À l'abbatiale Saint-Volusien de Foix, en Ariège, un conflit oppose Christiane Van Gorp, organiste titulaire depuis 2004, à Milo Brutus, nommé à sa place à la fin du mois d'août. Une plainte pour violences, déposée...
l'essentiel À l'abbatiale Saint-Volusien de Foix, en Ariège, un conflit oppose Christiane Van Gorp, organiste titulaire depuis 2004, à Milo Brutus, nommé à sa place à la fin du mois d'août. Une plainte pour violences, déposée après un incident survenu le 2 septembre, et des tensions persistantes ont conduit le curé de la paroisse à démettre les deux musiciens de leurs fonctions. La Dépêche vous raconte.
Pendant près de vingt ans, Christiane Van Gorp a accompagné les messes, les mariages et les enterrements à l’abbatiale Saint-Volusien de Foix, en Ariège. Chaque dimanche depuis 2004, ses doigts faisaient résonner l’orgue de chœur, dont elle était la titulaire. Mais, en avril, cette routine a brutalement pris fin. "L’ancien curé lui a dit qu’elle devenait vieille et qu’elle devait dégager, en ces termes", rapporte Jean-Louis Miquel, ancien membre du comité économique de la paroisse fuxéenne.
La musicienne se souvient d’abord d’un moment d’incrédulité. "C’était un choc tellement violent qu’au départ je n’y ai pas cru, alors j’ai continué à jouer. La deuxième fois, il m’a dit : c’est bon tu ne joues plus." Selon elle, l’ancien curé aurait ensuite restreint ses interventions, au motif que les chanteuses ne parvenaient pas à suivre son jeu. "Alors que je suis simplement la partition", précise-t-elle.
Au fil des semaines, Christiane Van Gorp est cantonnée à l’accueil et à la sortie des offices, tandis que le reste du répertoire est confié à son confrère Henri Ivars. La situation se tend davantage lorsque l’ancien curé annonce son intention de nommer un nouvel organiste, Milo Brutus. Le 30 août, la décision est officialisée : le jeune musicien devient titulaire, à la veille du départ du prêtre.
Des compétences contestéesChristiane Van Gorp et Jean-Louis Miquel contestent cette nomination, mettant en cause les qualifications du nouvel organiste et sa capacité à assurer la préservation de l’instrument. "Il n’a pas de qualification, pas de diplôme", affirme l’ancien membre du comité économique. "L’orgue souffre. Il va mal. Mais Milo n’a pas appris à le faire. Cela me fait mal au cœur de le constater", ajoute l’ancienne titulaire.
Milo Brutus réfute ces accusations. "J’ai étudié quatre années à la Schola Cantorum de Paris. Je n’ai pas passé le diplôme, malheureusement. Même si pour eux il en faut un, dans les faits ce n’est pas le cas. Je suis aussi titulaire de l’orgue de la cathédrale de Narbonne."
Le jeune musicien conteste également les critiques concernant l’entretien de l’instrument. "C’est délicat, vraiment, car je suis actuellement sur la restauration d’un orgue à Niort, je m’occupe de celui de Narbonne et, à Foix, quelqu’un s’occupe déjà de celui de Saint-Volusien."
Une plainte après un incident nocturneLe conflit prend une tournure judiciaire le 2 septembre. Informé que l’orgue résonnerait parfois tard le soir, Jean-Louis Miquel décide de se rendre à l’abbatiale pour vérifier les faits. "Le premier soir, rien. Le second, vers 22 h 10, je l’ai entendu. Je suis rentré avec mes clés, je me suis approché sans faire de bruit et, au dernier moment, j’ai surgi", raconte-t-il.
Il reconnaît avoir alors pris le trousseau de clés du jeune musicien. "Je lui ai piqué son trousseau de clés, je lui ai enlevé la clé du moteur de l’orgue. Je lui ai rendu ses clés et lui ai demandé de me donner celle du cadenas, ce qu’il a fait avant que je lui demande de dégager, et il est parti."
Milo Brutus confirme l’essentiel de cet épisode, tout en décrivant une intervention qu’il dit avoir subie. "J’avais mes partitions sur la tablette, alors je l’ai mise à charger avant de commencer à jouer. J’ai entendu un petit bruit, j’ai repris et il est arrivé. Il a volé toutes mes clés, y compris celles de chez moi. J’ai dû insister pour qu’il me les rende."
Le soir même, le jeune homme dépose plainte contre Jean-Louis Miquel pour des faits de violences n’ayant pas entraîné d’incapacité de travail. "J’étais totalement en droit d’être à l’abbatiale ce soir-là. Je suis encore un peu choqué. Je n’ai pas pu revenir à l’abbatiale depuis", confie-t-il.
Les deux musiciens démis de leurs fonctionsFace à la dégradation des relations entre les protagonistes, l’abbé Jean-Christophe, curé de la paroisse de Foix et du Séronais, finit par intervenir. Dans un arrêté daté du 5 octobre, il démet les deux organistes de leurs fonctions, estimant que leurs difficultés relationnelles et leurs désaccords persistants nuisent à l’exercice de leur mission au service de la communauté paroissiale.
La décision n’empêche toutefois pas Milo Brutus de continuer à jouer à Saint-Volusien un week-end sur deux. Une perspective qu’il aborde avec appréhension. "Mais je ne suis pas très à l’aise, je crains une attaque. J’ai hésité à abandonner, mais avec le soutien de la paroisse, je ne l’ai pas fait."
Pour Christiane Van Gorp, même si elle peut aussi être programmée, l’issue du conflit pourrait être radicale. Si la situation ne se règle pas et qu’elle n’est pas rétablie dans ses fonctions de titulaire, elle envisage de quitter Foix pour retourner en Belgique, son pays natal. Elle alerte sur les conséquences que pourrait avoir son départ : "Si je m’en vais, tout tombe à l’eau. D’ici six mois, l’orgue ne fonctionnera plus et les concerts du marché ne se feront plus."
Contacté, l’abbé Jean-Christophe n’a pas souhaité répondre à nos questions. Henri Ivars n’a pas davantage donné suite à nos sollicitations. L’ancien curé n’a pas pu être joint.