Les militants socialistes ont voté pour réserver aux adhérents la désignation de leur candidat à la présidentielle. En octobre sera donc organisée une primaire du « pôle socialiste », dont la mise en place n’est pas toujours très claire.
Le coprésident de Place Public Raphaël Glucksmann (à gauche) et le premier secrétaire du PS Olivier Faure, à Montreuil, le 11 avril 2026. STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
Ces derniers mois, il fallait être un expert en solférinologie pour comprendre ce qu’il se tramait au Parti socialiste (PS). Entre Olivier Faure qui poussait pour une primaire avec le reste de la gauche non mélenchoniste et ses opposants Boris Vallaud et Nicolas Mayer-Rossignol qui privilégiaient un candidat du cru socialiste, les conflits internes se sont multipliés aussi vite que les candidats déclarés ou pressentis.
Ce jeudi 9 juillet, enfin, les militants socialistes ont pu trancher les chicaneries. Et ils n’ont pas suivi leur premier secrétaire qui, après moult revirements, proposait une primaire entre socialistes et sociaux-démocrates ouverte à tous ceux payant la modeste somme de 2 euros. A 55 %, les adhérents du parti à la rose ont privilégié l’offre de l’opposition qui souhaitait une primaire sur le même espace politique, mais réservée aux seuls membres à jour de cotisations auprès des partis participants. C’est encore flou pour vous ? « Le Nouvel Obs » vous explique tout.
• Quand aura lieu la primaire ?Tuons le suspense très vite : aucune date précise n’a été décidée. « Il y aura une primaire, donc un débat qui aura lieu tout le mois de septembre. Nous voterons en octobre », a indiqué Olivier Faure ce vendredi 10 juillet. D’ici là, « un comité interpartis réglera les modalités de vote et de candidature » de cette primaire de l’espace socialiste, ajoute le PS dans un communiqué. « Les modalités du vote seront discutées au sein d’une maison commune qui rassemble les socialistes, mais aussi Raphaël Glucksmann, Bernard Cazeneuve, et d’autres encore, précise Nicolas Mayer-Rossignol auprès du “Nouvel Obs”. Ensuite, à chacun de dire s’il est candidat ou pas et on organisera le scrutin ensemble. »
Charge ensuite au vainqueur de proposer « le rassemblement à tous les partis de la gauche démocratique, écologique et républicaine », indique le PS. Traduction : l’idée d’une primaire commune avec l’écologiste Marine Tondelier, François Ruffin, Clémentine Autain et consorts est enterrée, au profit de discussions pour « construire ensemble un contrat législatif et de gouvernement », décrypte Nicolas Mayer-Rossignol. De quoi susciter de la colère chez les partenaires des socialistes bernés et désormais face à une proposition perçue comme une volonté de vassalisation. « On leur a trop laissé de pouvoir », fulmine un unitaire de gauche auprès de l’AFP.
• Qui s’est déclaré et qui pourrait candidater ?Vous l’aurez compris, les écologistes et les ex-insoumis ne sont pas bienvenus dans cette primaire réservée à l’espace socialiste et apparentés. A l’inverse de Raphaël Glucksmann, très courtisé par une partie des opposants socialistes qui voit en lui le meilleur candidat pour faire gagner la gauche en 2027. Toujours pas officiellement candidat à la présidentielle (il s’est donné jusqu’à la rentrée pour décider), le coprésident de Place Publique n’a pas encore répondu aux avances de ses alliés. Son parti s’est toutefois félicité de la « main tendue » par les socialistes et s’est dit prêt à discuter de l’organisation de cette primaire.
A peine la primaire a-t-elle été annoncée que déjà elle compte trois candidats officiels. Les députés Jérôme Guedj et Philippe Brun vont venir défendre leurs lignes : « républicaine, universaliste, laïque, sociale, écologiste » et clairement anti-LFI pour le premier, « anti-Glucksmann » pour le second. Ce vendredi, l’ex-ministre socialiste et finaliste de la présidentielle de 2007 Ségolène Royal a aussi annoncé qu’elle y participerait. Le petit courant « Avenir socialiste », le plus à gauche du PS qui compte une vingtaine de membres, a annoncé également qu’il « porterait une ligne politique profondément socialiste ».
Et Olivier Faure alors ? Le patron des socialistes a déjà dit qu’il ne se sentait pas « illégitime » mais n’a pas voulu se prononcer ce vendredi, au lendemain du revers subi lors du vote des militants. De son côté, le patron des députés socialistes Boris Vallaud a déjà dit avoir « envie d’aller à la bagarre », sans candidature officielle à ce jour. La présence de l’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve se posera aussi, lui qui pense de plus en plus à se lancer dans la course à l’Elysée. Pour ceux qui se demanderaient ce que François Hollande mijote, sachez qu’il refuse de se plier à une quelconque primaire et se positionne comme un recours en fin d’année si le PS est toujours dans l’impasse.
Face à cette profusion de candidats déclarés ou éventuels, des conditions de parrainages, notamment d’élus, pourraient être mises en place pour se présenter. « Il faudra dans cette primaire des candidats qui soient suffisamment crédibles pour gagner l’élection présidentielle », note Nicolas Mayer-Rossignol, qui appelle chacun « à se demander s’il pense vraiment pouvoir atteindre un score permettant de faire gagner la gauche ». Le maire PS de Saint-Ouen Karim Bouamrane a manifestement déjà répondu « oui » à cette question : il a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle… hors primaire.
• Qui peut voter ?C’était le principal point d’achoppement entre Olivier Faure et ses opposants. Le patron du PS voulait une primaire ouverte aux « sympathisants » socialistes, moyennant une participation de deux euros. Il entendait réunir ainsi entre 500 000 et un million de votants. Mais c’est l’autre option qui a été choisie, celle de ses opposants, qui voulaient un corps électoral resserré aux « militants du Parti socialiste et des organisations politiques se reconnaissant comme faisant partie du pôle socialiste ». Ce qui intègre Place publique de Raphaël Glucksmann donc, mais aussi La Convention de Bernard Cazeneuve.
Le PS a précisé que « l’adhésion à ce pôle ou à ses organisations sera ouverte jusqu’au vote ». Une manière d’espérer un corps électoral le plus large possible, alors que le Parti socialiste revendique environ 40 000 adhérents et Place publique environ 10 000. Dans ce cadre, la question du montant à dépenser pour adhérer va se poser. « C’est un sujet en discussion car on veut éviter des ingérences, mais il restera peu élevé », assure Nicolas Mayer-Rossignol. Avant le vote des militants PS, Olivier Faure dénonçait le risque d’un vote « censitaire » : une primo-adhésion au PS coûte 20 euros, un renouvellement annuel de cotisation au moins 55 euros. Vous l’aurez compris, le PS n’en a pas encore fini avec ses interminables débats.
Par Richard Godin
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