Les mesures mises en place par l'Australie en la matière n'ont pas suffi à réduire l'utilisation des plateformes par les moins de 16 ans. ...
En décembre dernier, l'Australie devenait le premier pays au monde à interdire l'accès aux réseaux sociaux pour les jeunes de moins de 16 ans, jugés plus vulnérables aux contenus en ligne. Le Social Media Minimum Age Act confie le soin aux plateformes de prendre des "mesures raisonnables" pour empêcher les adolescents d'ouvrir ou de conserver un compte sur TikTok, Instagram et consorts.
Six mois plus tard, quelles leçons tirer du ballon d'essai australien ? Le gouvernement a opté pour une interdiction basée principalement sur la vérification de l'âge, en plaçant la responsabilité du côté des plateformes, plutôt que des parents et des adolescents. Il revient donc aux réseaux sociaux de déterminer comment procéder : estimation biométrique de l'âge, reconnaissance faciale, analyse comportementale ou encore vérification documentaire. Avec une garantie : à l'inverse de ce que le gouvernement fédéral belge envisage (voir ci-contre), Canberra a assuré qu'aucun Australien ne serait obligé d'utiliser une identité numérique gouvernementale.
Pour autant, la flèche décochée par les autorités australiennes manque jusqu'ici sa cible. Une étude publiée par le British Medical Journal (BMJ) confirme que l'interdiction australienne a eu peu d'impact sur la navigation des jeunes adolescents sur les réseaux sociaux.
D'après des témoignages recueillis par Radio France, l'interdiction reste facilement contournable. Des adolescents ont conservé l'accès à certaines plateformes grâce à des erreurs des systèmes de reconnaissance faciale, à la création de nouveaux comptes ou à une migration vers des services moins surveillés.
Pour corriger le tir, Canberra a annoncé fin juin doubler le montant maximal des amendes imposables aux géants de la tech. En cas de non-respect des exigences de la loi australienne, la note peut désormais atteindre 99 millions de dollars australiens (60 millions d'euros). "Il est clair que les géants de la tech ne font pas assez pour se conformer à la loi; il y a encore trop d'enfants sur les réseaux sociaux", justifiait alors le Premier ministre australien Anthony Albanese.
L'Australie annonce doubler les amendes pour violation de l'interdiction des réseaux sociaux aux mineurs : "Les géants de la tech ne font pas assez"Depuis, d'autres pays souhaitent marcher sur les pas de Canberra. Ce 21 juillet, la France a adopté une loi pour limiter l'accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans. Et ce, en suivant le même principe que l'Australie : il reviendra aux plateformes de sélectionner le mode de vérification de l'âge de leur choix.
L'Australie a prouvé qu'un État pouvait imposer des limites d'âge contraignantes aux réseaux sociaux. En revanche, elle n'a pas encore démontré qu'une interdiction seule pouvait réduire durablement l'exposition des adolescents aux contenus problématiques.
Si l'interdiction d'accès aux réseaux sociaux pour les moins de 16 ans instaurée par l'Australie est perfectible, elle a permis une avancée : contraindre les plateformes technologiques à faire plus qu'une simple vérification de l'âge sur l'honneur, facilement contournable.
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