Dans “La Grazia”, le cinéaste italien s'essaye à l'épure esthétique pour brosser le portrait d'un président italien en crise, interprété par Toni Servillo. Une tentative esthétique et morale manquée.
Dans “La Grazia”, le cinéaste italien s’essaye à l’épure esthétique pour brosser le portrait d’un président italien en crise, interprété par Toni Servillo. Une tentative esthétique et morale manquée.
Au crépuscule de son mandat, Mariano De Santis, président fictif de la République italienne, surnommé “béton armé”, pour son calme et sa rigidité, doit s’acquitter de deux demandes de grâce et d’une loi sur l’euthanasie qui le plonge dans une perplexité sans fin.
À travers une réflexion pseudo-poétique sur la morale et l’éthique, Paolo Sorrentino tente coûte que coûte de nous émouvoir sur les failles et les doutes de De Santis, qui, lyrisme à part, s’avère d’une incompétence abyssale. Incapable de prendre une seule décision en six mois, il laisse en réalité toutes les responsabilités à sa fille, et secrétaire d’État, qui règle dans l’ombre les méandres psychiques de son père. Auréolant son personnage d’une dignité purement formelle, le cinéaste porte un regard édulcoré sur le pouvoir et semble confondre doute et lâcheté, mélancolie et grandeur morale. Il faut dire que ce qui préoccupe avant tout le président, c’est le souvenir de feu Aurora De Santis, épouse admirable, mais coupable d’un unique adultère qui le torture encore 40 ans après : “J’aurais voulu la tuer, mais je ne l’ai pas fait”, se confie-t-il calmement, dans un film qui, rappelons-le, se veut une réflexion sérieuse sur la morale.
Plongé dans un ennui profond pendant tout de même 2h15, on en vient à espérer ardemment des flashbacks de leur amour d’antan. Mais la femme aimée et admirée (qui, chez le cinéaste, équivaut souvent à être morte ou rêvée) n’est présente qu’en motif, marchant au loin sur un sentier brumeux de campagne. À cela s’ajoute une austérité esthétique forcée, comme si l’épure était une condition nécessaire au traitement d’un sujet “de fond”. Avec l’irréductible Toni Servillo (déjà leur septième collaboration) au milieu du vernis stylistique sorrentinien : ralentis, violons, moments suspendus à foison ; La Grazia nous donne le sentiment d’un cinéma au concept formel dérivable à l’infini, une “Grande bellezza” version “béton armé”…
La Grazia de Paolo Sorrentino avec Toni Servillo, Anna Ferzetti. En salle le 28 janvier
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