Un médecin allemand en soins palliatifs a été condamné à la prison à vie mercredi à Berlin pour le meurtre de 15 patients à leur domicile. La juge a dit soupçonné le praticien d'autres interventions mortelles.
Un agent de justice ferme la porte de la salle d'audience avant le début du procès d'un médecin en soins palliatifs accusé d'avoir tué 15 patients par injection létale, au tribunal régional de Berlin, le 14 juillet 2025. - Photo par TOBIAS SCHWARZ / AFP
Un médecin allemand en soins palliatifs a été condamné à la prison à vie mercredi à Berlin pour le meurtre de 15 patients à leur domicile. La juge a dit soupçonné le praticien d'autres interventions mortelles.
Un médecin allemand en soins palliatifs a été condamné à la prison à vie, ce mercredi 8 juillet à Berlin, pour les meurtres de 15 patients lors de visites à domicile, la juge soupçonnant ce "tueur en série" d'autres interventions mortelles.
Jugé coupable d'avoir tué 12 femmes et 3 hommes, entre septembre 2021 et juillet 2024, en utilisant des cocktails de sédatifs mortels, ce médecin âgé de 41 ans est suspecté d'un nombre encore bien plus élevé de meurtres dans des enquêtes toujours en cours.
Le praticien, identifié sous le nom de Johannes M., a été condamné à la peine maximale: soit la prison à perpétuité, assortie de la reconnaissance de la particulière gravité des crimes, et d'un placement ultérieur en rétention de sûreté, deux mesures visant à empêcher une libération anticipée.
Il lui est en outre interdit d'exercer à vie la profession de médecin. Les juges ont, sur tous ces points, suivi les réquisitions du parquet.
La juge Sylvia Busch a qualifié l'homme de "tueur en série" au centre d'une affaire "inconcevable" et "hors du commun".
Le praticien a administré à ses victimes un sédatif suivi d'un relaxant musculaire qui, associés, entraînent une paralysie des muscles respiratoires, un arrêt respiratoire et la mort en quelques minutes.
Les victimes, qui étaient toutes sous sa responsabilité médicale au moment des faits, avaient entre 25 et 94 ans. À au moins cinq reprises, il aurait mis le feu aux appartements des victimes pour dissimuler les homicides.
Le suspect était accusé d'avoir tué deux personnes âgées le même jour, dans deux quartiers voisins de Berlin.
C'est fin juillet 2024 que sa cheffe a sonné l'alarme auprès de la police, selon l'hebdomadaire Die Zeit. Au sein de ce service berlinois de soins à domicile, elle trouvait étrange que tant de patients de Johannes M. meurent si soudainement et que tant d'appartements brûlent au moment des décès.
Le médecin est interpellé début août à son retour de vacances, au départ pour le meurtre de quatre patientes. Mais la liste de ses victimes présumées s'allonge: elle passe à huit en novembre, dix en février, puis quinze en avril.
Parallèlement au procès, des enquêtes sont encore en cours sur des dizaines d'autres décès dont il pourrait être responsable.
Lui-même a évoqué, dans une conversation avec sa femme, environ 70 interventions avec des sédatifs à dosage mortel, affirmant qu'il avait tué "toujours, depuis longtemps", a ajouté la magistrate.
"Les actes de l'accusé n'ont rien à voir avec la médecine palliative ni avec l'euthanasie", a estimé mercredi la juge Busch, soulignant que la plupart des patients tués voulaient vivre, et que certains pouvaient espérer encore vivre longtemps.
Seules deux personnes étaient si gravement malades qu'elles étaient alitées le jour de leur mort, et toutes voulaient décider elles-mêmes de la fin de leur vie, a-t-elle insisté.
Comme cette patiente de 25 ans atteinte d'une tumeur de la thyroïde, encore autonome au moment de son décès en septembre 2021.
Sa mère n'avait pas été prévenue, contrairement aux fois précédentes, de la visite du docteur, qui était accompagné de son fils de trois ans lors de l'administration du mélange fatal.
Dans le dossier médical de la patiente, il avait auparavant fait de fausses déclarations, faisant état de symptômes graves et affirmant qu'elle avait refusé une hospitalisation.
Dans le cas d'un homme de 70 ans atteint d'un cancer de la vésicule biliaire et du foie, il a affirmé au fils, présent au domicile, donner au patient un médicament contre les nausées.
"L'accusé n'a pas tué par compassion, ni pour épargner des souffrances à ses patients, (...) ni par erreur d'interprétation de l'euthanasie", de toute manière illégale dans sa forme active en Allemagne, a souligné la juge.
Il a choisi délibérément le domaine des soins palliatifs pour pouvoir tuer sans être inquiété et y jouir de "sentiments d'omnipotence", a dit Sylvia Busch.
D'après plusieurs médias allemands, Johannes M. a étudié scientifiquement les homicides dans le cadre de sa thèse de doctorat en médecine, achevée en février 2013 quand il avait 28 ans.
Cette affaire fait écho au cas d'un soignant tueur en série qui avait sévi au début des années 2000: Niels Högel, un ex-infirmier souffrant d'"un trouble narcissique sévère", selon les psychiatres, avait été condamné en juin 2019 à la perpétuité pour le meurtre d'au moins 85 patients dans deux hôpitaux en Basse-Saxe, dans le nord-ouest de l'Allemagne.