En Mayenne, la crise des urgences n'est pas sans conséquences sur l'activité des pompiers du département. Avec la régulation des services, ils sont contraints de faire beaucoup de route pour transporter des patients, parfois à l'autre bout du département. Des solutions sont sur la table.
En Mayenne, la crise des urgences n'est pas sans conséquences sur l'activité des pompiers du département. Avec la régulation des services, ils sont contraints de faire beaucoup de route pour transporter des patients, parfois à l'autre bout du département. Des solutions sont sur la table.
Un patient secouru dans le Nord-Mayenne, pris en charge aux urgences du Centre hospitalier du Haut-Anjou, parce que celles de Mayenne sont temporairement fermées, c'est un scénario de plus en plus courant. En cause, la régulation des services d'urgences des hôpitaux de Laval, Mayenne et Château-Gontier-sur-Mayenne, qui gardent régulièrement portes closes, chacun leur tour, de nuit comme de jour. Un sujet préoccupant pour le patron du SDIS de la Mayenne, le colonel Thierry Robert, invité d'"ici Mayenne" ce lundi.
ici Mayenne : Des camions de pompiers qui attendent en file indienne devant des urgences comme cela a pu être décrit chez nous, c'est de la fiction ou c'est la réalité ?
Thierry Rober : Aujourd'hui, on a une problématique majeure qui est effectivement la régulation des urgences, la fermeture de certains services d'urgences à des moments donnés de la semaine, et puis effectivement la saturation des services qui frappe de plein fouet les sapeurs-pompiers. La discussion se poursuit avec l'ARS et les centres hospitaliers pour trouver des solutions.
Cette régulation vous oblige à parcourir des kilomètres supplémentaires pour transporter les patients là où ils peuvent être accueillis. Dites nous ce que cela représente comme distance en plus pour vos hommes dans notre département.
Par an, des centaines de kilomètres. Deux phénomènes se conjuguent. Le premier, ce sont des kilomètres en plus avec la régulation des urgences et donc le transport à l'autre bout du département de certaines victimes avec un phénomène qui est assez important pour nous. 80 % de notre effectif, ce sont des sapeurs-pompiers volontaires qui sont des personnes qui ont besoin de disponibilité. Or, des interventions qui duraient une à deux heures peuvent prendre aujourd'hui trois à quatre heures, ce qui nous pénalise grandement au niveau de la disponibilité des sapeurs-pompiers volontaires.
Et le second phénomène ?
C'est le fait que d'avoir de temps en temps, fort heureusement pas tous les jours, une embolie au niveau des urgences, et l'arrivée d'un premier, d'un deuxième et jusqu'à dix camions SAV, ce qui crée un embouteillage.
Mais vous, que faites-vous pendant ce temps, avec votre patient qui attend dans le camion ?
La discussion s'opère avec les services d'urgences. On régule le flux des victimes jusqu'à ce que ces victimes soient acceptées aux urgences.
Cela coûte cher tous ces kilomètres supplémentaires. Qui paye ?
Aujourd'hui, le SDIS compense. Nous sommes en discussion avec le centre hospitalier de Laval pour voir le transfert de charges. Quant aux solutions, il y en a deux. La première, c'est la mise en place d'ambulances privées pour pouvoir prendre le relais des sapeurs-pompiers lorsque des urgences sont fermées. Ce qui permettra de réduire le temps d'intervention des sapeurs-pompiers volontaires. Deuxième élément majeur en termes de solutions trouvées, c'est pouvoir mettre en place une forme de sas, une forme de point de rassemblement des véhicules SAV au niveau des urgences de Laval notamment, un point de rassemblement des victimes pour libérer nos véhicules dans les meilleurs délais et permettre une couverture efficace du territoire mayennais.
Est-ce-que les pompiers se sentent aujourd'hui otages d'un système qui se dégrade et pour lequel on n'a pas trouvé de solution, même si vous en proposez ? Avez-vous le sentiment que votre métier s'en trouve dévalorisé ?
Assurément, non ! Les sapeurs-pompiers, comme tous les acteurs, sont dans un contexte départemental et national de pénurie de médecins et la nécessité de pouvoir faire corps, de pouvoir s'allier à l'ensemble des acteurs pour trouver des solutions. Et c'est ce que nous faisons.
Est-ce que votre crainte, avec cette problématique des urgences, c'est aussi de décourager, de dissuader des volontaires de vous rejoindre ?
C'est un risque mais un risque mesuré puisque nous sommes en discussion permanente avec nos sapeurs-pompiers volontaires. Nous sommes aussi en discussion avec les employeurs de ces sapeurs-pompiers volontaires qui comprennent la situation et le risque d'avoir des interventions qui se rallongent. Et qui comprennent surtout le fait que l'ensemble des acteurs se réunisse pour trouver des solutions efficaces.
L'augmentation de la sollicitation sans augmentation des effectifs, le risque est-il pour vous, à terme, d'avoir un jour à choisir entre deux interventions ?
C'est toute la réflexion qui est menée. Nous sommes, nous, à la manœuvre aujourd'hui sur la révision d'un document essentiel pour le SDIS, le schéma départemental d'analyse et de couverture des risques, un document qui est révisé tous les cinq ans. Nous sommes en pleine révision pour cette année et ce document doit préciser quels sont les moyens à mettre en place par rapport aux risques de notre territoire. Ce qui veut dire concrètement que cette évolution de la sollicitation des sapeurs-pompiers doit avoir pour réponse une adaptation de notre maillage territorial et du nombre de sapeurs-pompiers professionnels et volontaires aujourd'hui et demain.
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