Le collectif (LA)HORDE a présenté cette semaine, en première mondiale, à Montpellier, “Après moi, le déluge”, sa 3e pièce chorégraphique pour le Ballet National de Marseille. Une performance électrisante. ...
C'est un véritable phénomène. Depuis que (LA)HORDE, collectif réunissant les trois artistes multidisciplinaires Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harel, a pris la tête du Ballet national de Marseille (BNM) en 2019, l'engouement du public est inépuisable. Le trio attire aussi désormais de grands noms du cinéma et de la musique pour des collaborations : Gilles Lelouche, Sam Smith, Madonna, Rosalía, Angèle…

Mardi soir, (LA)HORDE présentait en première mondiale au Festival Montpellier Danse (20 juin-4 juillet) sa 3e pièce chorégraphique pour la compagnie, Après moi, le déluge. À l'entrée du Corum, palais des congrès situé au cœur de la ville historique de Montpellier, se masse une foule compacte : les 2000 places de l'auditorium de l'Opéra Berlioz sont archi-combles jusqu'au 6e balcon. Alors que s'installent les derniers spectateurs, des bruits d'applaudissements résonnent dans la salle. Un tulle a été tiré tout le long du plateau. Derrière celui-ci, 13 danseurs du Ballet National de Marseille, dos au public, saluent ce même auditorium projeté sur grand écran : un spectacle se termine, la salle se vide. Puis, on rembobine tout.
La scène est en grande partie occupée par un immense plateau sur lequel les danseurs se déplacent en sautant, en exécutant des mouvements au sol sur des rythmes très changeants. Puis, l'un d'entre eux ouvre le tulle. Soudain, le plancher vacille et se soulève pour s'incliner et s'effondrer en son centre, laissant un trou béant. Le monde, notre monde, a méchamment vrillé. La fin est-elle proche ? Après moi, le déluge ?
Dans le sillage de ses deux précédents opus pour le Ballet national de Marseille, (LA)HORDE continue d'interroger l'état et le devenir de notre société, à l'aune du développement effréné des technologies et du flux incessant d'images. Dans Room with a view (2020), pièce créée en collaboration avec l'artiste sonore Rone, le collectif s'intéressait à l'effondrement écologique. Trois ans plus tard, Age of Content traitait de notre rapport aux écrans et réseaux sociaux.

Un questionnement permanent qui se reflète dans sa manière de créer puisque le trio œuvre aux confluences de la danse, des arts visuels et de la performance. Dans Après moi, le déluge, il met ainsi au centre de sa réflexion nos comportements dans un monde en perdition : prendre soin les uns des autres mais aussi les brutaliser au point de faire surgir le monstre qui sommeille en nous. Jusqu'où est-on capable d'aller pour sauver sa peau ? Un autre monde est-il néanmoins possible ?
Pour donner toute sa force et son amplitude au récit, (LA)HORDE s'appuie une nouvelle fois sur une imposante scénographie au dispositif technique impressionnant, imaginée par ses soins et ceux de Julien Peissel. La musique originale de Pierre Aviat, tantôt ultra-nerveuse avec ses beats électros tantôt plus douce, exacerbe la tension et l'urgence de ce qui se joue sous nos yeux.
Pionnier d'un nouveau domaine, les danses post-internet (ces danses issues des vidéos partagées sur les réseaux sociaux), (LA)HORDE recourt ici à la caméra en direct. Alors que les danseurs s'engouffrent peu à peu dans ce plancher éventré, leurs images (surtout des gros plans de visages aux sourires figés) sont projetées sur grand écran pendant qu'ils se filment. Si cette partie accuse des longueurs, elle s'avère, pour le spectateur, un piège redoutable, révélateur de la dictature de l'image : son regard est happé par ce qui se passe à l'écran plutôt que par les danseurs en chair et en os.
Dans "Après moi, le déluge", les danseurs du Ballet national de Marseille se filment en direct et les images sont projetées sur grand écran. © Laurent Philippe / divergence-images.comÀ ces sourires forcés succède bientôt la violence, glaçante. Le spectacle bascule : le plancher défoncé devient plafond caverneux. Nous voici dans les entrailles de ce monde en déliquescence, peuplé de créatures monstrueuses. Sont-elles lubriques ou cannibales ? La scène, très (trop) théâtralisée, est, en tout cas, malaisante.
Dans "Après moi, le déluge", (LA)HORDE plonge dans les entrailles d'un monde en perdition. ©GAPPuis, retour à la surface, à la vie. Et, enfin, à la danse (qui s'est fait quelque peu attendre). On est soufflé par la technicité et la physicalité des 13 danseurs de la troupe. Pendant plusieurs minutes, ils sautent à l'unisson, inlassablement, avec des mouvements de balancier et de va-et-vient des bras. On sent l'influence du clubbing, avec ses gestes de mosh pit et de headbanging. L'énergie qu'ils déploient est électrisante, galvanisante. Peut-être est-elle d'ailleurs le moteur d'une nouvelle ère, d'une société hybride, plus apaisée, en lien avec la nature, comme le suggère la fin d'Après moi, le déluge.
"Après moi, le déluge" est la 3e pièce chorégraphique du collectif (LA)HORDE pour le Ballet national de Marseille. ©GAP→ (LA)HORDE/Ballet national de Marseille, en tournée internationale, sera à Central (La Louvière) dans le cadre du Festival En Vogue de Charleroi danse les 6, 7 et 8 novembre. Infos et rés. sur charleroi-danse.be
Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.