Sans rentabilité et contraint de sacrifier la moitié de sa production, Jean-Luc Saint-Martin ne vit plus de son travail. À 59 ans, l'agriculteur de Saint-Nicolas-de-la-Grave jette l'éponge, poussé vers une retraite...
l'essentiel Sans rentabilité et contraint de sacrifier la moitié de sa production, Jean-Luc Saint-Martin ne vit plus de son travail. À 59 ans, l'agriculteur de Saint-Nicolas-de-la-Grave jette l'éponge, poussé vers une retraite précaire et incertaine.
Quelques épis maigres et desséchés, des centaines de plants jaunis par un soleil impitoyable… Dissimulé sous sa casquette et d’épaisses lunettes noires, Jean-Luc Saint-Martin ne peut masquer sa détresse, scrutant – impuissant – une grande partie de ses champs de maïs, abandonnée à la chaleur torride de cet été 2026.
À Saint-Nicolas-de-la-Grave (Tarn-et-Garonne), l’agriculteur de 59 ans a repris seul l‘exploitation familiale en 1991, transmise par son père et son grand-père avant lui, gérant une surface de 120 hectares. Chez le quinquagénaire, le maïs est la culture vivrière, "celle qui fait tourner la ferme" : 30 hectares de terrain sont consacrés à la production de cette céréale. Le reste est dédié à la culture du blé, du tournesol et de la féverole, "même si les sols ne permettent pas d’avoir un rendement suffisant". Pour Jean-Luc, c’est surtout une manière de respecter la diversité des cultures imposée par la réglementation de la PAC, sous peine de subir de lourdes pénalités financières.
Mais sous le plomb de cet été caniculaire, la messe est dite. Pris en étau entre les restrictions d’eau, des températures extrêmes et des pannes de matériel, l'agriculteur n’a eu d’autre choix que d’arbitrer dans la douleur, sacrifiant 10 hectares de maïs pour tenter d’irriguer le reste. 50 % de sa production ne pourra être exploitée. "Les carottes sont cuites", assène-t-il, amer devant ses plants desséchés qu’il ne prendra même pas la peine de moissonner. Côté maïs, Jean-Luc estime que les pertes plafonneront à 18 000 euros.
À lire aussi : ÉDITORIAL. Agriculture : l’urgence d'une refondation
Un gouffre financier pour ce producteur qui ne parvient plus à vivre de sa terre : "Je m’occupe de ma mère, qui est à la retraite… C’est elle qui nous permet de manger au quotidien, lâche-t-il. Je suis célibataire, sans enfants. Je suis content de l’être".
Une bataille de l’eauAu-delà du thermomètre, c’est la gestion territoriale de l’eau qui a scellé le sort de l’exploitation. Le céréalier, élu au sein de la Mutualité sociale agricole (MSA) et bénévole dans le réseau Sentinelle pour la prévention du suicide en agriculture, dénonce l’incohérence des règles en vigueur : la réglementation impose d’alimenter en continu les rivières, ce qui revient à "lâcher de l’eau au printemps" pour fermer brutalement les vannes en été, "alors qu’elle manque cruellement" pour sauver les récoltes.
Ces impasses à répétition ont fini par pousser Jean-Luc vers la porte de sortie. L’année prochaine, le quinquagénaire raccrochera pour de bon, mettant un point final à sa carrière pour glisser vers une retraite inévitable. La fin de carrière ne s’annonce pas plus sereine : avec une pension estimée à 900 euros par mois, le compte n’y est pas. "Pour survivre, il faudra que je trouve du boulot", souffle-t-il. Jean-Luc Saint-Martin proposera alors ses terres à la location, avec un objectif minimal : couvrir ses charges foncières.
D’ici là, sa dernière campagne sera vraisemblablement chargée d’incertitudes. Récolte amputée, trésorerie dans le rouge : le céréalier ne sait même pas s’il aura les moyens d’engager les frais suffisants pour les prochains semis. "Je risque à nouveau de devoir puiser dans mes réserves personnelles juste pour avoir le droit de semer l’an prochain", s’inquiète le Tarn-et-Garonnais.