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Sète-Ajaccio : Une traversée à bord d’un ferry, larguer les amarres en douceur…

Дата публикации: 01-07-2026 06:18:51

Carnet de bord d’une traversée entre l’Ile singulière et l’Ile de Beauté à bord du Mega Victoria de la Corsica Ferries. Plus de la moitié d’un cadran d’horloge pour effectuer un trajet toujours unique propice au lâcher prise, accompagné d’un personnel professionnel et attentionné.
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Coucher de soleil toujours aussi captivant... A bord du Méga Victoria. Ph. Vaena SCHLAMA

Carnet de bord d’une traversée entre l’Ile singulière et l’Ile de Beauté à bord du Mega Victoria de la Corsica Ferries. Plus de la moitié d’un cadran d’horloge pour effectuer un trajet toujours unique et propice au lâcher prise, accompagné d’un personnel professionnel et attentionné.

Il est près de 15 heures, ce 30 juin, heure limite déterminée pour se rapprocher du navire qui doit quitter ce port en eaux profondes une heure plus tard. Quelques instants auparavant, dans la ville-départ de Sète pour rejoindre Ajaccio nuitamment à bord du Méga Victoria, un capharnaüm de bruits et un concert de pots d’échappements nous avait assailli. surtout qu’un autre ferry, accosté tout près, s’apprêtait également à prendre le large pour une autre destination. Mais, une fois dans le Méga, flotte déjà un air de vacances. Çà et là, fleurissent des sourires tendres. Le contraste est saisissant. Depuis cette saison, Corsica Ferries renforce même son offre pour la Corse et lance une traversée vers la Sardaigne.

Piétra, bière Corse en main, smartphone de l’autre… Ph Olivier SCHLAMA

15h30. Les conducteurs énervés se sont transmutés en touristes décontractés. Piétra, bière corse, à la main ; smartphone d’une autre pour immortaliser la traversée du Golfe du Lion – qui porte parfois bien son nom mais pas ce 30 juin où la mer est d’huile – façon carte postale. Et puis, pour les privilégiés, la salle de commandement où un silence respectueux s’impatronise.

Excitation et apaisement se sont ainsi succédé en seulement quelques minutes. Ainsi en va le début des vacances pour nombre des quelque 2 000 passagers du Méga Victoria, long de 169 mètres, jadis propriété de la compagnie finlandaise SF-Line, navire équipé de quatre moteurs et aux couleurs reconnaissables entre mille de la Corsica Ferries qui assure durant la saison cette liaison maritime plébiscitée. Ce jour-là, 480 voitures auront aussi été embarquées en un tour de main. Avec célérité.

“Le Méga Victoria sera connecté à l’électricité à quai au début de 2027. Les travaux auront lieu fin 2026”, précise Fabien Agostini, directeur des opérations de la compagnie. Il ne sera plus besoin de laisser tourner les moteurs à l’arrêt. “Sur les dix navires que nous avons, sept sont connectables à quai”, confie-t-il. C’était l’une des raisons qui avaient poussé Corsica Ferries à proposer cette traversée depuis Sète, comme Dis-Leur vous l’a expliqué ICI.

Sous les yeux de Marie Très Sainte des Douleurs Antonio Cuomo, commandant de bord. Ph Olivier SCHLAMA

Dans la salle de commandement, un vaste espace équipé d’écrans et de joystics, on découvre un tableau portant des dizaines de numéros d’urgence sous le regard d’une iconographie classique chrétienne de Maria ss addolorata (Marie Très Sainte des Douleurs). Conjuguer les deux, et demander par avance sa protection lors de tempêtes et naufrages : ça peut servir en cas de coup du sort, se dit-on.

Antonio Cuomo est le “pacha”, le commandant de ce bateau. Malgré son expérience, il reste très concentré. Le maître d’hôtel et une hôtesse traduisent nos questions. Originaire de Gaëta (!), commune italienne jumelée avec Frontignan, Antonio Cuomo y répond avec intérêt. “Traverser le Golfe du Lion ? C’est plutôt facile”, dit sans forfanterie celui qui a “la passion de la mer depuis tout petit. Sète-Frontignan se sont construites grâce et avec les Italiens…!

