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Saeed Roustayi : “Je veux continuer à faire des films en Iran”

Дата публикации: 06-08-2026 08:39:39

Ce mercredi, sort en salles “Woman and Child”, un drame iranien sur la quête de liberté d’une veuve. ...

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Révélé à Venise avec l'intense polar La Loi de Téhéran en 2019, Saeed Roustayi impressionnait, trois ans plus tard, en Compétition à Cannes avec Leila et ses frères (oublié au palmarès du jury, mais récompensé du prix de la critique internationale. En mai 2025, le jeune cinéaste iranien était à nouveau en lice pour la Palme d'or avec Woman and Child, un autre portrait de femme. Celui de Mahnaz (Prinaz Izadyar), infirmière et veuve de 40 ans élevant seule ses deux enfants et songeant à se remarier avec un ambulancier plus âgé qu'elle…

Quand on rencontrait Roustayi à Cannes il y a un an, le contexte était évidemment très différent. C'était avant guerre des Douze Jours de juin 2025, avant la répression sanglante des manifestations par le régime iranien en janvier 2026 et avant la guerre israélo-américano-iranienne lancée en février dernier.

Rester dans les clous de la censure

En mai 2025, la compétition cannoise accueillait de nombreux films dénonçant la dictature : Les Aigles de la République du Suédois d'origine égyptienne Tarik Saleh, Deux procureurs de l'Ukrainien Sergueï Loznitsa et, bien sûr, Un simple accident de l'Iranien Jafar Panahi, qui décrochera finalement la Palme d'or. Moins ouvertement critique du régime de Téhéran que son compatriote, Saeed Roustayi travaille, lui, en respectant les règles imposées par la censure.

"Si vous êtes cinéaste dans un pays comme l'Iran, vous êtes, bien sûr, étroitement scruté, contrôlé par le gouvernement, commente le réalisateur. Si vous voulez faire des films dans votre pays, vous les faites donc soit en suivant une série de règles fixées, soit sans vous y conformer, mais alors, vous allez en prison et arrêtez de faire des films ou vous devez partir. Je pense avoir un impact positif sur mon pays plus important en travaillant à l'intérieur de ce système, plutôt que de ne pas y travailler du tout. L'idée de faire des films en dehors du pays où j'ai grandi, qui ne soient pas inscrits dans la société à laquelle j'appartiens me semble très bizarre. Je ne pourrais pas m'imaginer travailler à l'étranger pour le moment. Je veux vraiment continuer à faire des films en Iran. Je ne veux ni arrêter de travailler, ni fuir."

Pour Saeed Roustayi, la société iranienne n'est pas figée et, en tout cas à l'époque où on le rencontrait, il se voulait optimiste. "Les choses changent progressivement en Iran. Ces dernières années, on est passé d'un intervalle entre de grandes manifestations de 10 ans, puis de 8 ans, 4 ans, 2 ans… Je pense qu'on arrivera à un point où les cinéastes et les artistes seront plus libres de travailler de la manière qu'ils souhaitent. Je pense que l'obligation de porter le foulard dans les films, toujours d'actualité, disparaîtra. Tout comme les cassettes VHS étaient interdites en Iran et sont aujourd'hui partout. Je crois que les choses s'amélioreront."

Woman and childWoman and child ©Amirhossein Shojaei & Saeed Roustaee
Objet de critiques

Avant l'ouverture du festival de Cannes, quelques voix critiques s'étaient fait entendre, dénonçant le fait que le cinéaste se plie aux règles du régime iranien, notamment sur l'obligation du port du voile à l'écran. Et ce alors que les manifestations du mouvement Femmes, Vie, Liberté enflammaient les rues iraniennes. Roustayi rejette tout d'abord l'idée que l'on puisse critiquer un film sans l'avoir vu. "Je pense qu'il y a plusieurs façons de résister, de critiquer, de travailler. À notre manière, nous menons tous le même combat. J'ai un immense respect pour Mohammad Rasoulof, Jafar Panahi ou pour Taraneh Allidousti, qui est une amie très chère (l'actrice, très critique du régime, était l'héroïne de Leila et ses frères, NdlR). Ils mènent tous la lutte à leur manière. D'ailleurs, aucun d'entre eux ne m'a critiqué, car ils connaissent les difficultés auxquelles je dois faire face dans mon travail et la façon dont j'ai choisi de continuer la lutte."

guillement

Quand je suis rentré en Iran après avoir montré mon film précédent à Cannes, on a confisqué mon passeport.

