L’ONG y soupçonne des crimes de guerre. Plus de 4 000 personnes sont mortes en quatre mois du fait d’opérations de Tsahal disant viser le Hezbollah. ...
Les opérations militaires menées par Israël au Liban déciment des familles et doivent faire l'objet d'enquêtes pour possibles crimes de guerre. L'appel lancé ce 9 juillet par Amnesty International est fondé sur l'examen approfondi d'une dizaine d'attaques dans lesquelles de nombreux civils ont péri. Depuis le 2 mars, date où la guerre entre Israël et le Hezbollah s'est intensifiée dans la foulée de l'attaque israélo-américaine sur l'Iran, 4257 personnes – dont au moins 250 enfants – sont mortes dans le cadre des opérations israéliennes menées dans le sud du Liban et dans plusieurs villes dont la capitale Beyrouth.
Amnesty se penche particulièrement sur trois bombardements attribués à l'armée israélienne (Tsahal) qui ont tué au total 24 civils – pour moitié des enfants – durant la première quinzaine de mars dans le sud du Liban. Dans l'une de celle-ci, "une famille entière a disparu, comme si elle n'avait jamais existé. Il ne reste plus personne", témoigne une parente de Qais Basma, un père de famille tué en compagnie de sa femme et de leurs quatre enfants (plus un voisin) dans le bombardement de leur habitation, le 13 mars, dans la région de Nabatieh (sud). "La maison familiale où il vivait a aussi été détruite. C'était une maison libanaise traditionnelle appartenant à ses grands-parents, où des générations d'enfants avaient été élevées."
Selon l'ONG, Israël n'a ni confirmé ni infirmé la réalité de cette opération mais a "transmis" ces allégations à ses services pour examen – comme pour certaines autres pour lesquelles Amnesty demandait des éclaircissements. Dans d'autres cas, les autorités israéliennes admettent avoir mené des attaques contre des "objectifs militaires du Hezbollah". Dans ces opérations visant le mouvement islamiste libanais allié de l'Iran, elles se disent "déterminées à atténuer les dommages causés aux civils". Malgré un suivi, l'organisation de défense des droits de l'homme souligne que l'armée israélienne n'a fourni aucune information précise concernant les trois attaques mises en cause, y compris sur les possibles cibles.
Au sud-Liban, Deir Mimas vit dans l'attente d'une paix incertaine: "Nous sommes complètement oubliés par l'État"Lors d'une autre attaque similaire, le 6 mars, un bombardement israélien a détruit une maison de la région de Tyr, tuant les huit membres de la famille (tous civils), dont trois enfants, qui se trouvaient sur place. Un ordre d'évacuation de masse avait alors été donné mais, selon l'ONG, ces avertissements sont "inefficaces" car "trop généraux". Ils ne fournissent pas non plus d'informations claires aux habitants sur la manière de "s'éloigner des zones militaires visées par les frappes".
Dans les attaques documentées dans son rapport, Amnesty note que l'État hébreu n'apporte pas de preuves suffisantes ni sur les objectifs poursuivis par Tsahal ni sur les mesures de précaution prises pour éviter les dommages collatéraux. Amnesty en profite pour rappeler que le droit international humanitaire impose la nécessité de distinguer les objectifs militaires des populations et biens à caractère civil, et proscrit des attaques indiscriminées ou visant explicitement des civils.
L'organisation affirme en conséquence avoir "des motifs raisonnables de conclure que, lors de chacune de ces frappes aériennes, les forces israéliennes ont violé le droit international humanitaire, notamment en omettant de faire la distinction entre civils et objectifs militaires".
Elle appelle les autorités libanaises à conférer à la Cour pénale internationale (CPI) la compétence requise pour enquêter sur les crimes suspectés commis sur leur territoire. Le Liban, qui n'est pas partie au Statut de Rome régissant la CPI, devrait ouvrir "des enquêtes nationales crédibles et indépendantes sur les crimes relevant du droit international", a précisé Kristine Beckerle. La directrice régionale adjointe pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord d'Amnesty International craint à cet égard que le récent accord de sécurité conclu entre le Liban et Israël, négocié sous l'égide des États-Unis, ne "devienne un nouvel obstacle à la justice". Elle souligne que l'impunité totale dont bénéficie jusqu'ici Israël l'encourage à poursuivre ses "attaques illégales".
Entre le Liban et Israël, un accord-cadre fragilisé par ses ambiguïtésPour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.
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