Concurrent américain de Nvidia, Cerebras va investir plusieurs milliards de dollars pour étendre ses centres de données dédiés à l'intelligence artificielle en Europe. La start-up mise sur ses processeurs géants pour répondre à l'explosion des besoins en puissance de calcul liés aux agents d'IA.
C'est une concurrente de Nvidia, moins connue que le géant des microprocesseurs. La start-up américaine Cerbras annonce qu'elle va investir "plusieurs milliards de dollars" pour augmenter la capacité de calcul de ses centres de données dédiés à l'intelligence artificielle en Europe, a-t-elle annoncé jeudi 9 juillet 2026 à l'AFP. "C'est une expansion massive" afin de répondre aux besoins "en forte croissance" des clients européens, a déclaré Andrew Feldman, son directeur général, lors d'un entretien en marge du Raise Summit, événement dédié à l'intelligence artificielle (IA) à Paris.
L'entreprise, dont le siège se situe en Californie, opère trois centres de données équipés de ses puces en France, en Finlande et en Norvège. Ils vont être agrandis pour atteindre 200MW de capacité de calcul d'ici 2027, a-t-il été précisé. Avec ces centres de données, "nous pensons que nous pouvons nous conformer aux exigences européennes en termes de sécurité et sur (la protection) des données, nous avons beaucoup de clients européens qui nous le demandent", a poursuivi Andrew Feldman, précisant que la demande liée à l'IA générative en Europe était "si rapide" qu'il était difficile "de garder la cadence".
Le montant précis des investissements, qui s'élèvent à "plusieurs milliards de dollars" selon le dirigeant, n'a pas été dévoilé. Fondé en 2015, Cerebras s'est spécialisé dans les puces dédiées à "l'inférence", c'est-à-dire la phase d'utilisation des modèles d'IA lorsqu'ils génèrent des contenus, et non de développement. L'appétit pour ce type de puces a explosé avec l'émergence des agents IA, cette nouvelle génération d'interfaces qui ne se contentent plus de répondre aux utilisateurs mais peuvent effectuer seules des tâches.
Les agents IA démultiplient ainsi les besoins en puissance de calcul, assurés par des puces comme celles de Cerebras ou Nvidia, le leader du secteur. Signe de cet engouement, Cerebras a récolté plus de 5,55 milliards de dollars lors de son introduction en Bourse aux États-Unis en mai, ce qui la place parmi les quinze plus importantes levées de fonds jamais réalisées à Wall Street dans une opération du genre.
La start-up compte quelque 900 employés et est actuellement valorisée 40 milliards de dollars. Elle développe des processeurs géants aussi appelés "puces sur tranche entière" (wafer-scale systems). "Traditionnellement, une puce est de la taille d'un timbre-poste et nous avons conçu une puce de la taille d'une assiette", a expliqué Andrew Feldman.
"Dans l'intelligence artificielle, les grosses puces traitent l'information plus rapidement (...) ce qui signifie que lorsque vous tapez une question dans un chatbot d'IA, vous obtenez une réponse plus rapidement", a-t-il assuré. Les processeurs géants présentent l'avantage de leur unité de fonctionnement, alors qu'un assemblage de puces plus petites nécessite un transfert de données de l'une à l'autre, qui peut entraîner des ralentissements ou des dysfonctionnements.
Cerebras compte parmi ses clients en Europe des entreprises pharmaceutiques comme le géant britannique GSK, des centres de calcul à haute performance en Ecosse et en Allemagne ou encore des sociétés de code informatique. Elle a signé au premier trimestre un important contrat avec OpenAI, le créateur de ChatGPT, estimé à plus de 20 milliards de dollars, pour lui fournir de la capacité de calcul jusqu'en 2028. Elle a aussi récemment noué un partenariat avec Amazon Web Services (AWS), numéro un mondial du cloud.
Face à ces sommes astronomiques, le patron de Cerebras réfute toutefois l'idée d'une bulle spéculative liée à l'intelligence artificielle qui pourrait éclater à tout moment, une hypothèse qui agite le secteur depuis des mois. "Historiquement, lorsqu'il y a eu des bulles, les gens créaient des choses en espérant que les clients viendraient. Maintenant, c'est l'opposé. Les clients veulent (l'IA) et il n'y a pas assez d'offre", a estimé Andrew Feldman. "Nous commençons tout juste à voir les gains de productivité de l'IA", a-t-il ajouté.
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