Pour l’essayiste Guillaume Duval, « en paraissant légitimer l’usage de la violence face aux forces de l’ordre dans le cadre du mouvement lycéen de ces dernières semaines, La France insoumise a joué avec un feu qu’elle ne pouvait pas maîtriser ».
Après le 17 octobre, La France Insoumise va devoir choisir entre poursuivre la fuite en avant dans une radicalité qui la marginalise et favorise le Rassemblement national ou opérer un virage à 180 degrés pour chercher à retourner dans le giron de la gauche démocratique afin de contribuer avec elle à la défaite de l’extrême droite.
Depuis plusieurs années maintenant Jean-Luc Mélenchon et La France Insoumise ont privilégié la voie d’une radicalité croissante et d’une conflictualité généralisée. Y compris et d’abord vis-à-vis du reste de la gauche. Jusqu’ici, cela les avait plutôt servis : sur cette base, ils ont réussi à capter l’électorat en déshérence des quartiers populaires où les personnes d’origine immigrée sont victimes du racisme et de multiples discriminations. Ainsi que celui d’une jeunesse diplômée qui se sent déclassée et privée d’avenir.
Grâce à cette dynamique, LFI a conquis des députés et des mairies et semblait en mesure de consolider une organisation jusque-là gazeuse et uniquement centrée sur la présidentielle. La France insoumise est devenue la force dominante à gauche, bénéficiant d’une capacité d’attraction non négligeable dans le reste de ce camp politique. Revers de cette médaille, Jean-Luc Mélenchon est devenu l’une des personnalités les plus détestées de France et ses chances de devenir président de la République se sont réduites comme peau de chagrin.
Confrontée à la multiplication scandaleuse des violences policières contre le mouvement lycéen ordonnées par un pouvoir macroniste aux abois, La France insoumise a pu à différentes reprises au cours des dernières semaines paraître légitimer l’usage de la violence en riposte. Ce faisant, LFI a pris le risque de jouer avec un feu qu’elle ne pouvait pas maîtriser. Les violences et les dégradations gravissimes commises le 17 octobre dernier, résultent avant tout de l’incurie massive du pouvoir macroniste et de son incapacité structurelle à comprendre les mouvements sociaux et à négocier avec leurs acteurs. Mais bien qu’elle n’ait selon toute vraisemblance strictement aucune responsabilité directe dans ces actes, LFI se retrouve désormais également associée à ces casseurs aux yeux d’un public révulsé par ce spectacle. L’incendie de l’hôtel de ville de Limoges risque d’une certaine façon de jouer un rôle analogue à l’incendie du Reichstag en 1933 dans l’opinion et LFI pourrait du coup de perdre une partie de ses appuis et de sa capacité d’attraction et se retrouver davantage encore marginalisée.
Elle est de ce fait placée devant un choix stratégique. Soit elle choisit la fuite en avant dans la conflictualité en assumant la vocation révolutionnaire qu’on lui attribue désormais dans une logique de forteresse assiégée. Dans ce cas, elle continuera à se couper du reste de la société tout en contribuant activement à la victoire de l’extrême droite l’an prochain. Soit elle renonce enfin à la tactique classe contre classe des dernières années pour chercher à réintégrer le concert de la gauche démocratique de transformation sociale et écologique.
La gauche aura beaucoup de mal à s’en sortir dans ce pays si elle reste divisée en deux camps irréconciliables. Et surtout il sera très difficile de vaincre Marine Le Pen l’an prochain si tout le spectre républicain n’est pas rassemblé dans ce but au second tour, y compris LFI et ses électeurs. Après le tremblement de terre du 17 octobre, il est donc de l’intérêt de toute la gauche, et au-delà de tous les démocrates, d’aider LFI à renoncer sans délai à cette radicalisation mortifère qui l’affaiblit désormais et ne peut servir que l’extrême droite.
BIO EXPRESS
Coprésident du club Maison commune et ex-rédacteur en chef d’« Alternatives économiques », Guillaume Duval a été speechwriter de Josep Borrell, ancien haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité et ex-vice-président de la Commission. Il a signé le manifeste « Construire 2027 », lancé par Raphaël Glucksmann, Boris Vallaud et Yannick Jadot.
Cet article est une carte blanche, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.
Par Guillaume Duval