À Foix, en Ariège, le marché hebdomadaire du vendredi est impacté par la hausse des prix des carburants. Des commerçants annulent leur présence sur certains marchés pour limiter les coûts. D'autres envisagent ou ont...
l'essentiel À Foix, en Ariège, le marché hebdomadaire du vendredi est impacté par la hausse des prix des carburants. Des commerçants annulent leur présence sur certains marchés pour limiter les coûts. D'autres envisagent ou ont passé le cap de réduire leur fréquence de travail. Une situation compliquée, pas toujours partagée. La Dépêche vous explique.
Tous les vendredis matin, les rues de Foix, en Ariège, s'animent. Les stands installés pour le marché hebdomadaire avant le lever du soleil laissent flotter les senteurs des produits du terroir. Mais dans les allées, certains usagers ne retrouvent pas toujours leurs commerçants favoris. Ces derniers marchent sur un fil tendu créé par l'augmentation des prix des carburants.
Sur les allées de Villote, Jean d'Eimar de Jabrun de l'entreprise L'orme et la forge en fait les frais. Pour cet habitué des marchés depuis plusieurs dizaines d'années, la décision d'en supprimer un a été rude. "Cela faisait 22 ans que j'allais au marché de Mirepoix. Aujourd'hui, je dois faire 75 km pour y aller", explique l'artisan. "Avec le prix de l'essence, je ne peux plus me le permettre. J'ai dû faire un choix entre l'abandonner et prendre le risque d'y aller et de ne pas faire un chiffre d'affaires assez élevé."
Pour remplacer le marché mirapicien, il réfléchit à en trouver un autre plus près, comme Le Mas-d'Azil, même s'il constate aussi une augmentation des frais de déplacement sur de petites distances. Sur le trajet vers Foix, Jean d'Eimar de Jabrun dépense cinq à dix euros supplémentaires. "Heureusement, je me suis diversifié dans mes produits, cela m'aide à capter une plus large clientèle. Je peux faire de la maroquinerie comme du travail du bois."
Venir plus qu'une semaine sur deuxJean d'Eimar de Jabrun n'est pas le seul à affronter une telle situation. À quelques mètres seulement de lui, Magali discute de la vanille avec une cliente derrière ses étagères d'épices. Sur le marché de Foix depuis 2001 et à son compte depuis 2011, elle a vu la situation s'aggraver d'année en année jusqu'à se demander où cela va s'arrêter. Si elle n'en est pas à supprimer sa présence d'un marché, elle pense plutôt la réduire.
"Le prix de l'essence chamboule tout. Aujourd'hui, nous sommes obligés de tout calculer dans le moindre détail : la date dans le mois, quand les gens reçoivent leur paie, la fréquentation potentielle du marché, le coût de déplacement, l'impact que cela peut avoir sur l'affaire."
Jimmy, vendeur de fruits secs et confits sur la place Saint-Volusien, partage ces inquiétudes, d'autant qu'il fait spécialement le trajet depuis Toulouse. Lui, il a sauté le pas sur la réduction des marchés et ne vient plus que deux fois par mois. "Cela me fait une sacrée trotte alors je réfléchis à deux fois avant de venir. La semaine dernière, je n'étais pas là", affirme-t-il. "Le prix de l'essence, nous le subissons. Ce serait bien que le gouvernement fasse quelque chose pour baisser les prix."
"La situation actuelle est affolante, c'est de la folie !"Les trois professionnels l'affirment, ces questions ne se posaient pas avant. Ils faisaient tous les marchés, sans exception. "Je venais dans tous les cas sauf en cas de pluie et de vent car cela pouvait détériorer la marchandise. Maintenant, même s'il ne fait que pleuvoir je ne viens pas", confirme Magali.
D'autant plus que la commerçante voit aussi son stand un peu plus délaissé par les consommateurs. "Ils reviennent à la base de l'alimentation avec les produits secs, en se passant des épices. C'est une réalité. La situation actuelle est affolante, c'est de la folie !"
Elle craint surtout l'arrivée du mois de janvier et des changements à prévoir. "Il y a tellement de choses qui augmenteront, cela va donner encore un coup dans le porte-monnaie..."
L'essence : une excuse pour ne pas travaillerPour autant, tous les commerçants ne partagent pas cette expérience et ne sont pas impactés par l'augmentation du carburant, comme Jean-Marc. Pour ce boulanger installé sur la place Saint-Volusien, la situation ne change en rien le quotidien. "Je ne fais qu'un marché donc à la limite, ça me pousse à réfléchir sur mes méthodes de déplacement et en venir à utiliser davantage le vélo."
Sur la même place, en face du stand de pains, Christian Leforestier enchaîne les tickets. Ce primeur ne comprend pas le questionnement de ses collègues. "L'essence, honnêtement, on se l'enquille et on se tait. Nous ne pouvons pas faire autrement. Les personnes qui ne peuvent pas venir travailler, c'est juste de la fainéantise."
Au-delà des divergences, la hausse du carburant perturbe le quotidien des professionnels, les contraignant à revoir leurs habitudes et à réduire leurs horaires.