En quelques mois, les mésententes entre le Premier ministre et le chef du parti présidentiel se sont multipliées. Au point de presque faire oublier qu’ils appartiennent au même camp.
En quelques mois, les mésententes entre le Premier ministre et le chef du parti présidentiel se sont multipliées. Au point de presque faire oublier qu’ils appartiennent au même camp.

THOMAS SAMSON / AFP
Sébastien Lecornu et Gabriel Attal, ici en octobre 2025 à l’Assemblée.
EN BREF
• Les tensions entre Gabriel Attal et Sébastien Lecornu s’intensifient, avec des désaccords politiques qui ont germé au printemps et s’accentuent avec la loi agricole.
• Les conflits s’étendent au-delà du Parlement, le Premier ministre ayant critiqué aussi dans une interview l’hypercommunication de certains responsables politiques.
• Ces tensions se jouent sur fond de campagne présidentielle dans laquelle Gabriel Attal doit faire face à d’autres rivaux, dont Édouard Philippe.
Il n’y a pas que Monique Barbut qui a des choses à redire sur Sébastien Lecornu. Entre le chef du gouvernement et celui du parti présidentiel Gabriel Attal, les relations sont de plus en plus compliquées. La guerre se fait de façon larvée, sans fronde ouverte ni invectives. Mais les signes de leur animosité sont de plus en plus visibles.
Dernier en date : l’imbroglio autour de l’autorisation dérogatoire des pesticides dans la loi d’urgence agricole. Inquiets de voir revenir ce point éruptif pour l’opinion et susceptible de faire rejeter l’ensemble du texte, les députés Renaissance ont plaidé auprès du gouvernement pour qu’il dépose un amendement de suppression de la disposition avant le vote solennel. Rien de bien compliqué sur le papier : le gouvernement a donné un avis défavorable à la réintroduction de l’acétamipride et Sébastien Lecornu avait même évoqué dans une lettre aux agriculteurs un texte dédié aux produits phytosanitaires, à discuter ultérieurement.
Mais rien ne s’est passé comme prévu et le 20 juillet, l’examen du texte a tourné à l’affrontement entre le président du groupe Renaissance et le chef du gouvernement. Une séquence loin d’être inédite entre les deux ministres d’Emmanuel Macron.
« Mais enfin Sébastien, c’est toi qui m’as demandé de ne pas lui répondre »En avril, c’est la proposition de loi Yadan qui avait donné un aperçu de la friture sur la ligne : alors que Gabriel Attal retirait le texte, certain de le voir repris « en intégralité » dans un projet de loi, le gouvernement l’a désavoué en indiquant qu’il n’entendait pas le retranscrire « à la virgule près. » Quelques semaines plus tard, le fiasco de la proposition de loi sur le 1er mai, cette fois personnellement défendue par le président du groupe, témoignait un peu plus de l’absence de concertation entre le gouvernement et les élus du parti. En cette mi-juillet, la saisie du Conseil constitutionnel par le Premier ministre sur le texte fin de vie a fait grincer des dents. Avant l’explosion lors de l’examen du projet de loi agricole.
En dépit de son opposition à l’introduction des pesticides dans le texte, le gouvernement a fait barrage à l’examen de l’amendement de suppression porté par l’ancienne Première ministre Élisabeth Borne. En séance, Gabriel Attal accuse Matignon d’être revenu sur sa parole et étale leurs désaccords. « Pourquoi a-t-il été dit, cet après-midi, que l’Assemblée pourrait trancher sur ce sujet-là, alors que nous apprenons, ce soir, sans qu’il y ait d’explication du gouvernement, que finalement ce ne sera pas le cas ? Je pense qu’on est en droit d’avoir une explication sur ce sujet », tonne-t-il. Il n’en aura pas.
Pire : alors qu’il s’émeut du silence du gouvernement et s’en plaint à Annie Genevard, la ministre de l’Agriculture répond par une énorme boulette, rapportée par l’AFP et Politico : « Mais enfin Sébastien, c’est toi qui m’as demandé de ne pas lui répondre ». Pensant avoir envoyé ce SMS au Premier ministre, Annie Genevard vient de révéler malgré elle à Gabriel Attal (qui a finalement reçu le message) que consigne a été passée par le chef du gouvernement d’ignorer son lointain prédécesseur.
Enfoncer Attal pour mieux faire monter Philippe ?La guerre ne se limite pas au terrain parlementaire. Dans une interview accordée à Paris Match fin juillet, Sébastien Lecornu refuse l’étiquette d’homme « austère » qui lui colle à la peau et se décrit « pudique et discret ». Il tacle au passage les « responsables publics » qui « s’étalent en permanence » dans la presse ou « sur TikTok ». « On incarne une fonction », sermonne-t-il.
Le nom de Gabriel Attal n’apparaît nulle part. Mais impossible de ne pas y voir un tacle envers celui qui a toujours assumé, y compris pendant son passage à Matignon, sa stratégie d’hypercommunication, notamment via ses réseaux sociaux et a personnalisé ses dossiers, à l’image de la lutte contre le harcèlement.
À l’approche de la pause estivale, le candidat du parti Renaissance se concentre sur sa campagne et multiplie les déplacements - après la Bretagne en fin de semaine, il sera à Annecy lundi. Car avant Sébastien Lecornu, Gabriel Attal a déjà fort à faire avec un autre ex de Matignon, en l’occurrence Édouard Philippe. Les deux hommes sont en concurrence pour la place de candidat du bloc central et Gabriel Attal doit à tout prix rattraper son retard dans les sondages qui feront office d’arbitre d’ici janvier.
L’avance du maire du Havre se compte aussi en soutiens politiques, dont deux sont venus du propre parti de Gabriel Attal. D’autres pourraient suivre, à l’image de Gérald Darmanin, « ami » d’Édouard Philippe… Et de Sébastien Lecornu lui-même ? Tous les deux arrivés en politique au sein de l’UMP, l’ancien ministre des Armées doit son entrée au gouvernement au premier Premier ministre d’Emmanuel Macron. Certains s’interrogent donc sur une possible stratégie qui consisterait à affaiblir Gabriel Attal pour profiter à Édouard Philippe. D’autres y voient des indices sur une aventure présidentielle de Sébastien Lecornu. L’intéressé martèle ne pas vouloir « se mêler » de 2027 et prend soin de n’afficher aucune préférence. Ainsi dans Paris Match, il égratigne aussi ceux qui ont appelé à la démission anticipée du président de la République et dont Édouard Philippe a fait partie. Presque fair-play.
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