Jérôme Bonnell suit la rencontre de deux trentenaires cabossés dans une minisérie pleine de fantaisie, de mélancolie et de vérité. Disponible sur Arte.tv.
Edouard Sulpice (Noé) et Natacha Krief (Aurore) dans le premier épisode de "Un jour on fera l'amour", une série réalisée par Jérôme Bonnell STROMBOLI FILMS
Derrière ce titre énigmatique se cache une étonnante minisérie. Trois épisodes suffisent pour que cette balade durant deux journées d’été aux côtés d’Aurore et Noé, trentenaires un peu paumés, impose son ton, son rythme et sa délicatesse. La première protagoniste est une jeune femme brute de décoffrage, tout juste larguée par son mec qu’elle tente d’oublier un verre à la main. Le second, un garçon de son quartier, s’éparpille entre ses vains efforts pour devenir journaliste, les soins prodigués à son père alcoolique et sa quête d’une inconnue, croisée dans la rue, dont il vient de tomber amoureux. Aurore et Noé se rencontrent, se reniflent et se mordent un peu.
Un relief et une véracité inéditsMalgré leur jeune âge, les deux personnages aux caractères diamétralement opposés n’ont pas été épargnés par la vie. Aurore, instable, fiévreuse, est la plus cabossée des deux, d’autant plus qu’elle vient de perdre un proche, croit-on comprendre. Noé, lui, est fait d’un autre bois : doux, souple et rêveur. Leur collision, aussi drôle que séduisante, n’appartient pour autant pas à l’univers ultracodé de la comédie romantique. Trop d’accidents, de mensonges et de drames les entourent, donnant à leur cheminement un relief et une véracité inédits. Mine de rien, le récit, âpre et subtil, se saisit de sujets difficiles comme l’alcoolisme, la solitude, l’héritage familial et différentes formes de violence.
L’intrigue laisse aussi une place importante au jeu des acteurs, tous d’une grande justesse, de Natacha Krief, émouvante grenade dégoupillée, à Edouard Sulpice, grand échalas semblant sorti d’une histoire de Sempé, en passant par Laurent Stocker qui livre un extraordinaire numéro d’insupportable grand bourgeois. Cela confirme tout le bien qu’on pensait de Jérôme Bonnell, qui avait déjà réussi l’exploit de filmer une scène d’amour pendant un discours d’Olivier Faure dans le film « A la joie ».
◗ Mini-série française de Jérôme Bonnell (2026). Avec Natacha Krief, Édouard Sulpice, Olivia Côte, Laurent Stocker, Jeanne Cherhal. 3 épisodes. (Disponible sur Arte.tv).
Par Arnaud Sagnard