Face à des canicules historiques, Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, alerte sur une crise agricole sans précédent en France. Les pertes en fourrage et maraîchage se chiffrent en milliards d'euros, menaçant la...
l'essentiel Face à des canicules historiques, Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, alerte sur une crise agricole sans précédent en France. Les pertes en fourrage et maraîchage se chiffrent en milliards d'euros, menaçant la viabilité des exploitations. Il appelle à un plan d'urgence et à un investissement massif dans le stockage de l'eau.
Face à des canicules historiques et des pertes chiffrées en milliards d'euros, le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, alerte sur une crise agricole inédite. Il réclame des mesures d'urgence immédiates et un choc d'investissement autour du stockage de l'eau.
La Dépêche du Midi : Quel est votre regard sur la situation climatique actuelle en France pour l’agriculture ?
Arnaud Rousseau : Ce que l'on vit est inédit. Les agriculteurs sont habitués aux aléas climatiques comme les sécheresses, inondations ou gels... ça fait partie du métier. Mais, cette année, ces événements météorologiques sont d’une ampleur et d’une durée encore jamais observées. Les premiers épisodes de chaleur ont commencé à la fin du mois de mai. Nous sommes au 10 août et nous avons l’impression que cela ne s’arrête jamais.
Le problème, c'est qu'au-delà de l’aspect très conjoncturel de cet épisode climatique dramatique que nous sommes en train de vivre, l'agriculture française connaissait déjà structurellement un certain nombre de difficultés depuis quelques années : crises économiques, non-choix politiques, concurrence internationale déloyale...
Comment ces vagues successives de chaleur impactent-elles les productions ?
Nous sommes en train d’évaluer les pertes. Mais je peux déjà vous dire qu’il manque entre une et deux tonnes de fourrage – que ce soit de l'herbe ou du maïs ensilé – par unité de gros bovins. En maïs, nous allons obtenir la plus faible récolte de ces 45 dernières années. En maraîchage, avec 40 °C, impossible de faire pousser fruits et légumes sans dégâts irréversibles.
À quel point la situation est-elle préoccupante pour les agriculteurs ?
Les pertes en fourrage se chiffrent déjà en milliards d'euros, auxquelles s'ajoutent des centaines de millions de pertes pour le maraîchage et les grandes cultures. Tout cela aura aussi des conséquences en ce qui concerne les importations : les prix de nombreux produits seront vraisemblablement amenés à grimper.
Doit-on redouter des liquidations massives d'exploitations agricoles en France ?
Il y aura forcément de la casse économique. Pour des céréaliers qui enchaînent une troisième ou quatrième année catastrophique, l'impact est majeur. Pour les éleveurs confrontés aux crises sanitaires (MHE, FCO), à l'absence de fourrage et à la décapitalisation du cheptel, la situation est critique. Nous craignons des cessations d'activité.
De nombreuses exploitations agricoles sont touchées par la sécheresse.
DDM - DDM MANUEL MASSIP
Au-delà du drame humain et de la baisse de production française, cela signifie plus d'importations et des terres en déprise. Or, la "France cultivée" est aussi un rempart contre les incendies : ce sont les champs de maïs à Bordeaux ou les vignes dans l'Aude qui ont permis d'arrêter les feux.
Vous demandez un plan massif, de plusieurs milliards d'euros, au gouvernement : faut-il privilégier l'urgence de la situation, ou repenser le modèle agricole français, sur le long terme ?
Il faut structurer la réponse. Au premier plan, il va falloir répondre à l'urgence : soutenir le transport de fourrage, accompagner les trésoreries, mettre sur pied de nouvelles mesures autour de la TVA… On discute de toutes ces options avec le gouvernement pour passer ce cap difficile.
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Ensuite, il y a le moyen et le long terme. Adapter notre façon de produire ? Nos agriculteurs le font déjà. Les producteurs ajustent les rotations de cultures, l’élevage mise sur davantage d’autonomie fourragère, le maraîchage évolue… Ça bouge partout. En France, il faut surtout s'intéresser à la question de l'eau. Notre pays est le théâtre de pluies hivernales particulièrement importantes : il faut apprendre à mieux stocker cette denrée. C’est le nerf de la guerre.
L’Europe peut-elle jouer un rôle face à la crise agricole ?
Il s'agit avant tout de savoir comment l'Europe entend accompagner cette nécessaire adaptation au dérèglement climatique. D’ici la fin de l’année, doit se négocier au niveau européen la Politique agricole commune (PAC) : dans ce contexte que nous savons difficile, il s'agira de libérer la production agricole, à la fois en lui donnant les moyens de se développer, en simplifiant les règles, et en garantissant entre autres la réciprocité des normes.