Aujourd’hui il y a peu de vent ; il est de Sud. Il va falloir reculer tout droit ; il faut bien reculer pour ne pas se retrouver dans une mauvaise zone…”

16 heures. Les grandes manoeuvres vont commencer pour ce navire imposant qui doit faire quasiment demi-tour sur lui-même pour sortir du port et prendre le large. Pour ce faire, le capitaine se fait aider par l’un des pilotes du port de Sète qui vient de monter à bord. Aujourd’hui, c’est Jean-François Graff. Lui aussi est concentré. Non pas qu’il angoisse ; non pas que la mer soit déchaînée mais c’est à lui de donner les meilleures indications pour que le “pacha” exécute la manoeuvre délicate. Entre les hommes du bord, les talkies-walkies crépitent. L’économie de mots – italiens – prédomine.

On quitte Sète… Ph Olivier SCHLAMA

16h30. “Vous parlez français ?”, demande le pilote au commandant de bord. “Un peu”, répond ce dernier, confiant qu’il a embarqué il y a deux semaines sur ce navire. Le pilote dit encore en enlevant son “carcan”, son équipement qu’il avait dans le bateau qui l’a amené : “Aujourd’hui il y a peu de vent ; il est de Sud. Il va falloir reculer tout droit ; il faut bien reculer pour ne pas se retrouver dans une mauvaise zone…”

Car, bien que le port de Sète, créé en 1666, soit connu pour être en eaux profondes, il faut faire la manœuvre au milieu de beaucoup de plaisanciers ; en tenant compte d’autres ferries qui peuvent entrer et sortir en même temps… “Il y a aussi un banc de sable important près du Brise-Lames”, pointe Jean-François Graff. On sent la tension maîtrisée et le poids des responsabilités assumées. “Ok, go, on peut y aller”, lance le pilote. “Essayez de rester près du quai, demande-t-il, au commandant en même temps que les moteurs se mettent en branle créant de petits tressotements.

Au petit soin des passagers

16h53, la corne de brume retentit. C’est : en avant partout ! dirait-on pour paraphraser le lancement du plus célèbre tournoi de joutes de Sète, qui tient lieu en la matière de capitale, celui de la Saint-Louis, comme à chaque mois d’août où ces chevaliers de la tintaine s’affrontent avec force et panache.

17 heures. Alors que tout le monde prend ses marques à bord, les 115 membres d’équipage sont, eux, au petit soin de tous les passagers. Présents sans être envahissants. Qui pour renseigner pour trouver sa cabine, qui pour donner une information sur la vie à bord. Un autre pour dire oui à un retour dans la voiture pour récupérer un coussin ou un téléphone oublié.

“C’est économique de voyager avec cette compagnie” La vie à bord. Ph. Olivier SCHLAMA

17h15. On longe l’épi Delon qui protège le port de commerce de Sète. “Je vais débarquer à bâbord après le feu, là”, intime le pilote du port qu’une pilotine viendra chercher. Au passage, il loue les qualités professionnelles des équipages de Corsica Ferries.

Dans le bar se retrouvent six amis qui ont loué une maison dans le Sud de la Corse. Ils sirotent un café. Une bière. “Nous faisons un voyage ensemble. Nous habitons à Montpellier. On voulait partir de Sète, c’est tout à côté.” Ils se sont renseignés sur une application spécialisée. Et banco. “C’est relativement économique de voyager avec cette compagnie”, affirment deux d’entre elles. “Nous avons payé 80 € par personne l’aller-retour, confient-elles encore. On revient à Sète dans une semaine.” Petit bémol, les cabines “où, malgré la clim’, il fait un peu trop chaud. On entendra la même antienne à plusieurs reprises.

Ce soir, en tout cas, ces bons amis regarderont ensemble le Mondial de football sur l’écran géant installé exprès pour les Français dont l’équipe nationale affronte la Suède ; des vacanciers Italiens dont l’équipe nationale n’est, elle, pas qualifiée font contre mauvaise fortune bon coeur : “On va encourager nos cousins français ! promettent-ils.

