Christian Rossi signe un western brillant où les Indiens ne sont ni exagérément bons ni indécrottablement méchants. Et ça fait du bien. ...
C'est une histoire terrible et lumineuse que nous raconte l'ancien compagnon de route de Jean Giraud dans Comanche Trail. Terrible par son sujet : le violent destin croisé d'un enfant abandonné par sa tribu pour une erreur de jeunesse, et d'une jeune femme dont le seul tort a été de se faire violer trop tôt par son futur époux. Mais lumineux par la lumière et les couleurs que l'auteur de Jim Cutlass offre à ses héros. Des héros dotés d'une profondeur qui les fait sortir de la réserve dans laquelle la culture populaire les a longtemps parqués.
Un autre regard sur le monde des indiens par Christian Rossi. ©CastermanIl faut dire que Christian Rossi, qui avait à peine dix ans quand il a découvert Blueberry dans le magazine Pilote, a été marqué au fer rouge par ces récits profonds et riches de Jean-Michel Charlier. Avec Jean Giraud, qui deviendra plus tard le partenaire de Rossi, ils en étaient déjà à la dix-septième aventure du cow-boy taiseux et philosophe. L'Aigle Solitaire. Rossi s'en souvient : "c'est marrant, et je jure que c'est inconscient mais cet album de Blueberry raconte un peu la même histoire que celle que je viens de terminer."
Blueberry, la référenceRossi joue à merveille le détachement, mais doute souvent. "Au début de ta carrière, tu penses que tu intéresses tout le monde, et peut-être que c'est le cas… Jusqu'au moment où tu te rends compte que la salle est vide." Et quand on lui rappelle que la salle est encore bien remplie, il se remémore ses angoisses, que son ami Giraud/Moebius espérait calmer en lui lançant un laconique "de toute façon, Christian, c'est derrière".
Dans Comanche Trail, la classique confrontation cow-boys/Indiens n'est que satellitaire. Ici, on suit deux clans indiens rivaux embarqués dans une course-poursuite mortelle sur base de vieilles traditions et d'honneur prétendument bafoué. Pour sortir de la représentation binaire du Peau-Rouge, Rossi ose montrer les Indiens comme ce qu'ils furent sans doute : des hommes comme les autres.
Rossi a pu compter sur des lectures édifiantes, dont le très fouillé et de plus en plus rare document, J'ai combattu avec Geronimo de Jason Betziner, un livre de témoignages écrit par un Apache Chiricahua. Rossi confirme le côté précieux de l'objet : "C'est passionnant, et tu apprends la trivialité des interactions que les divers clans indiens entretenaient. C'est exactement comme ici : il y a des mecs qui s'aiment, et d'autres qui ne s'aiment pas. Il y a des moments pas brillants, d'autres flamboyants." Toujours est-il que Comanche Trail est un livre fort et subtil, bien loin des pantalonnades qu'Hollywood a pu produire à tour de bras. Rossi s'en réjouit : "C'est tellement plus fun, tellement plus vrai, que de montrer les Indiens en haut d'une colline, lançant un Hugh avant de fondre sur leur innocente proie." On plussoie.
"J'avais envie de me frotter à Geronimo, le guerrier ultime"⇒ Comanche Trail | Bande dessinée | Christian Rossi | Casterman 128 pp., 30 €
Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.