La Banque centrale européenne a décidé ce jeudi d’augmenter ses taux directeurs de 0,25 point, une première depuis septembre 2023. Dans les salles de marché comme chez les économistes, nombreux...
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La Banque centrale européenne a décidé ce jeudi d’augmenter ses taux directeurs de 0,25 point, une première depuis septembre 2023. Dans les salles de marché comme chez les économistes, nombreux sont ceux qui s’insurgent. « C’est une décision absurde, dogmatique », réagit le banquier et économiste Marc Fiorentino. Selon lui, la BCE s’en tient uniquement à réagir à la lecture de l’inflation, « si la hausse des taux allait rouvrir le détroit d’Ormuz ! » L’institution européenne est en effet obnubilée par l’évolution de l’inflation, qui ne doit pas, selon son objectif, dépasser la barre des 2 %. Or la hausse des prix est remontée à 3,2 % en zone euro en mai, contre 1,7 % en janvier, en raison de la flambée des prix de l’énergie entraînée par la guerre au Moyen-Orient.
Mais pour certains, cette décision intervient au pire moment pour la France, alors que « l’économie est déjà à l’arrêt, que les défaillances d’entreprises restent élevées et que les finances publiques demeurent sous tension », réagit Lucile Bembaron, économiste chez Astérès. « C’est un relèvement qui tombe mal pour la France : il renchérit le crédit dans une économie déjà fragilisée, alors même que son inflation reste parmi les plus faibles de la zone euro », insiste-t-elle. Sandrine Allonier, directrice générale de Vousfinancer, enfonce le clou : « Cette hausse des taux de la BCE tombe au mauvais moment, dans une période clé pour les banques, et alors que la production de crédits ressort en baisse sur le mois d’avril. »
Des finances publiques sous pression croissanteLes effets sur les finances publiques sont réels, même s’ils restent progressifs. En relevant ses taux directeurs, la BCE augmente le coût de l’argent à court terme, ce qui entraîne mécaniquement une hausse des rendements sur les obligations d’État. Le principal taux de l’OAT à 10 ans a frôlé les 4 % à la mi-mai traduisant la défiance des investisseurs quant à la capacité de la France à réduire ses déficits et sa dette. Surtout, comme le rappelle l’institut Astérès, « la hausse des taux ne s’applique pas à l’ensemble du stock de dette, mais seulement aux nouvelles émissions et aux obligations arrivant à échéance ». Ce qui signifie que le coût de la dette augmentera lentement mais sûrement, à mesure que des titres anciens seront remplacés par des titres plus coûteux. De quoi peser durablement sur des finances publiques déjà catastrophiques.
Entreprises et ménages en première ligneTel un jeu de dominos, une hausse des taux tend invariablement à se répercuter sur les crédits accordés aux entreprises et aux ménages. « Cette hausse rend les investissements plus coûteux dans un contexte déjà marqué par un niveau alarmant de défaillances d’entreprises: fin avril 2026, celles-ci atteignaient près de 70 228 en cumul sur douze mois, en légère hausse par rapport au mois précédent», explique l’institut Astérès. Quant à l’impact sur les particuliers, cette décision va inciter «les banques à répercuter partiellement cette hausse des taux de la BCE sur les barèmes de crédits immobiliers de juillet », estime Sandrine Allonier, chez Vousfinancer. Sans compter les effets sur la baisse de capacité d’emprunt des ménages, ce qui n’est guère de nature à soutenir un marché immobilier qui peine à redémarrer. D’après les dernières données de la Banque de France, la production de crédits à l’habitat en avril s’élevait à 12 milliards d’euros contre 12,6 milliards en mars, soit une baisse de près de 5 % durant un mois habituellement très dynamique. Si la plupart des banques ont maintenu leurs taux stables en juin, malgré la remontée du taux de l’OAT à 10 ans, cette décision de la BCE va désormais se répercuter sur les prochains barèmes.
A LIRE Olivier Malteste : Inflation et déflation, ou le Yin et le Yang de la BCESelon Julie Bachet, directrice générale de Vousfinancer, il s’agit d’« une mauvaise nouvelle pour les emprunteurs immobiliers, d’autant qu’à la fin du mois de juin, les taux d’usure pour le 3e trimestre seront publiés et probablement quasi-stables ». Elle précise qu’en attendant, la plupart des banques continuent à afficher une volonté de prêter en proposant des taux encore attractifs… « mais jusqu’à quand ? » s’interroge-t-elle. Il existe un vrai risque que certains emprunteurs, avec des profils standards, se voient refuser leur crédit à cause du taux d’usure « et pas seulement les plus de 60 ans, comme c’est le cas actuellement. Nous allons surveiller cela de près », ajoute Julie Bachet. En attendant, les taux moyens sont stables en juin à 3,30 % pour un crédit sur 15 ans, 3,50 % sur 20 ans et 3,60 % sur 25 ans.
Jusqu’où ira la BCE ?Dans son obsession de lutter contre l’inflation plutôt que de soutenir la croissance, la BCE semble déterminée à poursuivre son cycle de resserrement. Pour Julien Langlade, président de Cafpi, « les marchés tablent d’ores et déjà sur au moins deux remontées des taux BCE d’ici la fin de l’année. En conséquence, dans l’état actuel du marché, nous envisageons une hausse globale des taux de crédit immobilier d’environ 0,20 % d’ici la fin de l’année ». Raphaël Thuin, responsable des stratégies de marchés de capitaux chez Tikehau Capital, appelle à mi-mot à la raison : « Les marchés anticipent actuellement près de trois nouvelles hausses de taux de la BCE d’ici la fin de l’année. Cette vision peut paraître exigeante. Dans un scénario où le détroit d’Ormuz rouvrirait et où les prix de l’énergie se normaliseraient, la BCE pourrait être tentée de regarder au-delà d’un choc jugé temporaire, afin d’éviter de compromettre davantage une croissance déjà fragile. » Le pire n’est jamais certain, à condition que la BCE cesse de gouverner tel « un navire qui coule », selon les mots de Marc Fiorentino.
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