Si la situation des cinéastes iraniens est difficile à suivre de l'extérieur, elle paraît tout aussi kafkaïenne dans le pays, où les professionnels du cinéma ne savent jamais vraiment sur quel pied danser. "C'est un jeu politique compliqué, qu'on ne comprend pas nous-même…, confirme Roustayi. Par exemple, quand je suis rentré en Iran après avoir montré mon film précédent à Cannes, on a confisqué mon passeport. J'ai été condamné à plusieurs peines, qui peuvent être activées au moindre faux pas dans les 5 ans. Cela inclut une peine de prison de 6 mois et une interdiction de travailler durant 5 ans. Mais aussi 5 ans d'interdiction de communiquer avec mes amis dans le monde du cinéma et même d'approcher du matériel cinématographique. Je dois donc faire attention. Pour ce film, il m'a fallu six mois pour obtenir les permis et trois mois pour pouvoir conserver le titre, car il inclut le mot "femme" du slogan "Femmes, Vie, Liberté". Et le film parle d'une femme en quête de liberté. Donc, oui, ce n'est pas facile…"

D'ailleurs, quand on lui demande s'il voit arriver l'effondrement du régime, Roustayi répond en souriant : "Vous voulez activer ces peines avec sursis ?" Et de préciser qu'il est plus simple pour lui de s'exprimer dans les journaux. "Ils ne lisent pas les journaux. Mais les conférences de presse sont importantes. Ils m'ont convoqué deux ou trois fois avant ma venue à Cannes en me disant d'être très prudent pendant la conférence de presse. Mais je ne vais pas être prudent…"

Son personnage féminin est pris dans la même dynamique de ce qui peut être dit en public et ce qu'on réserve à la sphère privée. "En Europe ou en Amérique, il n'y a pas de différence radicale entre ce que vous faites et dites à la maison et ce que vous faites et dites en public. Alors qu'en Iran, vous devez avoir deux personnalités. La façon dont on se comporte chez soi est différente de celle qu'on adopte en public…, explique le réalisateur. Mahnaz présente une personnalité totalement différente face à différentes personnes, que ce soit avec son fiancé Hamid, son fils ou sa sœur. Le film parle vraiment de cette culture de devoir cacher des choses et de ce que cela engendre."

Le combat des femmes

En choisissant de mettre en scène le combat d'une femme forte, Woman and Child est un drame qui dissèque la place des femmes dans la société iranienne. "Trois de mes films, Life and a Day, Leila et ses frères et Woman and Child sont centrés sur des femmes en quête de liberté ou plutôt d'indépendance. Dans le premier, l'héroïne dépend des hommes, mais veut qu'ils fassent de petits changements. Dans le deuxième, Leila veut beaucoup de changements, mais dépend dans une certaine mesure de ses frères. Le film a d'ailleurs été perçu comme prophétique par rapport au mouvement Femmes, Vie, Liberté et m'a causé des problèmes sans fin à cause de cela. Et ici, Mahnaz atteint une indépendance complète. Elle est agent de son propre destin, sans aucun support des hommes. J'ai fait ce film, parce que je vois de plus en plus de femmes en Iran à l'avant-garde, prenant des décisions et dirigeant la société d'une certaine manière. Beaucoup d'hommes ont soutenu le mouvement Femme, Vie, Liberté et de plus en plus le font. Il y a de moins en moins de place pour la misogynie en Iran. Cela me semble aller dans le bon sens…", se réjouit le cinéaste.

Trois de mes films sont centrés sur des femmes en quête de liberté.

Reste que ce combat entre modernité et tradition reste compliqué à mener en Iran… "Cette bataille dure depuis longtemps et cela durera longtemps. Le problème est que la jeune génération risque de vieillir avant d'avoir obtenu ce qu'elle veut. Le taux de natalité est en déclin en Iran. Très peu de gens se marient de nos jours. Très peu de gens ont des enfants, parce qu'ils ne peuvent pas se le permettre avec les énormes problèmes économiques…", regrette Roustayi.

"Woman and Child" de Saeed Roustayi, avec Parinaz Izadyar, Payman Maadi… ©September

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