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Elle a presque étranglé son compagnon : "L’alcool et la vie de couple ne font pas bon ménage”

Дата публикации: 28-06-2026 08:40:31

Ursule regrette ce qu’elle a fait, mais plaide la provocation dans une histoire de couple toxique. Croquis de justice. ...

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Ce matin-là, au tribunal correctionnel, on n'est pas passé loin de l'audience blanche. C'est-à-dire sans plaidoirie, ni prévenu. Sept des neuf dossiers prévus font l'objet d'une demande de remise. L'appel du rôle terminé, il reste deux cas à trancher, avec des prévenus qui comparaissent détenus.

Le premier est un cas tristement banal. Karim (nom d'emprunt) est un multirécidiviste en matière de drogue. A 45 ans, il a déjà un joli palmarès à son casier judiciaire. Cette fois encore, il comparaît pour détention et vente de cocaïne. Le président veut savoir s'il reconnaît les faits. "C'était pour moi", objecte Karim. "Alors, vous ne vendez pas ?" –"Non, mais je consommais beaucoup et je sortais d'une dépression."

Le président persifle : "80 grammes de cocaïne ! Il faut pouvoir se les payer !" Au moment de son arrestation, Karim était en possession de l'attirail classique du revendeur : 2 500 euros en liquide et une balance de précision. "La balance, c'était pour éviter de me faire arnaquer quand j'achetais de la drogue". Le président coupe. "Ah mais bien sûr, tout le monde se promène avec 2 500 euros sur soi. Ce n'est pas de l'argent qui vient de la banque !"

"Suis-je dans une relation toxique?" : les bonnes questions à se poser.

Karim précise qu'il est actuellement sans emploi, étant sujet à de fréquentes crises d'épilepsie. "La cocaïne, c'est une drôle de thérapie pour soigner l'épilepsie" objecte encore le président.

Le ministère public requiert en trente secondes. Suite à un contrôle de police, Karim a été signalé à rechercher. Les faits ne sont pas contestés. Il est vrai qu'on n'a retrouvé que la trace d'un seul client dans ses messages WhatsApp. Il ne souffre pas de trouble mental, mais sa probabilité d'un passage à l'acte violent est très forte vu son agressivité. Vu ses antécédents judiciaires, la procureure réclame quatre ans de prison ferme.

La défense objecte que son client vit dans la précarité et son seul revenu vient de la Vierge Noire, autrement dit une allocation d'invalidité. Il semble sevré depuis qu'il est en prison. Il essaie de s'en sortir, il a sollicité un suivi mais n'a pas réussi à avoir un rendez-vous avec une assistante sociale.

L'avocat dépose d'ailleurs un dossier montrant que son client a entrepris des démarches. Karim n'a plus droit au sursis simple vu ses antécédents, et une peine de travail est exclue vu son état de santé. Reste un sursis probatoire, plaidé par son avocat, mais sans adresse fixe la situation est très précaire. "Mon client a besoin d'aide, pas de prison."

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Doubles coups et blessures

Une fois n'est pas coutume, le prévenu suivant est une femme, Ursule (nom d'emprunt). Elle aussi est invalide et sans profession. Elle est poursuivie pour deux infractions de coups et blessures à six semaines d'intervalle sur son compagnon, apparemment aussi porté qu'elle sur la boisson.

La première fois, Ursule a tenté d'étrangler son conjoint, mais a appelé elle-même les secours et finalement celui-ci est revenu à lui. Six semaines plus tard, rebelote avec cette fois un objet contondant : un décapsuleur avec lame.

Le président veut savoir ce qui s'est passé. "La première fois, c'est lui qui a commencé", clame Ursule. "Je n'ai fait que me défendre." Ensuite, le couple s'est séparé et Ursule est allée vivre… chez une amie de son compagnon. Celui-ci, s'il faut l'en croire, n'a pas cessé de la harceler, tant et si bien qu'un soir, Ursule est retourné chez lui et l'a blessé.

"Je n'en pouvais plus et j'étais crevée. Son amie m'a conseillé d'aller lui faire peur et c'est ce que j'ai fait. J'aurais mieux fait d'aller porter plainte à la police, mais son amie m'en a dissuadé. Je n'ai jamais voulu le tuer", ajoute Ursule/"Ce n'est pas ce qu'on vous reproche", relève le président. Effectivement, Ursule est poursuivie pour coups et blessures volontaires mais pas pour tentative de meurtre.

La procureure insiste sur le fait qu'après son étranglement, Ursule a été mise en garde par la police. Madame prétend que son compagnon l'a attendue à sa sortie de prison, mais c'est faux, puisqu'elle n'a jamais fait de prison pour cette première incartade. Il y a par contre clairement préméditation pour le second dossier, et une peine dissuasive s'impose : 30 mois, "mais je ne m'opposerai pas à un sursis vu l'absence d'antécédents."

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Deux mois sans boire

La défense connaît bien Ursule, qu'elle a assistée dans un autre dossier qui vient d'être plaidé. "Une fois de plus, il est démontré que l'alcool et la vie de couple ne font pas bon ménage", commence l'avocat.

"Mais ma cliente a mis fin à cette relation toxique et elle désire s'en sortir. Depuis son arrestation, elle vient de passer deux mois sans boire. Pour ce qui est de l'étranglement, un témoin, ami de son compagnon, affirme qu'il n'a jamais perdu connaissance, mais par contre qu'il l'a insultée et giflée auparavant. Il y a donc lieu de retenir l'excuse de la provocation. Pour la deuxième infraction, Ursule est constante dans sa version, elle voulait mettre fin à ce qu'elle ressentait, à tort ou à raison, comme du harcèlement. Ursule a voulu faire peur à son futur-ex, mais elle a réagi de manière inadaptée et le regrette. Elle a accumulé les mauvais choix, mais désire s'en sortir. […] Une peine de probation autonome aurait tout son sens ici", scande l'avocat.

Le dernier mot revient à Ursule : "Je reprends du poil de la bête." Elle émarge à la mutuelle et ne consomme pas de stupéfiants. Au bout du tunnel semble poindre une lumière…

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