Scandaleusement libre pour son époque, le couple formé par les deux intellectuels stars fascina plusieurs générations. Mais son héritage n’est pas forcément celui qu’on croit.
Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre. ANDREI COJOCARU POUR « LE NOUVEL OBS » D’APRÈS MARCEL BINH / AFP
Pour aller plus loin
Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir proposèrent deux modèles de couple. Le premier, le plus évident, distingue l’« amour nécessaire » (le leur, plein, presque gémellaire) et les « amours contingentes » (chacun de son côté). Assumé et théorisé à une époque où la monogamie fait loi, il apparaît d’une modernité admirable – ou détestable, c’est selon –, annonce le « jouir sans entraves » soixante-huitard et a longtemps participé à la mythification du tandem. En vérité, il est le produit d’une trajectoire singulière. Quand ils tombent amoureux à la fin des années 1920, Beauvoir et Sartre signent un « bail de deux ans », reconductible. L’engagement se faisant plus durable, et Sartre se reconnaissant « polygame », il est assorti d’un nouveau « contrat » : chacun peut vivre d’autres histoires, mais tout doit être dit, rien ne doit être caché.
Le modèle, convaincant sur le papier, plut à une jeunesse qui y vit la possibilité d’une relation durable hors des cadres religieux et bourgeois, en séparant couple et sexualité. Il a été largement écorné par les publications suivant la mort de l’un et de l’autre (« la Cérémonie des adieux » en 1981…

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