Devancé au premier tour, le président sortant de gauche a été réélu dimanche pour un quatrième mandat à la tête du géant latino-américain. Flávio Bolsonaro, son adversaire d’extrême droite, n’a pas reconnu le résultat.
Le président sortant réélu Luiz Inacio Lula da Silva devant ses partisans après sa victoire au second tour à l’élection présidentielle, le 25 octobre 2026. NATACHA PISARENKO/AP/SIPA
Il ne partait pas favori pour le second tour, mais il est toujours là : le président brésilien de gauche Luiz Inácio Lula da Silva (dit Lula) a renversé une situation mal engagée dimanche 25 octobre lors du second tour de l’élection présidentielle en décrochant un quatrième mandat inédit. Avec 51,8 % des voix contre 48,2 % pour le sénateur Flávio Bolsonaro, le vétéran, qui aura 81 ans mardi 27 octobre, a conquis 4,4 millions de voix de plus que son adversaire. Lula avait pourtant été devancé au premier tour par le fils de l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2023), condamné pour tentative de coup d’Etat.
Les Brésiliens « sont allés voter parce que nous avons réussi à les convaincre que le vote était très important pour garantir la démocratie », a lancé Lula depuis la mégapole São Paulo. La voix plus éraillée que jamais, il a remercié « la générosité de la jeunesse brésilienne », qui dans l’entre-deux-tours est descendue dans les rues et s’est mobilisée sur les réseaux sociaux pour obtenir une « virada », comme les Brésiliens appellent une remontada dans un match de foot.
Flávio Bolsonaro a-t-il reconnu sa défaite ?Le Brésil n’a donc finalement pas viré à droite comme l’Argentine, le Chili ou encore la Colombie, tous soutenus par le président américain Donald Trump. Il reste l’un des rares bastions progressistes en Amérique latine.
« Il est impossible de reconnaître les élections », a dénoncé Flávio Bolsonaro, visage fermé, après la proclamation des résultats. Depuis Brasília, le candidat proche de Trump a fustigé une « magouille ». Son père avait lui aussi refusé de reconnaître sa défaite en 2022 face à Lula. Il purge en résidence surveillée une peine de vingt-sept ans de prison pour avoir cherché à s’accrocher au pouvoir après sa réélection manquée.
La journée électorale de dimanche a été perturbée par une nouvelle querelle judiciaire entre les candidats, à l’image d’une campagne tendue : saisie par l’équipe de Lula, un juge de la Cour suprême a ordonné dans la journée de prolonger les opérations de vote, au motif que certains électeurs étaient empêchés de se rendre aux urnes. Le camp du président sortant dénonçait le fait que des bus aient été retirés de la circulation dans des villes comme São Paulo, dirigée par un maire de droite, ou Salvador de Bahia.
Pendant la campagne, c’est le rôle de Meta qui avait cristallisé les critiques du camp du président sortant, qui a accusé la maison mère de Facebook, WhatsApp et Instagram d’« ingérence » en faveur du fils Bolsonaro. Le géant américain de la tech a nié tout parti pris, mais reconnu des « problèmes techniques » ayant pénalisé la campagne de gauche sur ses plateformes. Dimanche soir, Lula a promis de « réguler » les réseaux sociaux.
Lula pourra-t-il gouverner ?C’est la première fois qu’un candidat parvient à renverser la vapeur au second tour depuis la fin de la dictature militaire (1964-1985). Il détenait déjà un record : aucun président démocratiquement élu n’a dirigé aussi longtemps le Brésil. Au terme de son dernier mandat en 2030, Lula totalisera seize années au pouvoir, après un premier passage à la présidence de 2003 à 2010. Mais pour cette fois-ci, la marge de manœuvre du chef de l’Etat s’annonce limitée après le raz-de-marée conservateur aux législatives il y a trois semaines.
Les élections du 4 octobre l’ont en effet placé devant une situation complexe, avec une forte poussée de la droite. Le Parti libéral de Flávio Bolsonaro est le mieux représenté, avec 121 députés sur 513 et 28 sénateurs sur 81. Pour faire approuver des projets de loi, Lula devra négocier avec le « Centrao », bloc de partis de centre droit qui monnaient souvent leur soutien en échange de postes dans l’administration publique ou de subventions pour leurs fiefs électoraux.
Lula lui-même devra lutter contre l’usure du temps et la forte lassitude à l’égard de son mouvement, le Parti des Travailleurs, qui reste associé par beaucoup aux scandales qui l’ont abîmé dans les années 2000.
Le leader lui-même a connu l’opprobre d’une condamnation pour corruption qui lui a valu la prison en 2018-2019, avant d’être annulée pour motifs de procédure.
Quels ont été les premières réactions internationales ?Les rares dirigeants de gauche élus à la tête d’un pays d’Amérique ont salué la victoire de Lula : la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a écrit sur X : « Vive la démocratie, c’est le peuple brésilien qui a gagné. Félicitations, président Lula ! » Depuis l’Uruguay, le président de gauche Yamandú Orsi a dit avoir communiqué avec son « ami » réélu pour le féliciter.
Au nord du continent, le Premier ministre canadien Mark Carney a souligné que les relations bilatérales s’étaient « épanouies » sous la présidence de Lula. « Profitons de cette occasion pour les renforcer encore davantage, ensemble », a-t-il déclaré.
Aux Etats-Unis, le séanteur démocrate Bernie Sanders a salué une « extraordinaire victoire ». « Lula a défendu les travailleurs brésiliens et la démocratie, et il continuera à le faire au cours des quatre prochaines années », a-t-il écrit sur X. Donald Trump n’a à cette heure pas encore réagi.
Au Chili, José Antonio Kast, président d’extrême droite et allié de Bolsonaro, a déclaré avoir adressé ses félicitations à Lula : « Le Chili et le Brésil ont beaucoup en commun pour l’avenir, a-t-il assuré. Nous continuerons à œuvrer pour renforcer les relations entre nos pays en matière d’intégration économique et de lutte contre le crime organisé dans la région. »
Même tonalité au Pérou où la dirigeante de droite Keiko Fujimori a réaffirmé sa « volonté de renforcer notre alliance stratégique, l’intégration, la coopération et le développement durable de l’Amazonie que nous partageons, au bénéfice de nos deux peuples ».
De l’autre côté de l’Atlantique, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a félicité lundi son « ami » Lula pour sa réélection en estimant que la « démocratie et le multilatéralisme ont gagné au Brésil » : « Le partenariat entre l’Europe et le Brésil se porte très bien », a-t-elle estimé sur X. « Nous resterons à vos côtés pour les années à venir. Ensemble, nous continuerons à travailler étroitement en faveur d’un commerce libre et ouvert. Un ordre mondial fondé sur des règles. Et de fortes ambitions pour notre climat », a ajouté la présidente de l’exécutif européen.
Par Service Actu (avec AFP)