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Liquidation de Soliha Méditerranée, les salariés audois sonnés : "On a tout donné, et, du jour au lendemain, tout s’est arrêté"

Дата публикации: 17-07-2026 16:20:02

35 salariés se sont retrouvés sans emploi et une centaine de personnes vulnérables sans accompagnement dans l’Aude. Après la liquidation judiciaire de Soliha Méditerranée, les anciens employés dénoncent une brutalité...

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35 salariés se sont retrouvés sans emploi et une centaine de personnes vulnérables sans accompagnement dans l’Aude. Après la liquidation judiciaire de Soliha Méditerranée, les anciens employés dénoncent une brutalité inédite et s’inquiètent des conséquences pour les bénéficiaires des dispositifs sociaux.

Dans les bureaux de Soliha Méditerranée, les téléphones sont silencieux, les ordinateurs ne ronronnent plus.

Pour les 35 salariés de l’association, spécialisée dans la lutte contre la précarité et le mal-logement répartis entre l’Aude, l’Hérault et le Gard, la liquidation judiciaire prononcée le 9 juillet a marqué une rupture aussi soudaine que brutale.

"On avait rendez-vous au tribunal le 2 juillet pour entendre la proposition de la direction et les observations du mandataire judiciaire. Il s’agissait de savoir si la structure pouvait poursuivre son activité ou être placée en liquidation. Le 9 juillet, le délibéré est tombé : le juge a prononcé la liquidation judiciaire", relate un membre du CSE.

Tout s’est accéléré en quelques semaines. Placée en redressement judiciaire le 11 mai, l’association a cessé toute activité dès le lendemain de la décision du tribunal.

"On était sonnés. Le vendredi 10 juillet, on est arrivés au bureau et on nous a annoncé une cessation d’activité immédiate. Nous n’avons eu aucune explication de notre direction. Rien". Les salariés ont alors dû quitter les locaux dans la journée, en laissant sur place leur matériel professionnel.

"Téléphones, ordinateurs… On a tout laissé. On est partis le jour même. Le plus difficile, c’est que nous n’avons même pas pu prévenir les personnes que nous accompagnions".

À lire aussi : "On doit aller à la banque alimentaire pour manger" : des travailleurs sociaux sans salaire à Narbonne après le placement en redressement judiciaire de cet acteur de l'économie sociale et solidaire

Une centaine de personnes concernées dans l’Aude

Au-delà des emplois supprimés, les anciens salariés s’inquiètent également du devenir des publics fragiles suivis par l’association. Dans l’Aude, une centaine de personnes bénéficiaient d’un accompagnement, notamment dans le cadre de dispositifs d’hébergement d’urgence et d’intermédiation locative.

"Certaines personnes sont incapables d’effectuer seules leurs démarches administratives. On s’inquiète notamment pour leur courrier. Il existe un véritable risque de rupture de droits. Elles se retrouvent livrées à elles-mêmes".

Une partie des missions a été reprise, dont les activités du Centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA), attribuées à la FAOL, qui récupère également les lieux d’hébergement ainsi que les quatre salariés affectés à ce dispositif.

De la colère à l’écœurement

Chez les anciens employés, les sentiments oscillent entre colère, incompréhension et profonde tristesse. "On est anéantis. Cette brutalité est épouvantable. On s’est investis pendant des années, on a tout donné et, du jour au lendemain, on nous vire".

Le contexte des derniers jours de l’association nourrit également leur amertume. Les 30 juin et 1er juillet, des perquisitions menées par la brigade financière se sont déroulées dans plusieurs agences, notamment à Nîmes et Carcassonne, ainsi qu’au sein de Soliha Haute-Garonne, à Toulouse. Les salariés s’interrogent sur le lien existant entre les perquisitions et le rapport attendu de la chambre régionale des comptes.

Les anciens employés disent également avoir découvert, après coup, que le président de l’association, Jean-Marc Manicou, faisait l’objet d’une interdiction de gestion depuis près d’un an. Ils évoquent aussi l’embauche de son fils entre l’ouverture du redressement judiciaire et l’audience devant le tribunal, un contrat finalement interrompu durant sa période d’essai à la demande du mandataire judiciaire. Autant d’éléments qui renforcent aujourd’hui leur incompréhension.

"Nous sommes dégoûtés. C’est l’écœurement qui prévaut. Soliha Méditerranée était un bel outil. Nous avions construit des projets, avec une équipe soudée. Aujourd’hui, tout cela disparaît. C’est un immense gâchis".

À lire aussi : "Les propriétaires ne devraient pas être laissés seuls" : déjà confronté à 4 500 € de loyers impayés et de travaux non réalisés, ce Carcassonnais victime de la liquidation judiciaire de Soliha Méditerranée

Si Soliha Méditerranée a été liquidée avec une cessation immédiate d’activité, "Soliha Haute-Garonne fait, elle aussi, l’objet d’une liquidation judiciaire, assortie d’une poursuite d’activité de deux mois en raison de son patrimoine immobilier" précisent les salariés qui ajoutent que la liquidation a également frappé les antennes de la Réunion et du Pas-de-Calais.

Les salariés de Soliha Méditerranée ont également une pensée pour les propriétaires des logements mis à la disposition de l’association, dont les loyers restent impayés. "On va être pris en charge par le régime de garantie des salaires (AGS), eux vont devoir attendre que le liquidateur judiciaire la SARL Bleu Sud gère leurs créances". Autant de drames en cascade.

La fédération Soliha : "On va faire le nécessaire pour les personnes fragiles"

À Paris, la fédération Soliha regroupe 120 structures en France. Jean-Jacques Haffreingue, vice-président de la fédération Soliha confirme la révocation du président de Soliha Méditerranée Jean-Marc Manicou par le conseil d’administration le 7 juillet 2026, à l’unanimité. Il admet qu’il n’aurait pas dû être nommé, étant frappé d’interdiction de gestion, mais, souligne-t-il, "nous, au sein de la fédération, avons eu cette information en juin 2026 seulement et nous avons demandé qu’il soit destitué". Il rappelle que les décideurs sont locaux : "Les conseils d’administration désignent leur bureau et le président nomme le directeur".

Concernant le public fragile délaissé, la fédération a programmé une rencontre avec le mandataire le 22 juillet : "On va s’organiser avec le mandataire pour une prise en charge avec les partenaires locaux, les services de l’État qui font une grande partie de ces activités. On va essayer d’optimiser et de maximiser nos ressources internes au sein du réseau pour continuer à gérer les publics bruts, fragiles, avec probablement des reprises, avec d’autres associations sur le terrain". Interrogé sur les perquisitions, il avoue "ne pas avoir accès au contenu et aux motifs qui ont conduit la brigade financière à faire des perquisitions. Ça va se faire entre les présidents, directeurs et les services de la brigade financière".

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