Tournée de bière, Chianti ramené du restaurant… La vie à bord. Ph. Olivier SCHLAMA

18h15. Les couloirs du Méga Victoria se vident. Douches, pour ceux qui occupent une cabine ; gonflage du matelas pneumatique pour ceux – ça existe toujours ! – qui dormiront – peut-être – dans un couloir plus ou moins obombré ; infinie tournée de bière pour ces étudiants qui fêtent leur quille… L’heure aussi de combler une petite faim qui tenaille ; en mer, l’embrun ouvre l’appétit !

20h30, l’heure du sunset. Toujours aussi efficace. Selfies en rafales. On a délaissé Massilia, la Marseille millénaire sur la gauche, à une vingtaine de kilomètres. La Norvège a eu beau avoir refroidi l’atmosphère de la Côte d’Ivoire au Mondial ; il fait toujours chaud, 30 degrés, en pleine Méditerranée, malgré le vent marin, soutenu. Les moteurs ronronnent comme une Roll Royce qui encaisse les ans sans coup férir. Nous, on se chauffe la voix, en bon supporter du Coq français, après un bon Chianti italien ramené de l’un des deux restaurants du bateau…

“Maître d’hôtel” ; “commissaire” de bord… L’arrivée à Ajaccio, le 1er juillet. Ph. Nadine SCHLAMA

23h00. Les Bleus catapultent la France en 8e de finale du Mondial face au Paraguay. Tout le monde la vu, l’a su sur le bateau ; l’applaudimètre, sans exploser, vibre pas mal. Même le bosco, s’il y en avait un, est Français. Il y a des équivalents sur le Mega Victoria, qui nous demande de nommer “maître d’hôtel” ; c’est en réalité la cheville ouvrière du bord, aux côtés du “commissaire” qui n’a rien d’un homme de loi mais qui est chargé des tracasseries administratives.

Le français, les deux hommes, toujours affables et souriants, le pratiquent fort bien ; les Français, aussi. C’est en même temps le récital Mbappé (3-0) face à la Suède blafarde. Dans le bar, on remplit les frigos de Pietra ; le roulis fait tinter chacune de ces bouteilles. On est traversé par un sentiment mélangé de revenez-y et laissez-en pour la suite.

Une envie d’infini

1 heure du matin. Le bateau semble flotter, dans un entre-deux-eaux. Les moteurs ronronnent. On se sent seuls au monde. L’esprit vagabonde. Comme le chantait François Deguelt en 1965 et, avant lui, le Narbonnais Charles Trenet qui l’a inventée en passant devant l’Ile Singulière, avec “la Mer, Qu’on voit Danser le long des Golfes Clairs”, la Méditerranée est une éternelle source d’inspiration. Il y eut, rappelons-nous, aussi, la fameuse “C’est pas l’Homme qui prend la Mer, C’est la mer qui prend l’homme” de Renaud Séchan… Il y a toujours eu un appel de la mer qui nous sépare et nous rapproche. Les trainées d’écume laissées par le Méga à peine effleurées donnent une envie d’infini.

L’arrivée à Ajaccio, le 1er juillet. Ph. Nadine SCHLAMA

5h15, réveil. Il reste trois-quart d’heure avant le débarquement à Ajaccio. Pas le temps ni l’envie après cette courte nuit d’avaler un petit noir ou de croquer dans une biscotte. L’esprit embrumé, les sens émoussés. L’équipage se lance dans une course contre la montre pour nettoyer les cabines, diriger les passagers vers les voitures avant de repartir en sens inverse.

6h38. On sort du bateau. Fatigué, mais avec le sentiment d’avoir vécu une parenthèse  inédite. “Le vent se lève, il faut tenter de vivre”, comme philosophait le Sétois Paul Valéry. C’est ce que fait une famille sétoise, Qui décide, dans la foulée, de faire un gros saut de puce supplémentaire pour aller jusqu’en Sardaigne. De quoi continuer sur la lancée de son lâcher prise…

De notre envoyé spécial, Olivier SCHLAMA

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