La tonalité gasconne s’invite au cinéma. L’humoriste Jean-Pierre Dupin guide cinq acteurs du film *Hautefaye*, actuellement en tournage dans le Lot-et-Garonne. Coach d’accent, il leur apprend la maîtrise de cette...
l'essentiel La tonalité gasconne s’invite au cinéma. L’humoriste Jean-Pierre Dupin guide cinq acteurs du film *Hautefaye*, actuellement en tournage dans le Lot-et-Garonne. Coach d’accent, il leur apprend la maîtrise de cette musicalité rurale. Un travail minutieux pour restituer l’authenticité du Sud-Ouest. On vous raconte cette histoire originale.
Jean-Pierre Dupin a déjà vécu les mille vies d’un saltimbanque, mais le voilà au cœur d’une expérience totalement inédite : l'humoriste d'Astaffort est coach d’accent pour cinq acteurs du film "Hautefaye". Le long-métrage de Vincent Le Port est tourné jusqu'au 8 août à Ferrensac, un petit village du nord du Lot-et-Garonne.
Nommé aux César pour son premier film "Bruno Reidal", le réalisateur se penche cette fois sur une affaire criminelle datant du 16 août 1870. Au crépuscule du Second Empire, des paysans d’une bourgade de Dordogne sombrent dans l'horreur. Ils frappent et torturent un homme avant de le brûler vif. Coproduction d’Arte, distribuée par les Films du Losange, "Hautefaye" est une adaptation du livre-enquête "Un crime de braves gens", publié en 2012 par Georges Marbeck.
Sollicité par la directrice de castingArieh Worthalter, César du meilleur acteur 2024 pour "Le Procès Goldman", joue l'un des rôles principaux de ce drame historique. Pour donner de la force à son personnage, l'interprète franco-belge tient à parler avec un accent gascon irréprochable. Ses partenaires Sonia Georges, Jean-Pierre Gros, Patrick Descamps et Pierre Meunier partagent la même exigence. Mais vers qui se tourner pour enseigner les subtilités de cette élocution ?
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La directrice de casting d'"Hautefaye" est Valérie Pangrazzi. Elle a été aussi celle du projet "Un jour, ça paiera", le rêve inachevé de Jean-Pierre Dupin. Lui et sa fille, Fanny, se sont battus de longues années pour concrétiser l'histoire d'une vie. Cent cinquante adolescents ont été castés par Valérie.
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Les Dupin viennent toutefois d'abandonner cette aventure. Épuisés. Plus de tête d'affiche. Pressenti pour le rôle principal, Tony Estanguet a finalement opté pour un biopic. "Cela nous a échaudés", confie celui qui, chaque année, enflamme la garbure théâtrale à Vianne. Valérie Pangrazzi n'avait naturellement pas oublié l'Astaffortais. Elle l'a sollicité pour cette aventure insolite de coach d'accent.
"Nous n'articulons pas bien""C'est un accent précis, difficile", explique sérieusement Jean-Pierre Dupin dont Francis Cabrel répète souvent qu'il est son meilleur imitateur. Et pas seulement parce qu'ils sont tous les deux d'Astaffort.
"En Lot-et-Garonne, ou plus généralement en Gascogne, nous prononçons toutes les voyelles sans les forcer. Notre défaut de langue est de baisser le ton à la fin de nos phrases, à l'inverse des Méditerranéens qui le montent, qui font caracoler les mots. Nous tapons aussi les consonnes, ce qui fait qu'on entend mal les voyelles." Et de sourire : "Nous n'articulons pas bien". Tout le secret est là.
Cet accent musical n'est pas théâtral comme peut l'être celui de Pagnol que les acteurs choisis par Vincent Le Port ont eu inconsciemment tendance à reproduire à leurs balbutiements. Sa couleur occitane provient de sa ruralité. Ses racines sont plongées dans la terre. "Nos grands-parents n'étaient pas de grands communicants. Ils vivaient à la ferme, parlaient plus au bétail qu'aux gens. Ils se comprenaient entre eux".
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"On ne dit pas quel crétin..."Pour transmettre la substantifique moelle de cette langue tout en finesse, Jean-Pierre Dupin échange au téléphone ou en visio avec chaque comédien. Il ajuste sa méthode en fonction de chacun d'eux. Sonia Georges, par exemple, l'écoute. Il lui parle de rugby, de chasse, d'Astaffort.
Puis elle s'enregistre, envoie le son au coach qui corrige, "met un bémol", souligne "quand il y a trop de crête". Une mécanique d'horlogerie. Une question d'intonation. Arieh Worthalter, lui, répète. Inlassablement. "Il travaille énormément. Je lui donne de la fausse poésie pour qu'il s'entraîne." Pour qu'il trouve la bonne tonalité.
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Il lui apprend aussi les expressions sans lesquelles l'accent du Sud-Ouest, et plus particulièrement celui du Lot-et-Garonne, n'aurait pas tout son charme. "On ne dit pas quel crétin, mais grand couillon que tu es".