tenu à n'oublier personne.
Désir de vengeanceEn trois épisodes, il décortique la construction de la secte par ce "tout petit lutin", comme le décrit l'un des témoins, un policier qui se souvient comme si c'était hier de la découverte des corps, mutilés, lardés de coups de couteau. Autoportrait d'un tueur qui se penche (brièvement) sur l'enfance de Manson, ses passages en maison de redressement, ses années passées en prison puis, à sa sortie, le début d'une vie hippie, entouré de jeunes filles, ses "enfants fleurs", comme il les appelle.
Trois d'entre elles témoignent. Ce sont aujourd'hui des vieilles dames bien comme il faut, rang de perle et maquillage impeccable. Les entendre raconter le LSD, les orgies sexuelles, la violence de "Charlie", les poubelles qu'on fouille pour trouver à manger est tout bonnement surréaliste. Elles commentent, notamment après avoir écouté les fameux entretiens inédits, jamais diffusés jusqu'ici, de Charles Manson. Ils ne sont, hélas !, pas datés et l'on regrette un peu de ne pouvoir situer dans le temps ses propos, toujours délirants et outranciers.
Les "Femmes en bleu" reprennent du serviceDepuis leurs prisons respectives, d'autres personnages interviennent également. C'est le cas de Tex Watson (80 ans), qui porta les coups sur Sharon Tate. Mais aussi de Bobby Beausoleil, qui, le 27 juillet 1969, pour une sombre histoire de drogue, finit par tuer Gary Hinman, leur fournisseur de mescaline. Arrêté dix jours plus tard, emprisonné, Beausoleil devient une source d'angoisse et de paranoïa pour Manson : et s'il se mettait à parler ? Alors, pour se couvrir, il monte un plan : aller tuer d'autres personnes, reconstituer la scène (écrire "Pig" en lettres de sang pour faire croire à un meurtre des Black Panthers) et, ainsi, éloigner le danger.
Si son choix se porte sur le 10050 Cielo Drive, où vit désormais Sharon Tate, c'est que quelques mois plus tôt, il s'y était rendu pour rencontrer le producteur de musique Terry Melcher. Lequel lui avait fait comprendre qu'il ne lui signerait aucun contrat. Ses rêves de musique et de gloire envolés combinés à son besoin d'assurer ses arrières ont poussé Manson à envoyer ses "enfants" tuer, encore et encore.
La troisième partie du documentaire, qui s'intéresse davantage au procès, est un peu moins intéressante et se tire en longueur. Jusqu'à cette conclusion de l'écrivain Joan Didion qui, dans son essai The White Album (1979) écrivait que les années soixante avaient pris fin le matin du 9 août 1969.
Charles Manson, autoportrait d'un tueurSérie documentaire Réalisé par Joe Berlinger. Sur Netflix 3 x 60 minutes.
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