L’isolation biosourcée risque de devenir la norme dans les prochaines années face aux canicules répétées. La paille et la fibre de bois, abondantes en Lot-et-Garonne, séduisent par leur fort déphasage thermique. Une...
L’isolation biosourcée risque de devenir la norme dans les prochaines années face aux canicules répétées. La paille et la fibre de bois, abondantes en Lot-et-Garonne, séduisent par leur fort déphasage thermique. Une alternative écologique qui pourrait transformer durablement le bâtiment.
Le sujet des bouilloires thermiques devient quasiment impossible à contourner dès que le mercure s'affole. En période de canicule, vivre dans des logements où la température ne descend pas en-dessous de 26 degrés s'apparente à une souffrance. Les appartements du centre d'Agen n'ont pas été épargnés au cours des dernières semaines.
Pour Christian Jover, directeur du BTP-CFA 47, quand on rénove ou que l'on construit du neuf, il y a désormais urgence à utiliser des matériaux auxquels on ne pensait pas avant. Un processus tournant autour du déphasage, autrement dit le temps que met la chaleur à traverser les matériaux.
"Plus précisément, c'est ce qui permet à un matériau de résister au transfert de chaud", explique Christian Jover. "Et aujourd'hui, on utilise de plus en plus de matériaux biosourcés, c'est-à-dire issus de la biomasse, qui ont un déphasage thermique excellent."
Dérivé du pétroleCes fameux matériaux biosourcés rassemblent le bois, la laine de mouton, le colza, le chanvre, mais pour les constructions, Christian Jover évoque plutôt la paille. "On en produit énormément dans le Lot-et-Garonne! Et avec ce type d'isolation, le chaud ne rentre pas."
Le directeur du CFA évoque aussi la fibre de bois, que l'on peut trouver en abondance du côté de Casteljaloux. "Et, tout comme la paille, elle présente d'excellentes performances en matière de confinement du froid. Les matériaux à déphasage efficace appartiennent souvent à des familles biosourcées. Il faut s'y intéresser, pour apprendre à diminuer l'impact de la chaleur. C'est ce renouveau que nous essayons d'inculquer à nos jeunes."
Au sujet de l'isolation au polystyrène expansé, déjà évoquée dans le cas de la rénovation de la cité Rodrigues, Christian Jover lui reconnaît quelques avantages. "Il s'empile, il est léger, facile à transporter. Mais son gros problème, c'est qu'il est efficace surtout en cas de froid. Pour le chaud, c'est un très mauvais isolant. Et en plus, ce choix est incohérent du point de vue écologique. Comme la laine de roche, c'est du chimique. C'est un dérivé du pétrole."
La façade ouest, la plus maltraitéeUne objection qu'il a pu entendre au sujet de la paille comme isolant concerne le prix. "On m'a déjà dit qu'elle coûte beaucoup trop cher. Mais le fait est que plus on achète de ces produits, plus le prix d'achat diminuera au fur et à mesure." Un investissement sur le long terme, en somme.
Christian Jover se déclare "prêt à sensibiliser les élus et les former". "Nos responsables politiques et les bailleurs sociaux n'ont pas été préparés à la transition écologique, il faudrait qu'ils s'intéressent tous aux formations. Vous seriez surpris du résultat avec 30 cm d'épaisseur de paille en guise d'isolant. Idem avec la laine de bois. Dans notre atelier, au BTP CFA, nous en avons installé pour 40 cm d'épaisseur, et on voit la différence. La densité et l'épaisseur jouent sur la propriété de l'isolant."
Un autre élément entre en jeu quand on parle d'isolation. Pour bien protéger l'intérieur du logement, Christian Jover défend les bons vieux volets en bois, à l'ancienne. "Ils font de bien meilleurs isolants que les volets en PVC. Mais ils ont perdu de leur magie, parce qu'il est tellement plus simple d'appuyer sur un bouton... On veut le confort et la facilité, le problème, c'est que les fenêtres sont 20 à 25 fois moins bien isolées qu'avec des volets en bois."
Il rappelle un dernier point essentiel: seule la ventilation naturelle peut rafraîchir, surtout la nuit. "L'aération doit partir de l'appartement, créer des zones de traversement. Ceux qui sont situés plein ouest souffrent beaucoup plus de la chaleur. La façade ouest est la plus maltraitée par les conditions météo."
Les locaux du BTP CFA devraient prochainement être isolés à la paille, "à 98%". Un isolant avec lequel quelques précautions demeurent nécessaires. Sensibles à l'humidité, les matériaux biosourcés nécessitent une barrière d'étanchéité ou une façade ventilée.
"Et pour empêcher une infiltration d'eau tout en permettant la respiration, une membrane de protection de type pare-pluie est importante", ajoute Christian Jover.
Contre les intempéries et les UV, un enduit à la chaux, un bardage, ou une résine imputrescible (selon le matériau) offre une protection.
Enfin, en termes de sûreté mécanique et de durabilité, il s'agit essentiellement de vérifier la résistance au feu, et de surveiller les risques de moisissure et la présence de champignons ou d'insectes. "Si nécessaire, un traitement préventif peut être mis en place."