Avant les législatives organisées mardi, un documentaire ausculte les fractures au sein de la société israélienne, accentuées par les attaques meurtrières du Hamas le 7 octobre 2023, et les révélations sur l'attitude de Benyamin Nétanyahou vis-à-vis du groupe terroriste avant cette date.
Publié le 25/10/2026 07:01 Mis à jour le 25/10/2026 07:02
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Avant les législatives organisées mardi, un documentaire ausculte les fractures au sein de la société israélienne, accentuées par les attaques meurtrières du Hamas le 7 octobre 2023, et les révélations sur l'attitude de Benyamin Nétanyahou vis-à-vis du groupe terroriste avant cette date.
"Il faudra que ceux qui portent la responsabilité de cet échec se retirent. Il faudra que de nouvelles personnes prennent le relais pour reconstruire la confiance qui a été brisée." Avraham Mansher vivait dans le kibboutz Be'eri, une des communautés proches de la bande de Gaza qui ont été attaquées par le Hamas le 7 octobre 2023. Ce jour-là, 132 civils et militaires israéliens y ont été tués. Traumatisé, ce rescapé compte sur les élections législatives, qui doivent se tenir mardi 27 octobre, pour sanctionner le gouvernement israélien, qui n'a pas été capable, selon lui, de protéger sa population. Lors des attentats du 7-Octobre, au moins 1 200 personnes ont été tuées en Israël par les terroristes islamistes palestiniens, et plus de 250 prises en otages dans la bande de Gaza.
Trois ans plus tard, si le Premier ministre Benyamin Nétanyahou peut compter sur le soutien indéfectible d'une grande partie de la population, de nombreux Israéliens remettent en question, depuis la tragédie, ses choix politiques et stratégiques. Ils rejoignent une frange de ses opposants, qui depuis 2019 et la mise en examen du chef du gouvernement pour corruption, fraude et abus de confiance, s'inquiète de son mode de gouvernance et de ses attaques contre les institutions, qui ébranlent les fondements démocratiques de l'Etat hébreu.
Un documentaire, intitulé "Israël, une démocratie en péril", réalisé par Lucas Menget et diffusé dimanche 25 octobre à 21h05 sur France 5, revient sur la crise que traverse le pays et qui s'est amplifiée depuis le 7-Octobre. Il donne la parole à des anciens responsables militaires, experts, journalistes, proches de victimes ou citoyens de sensibilités politiques et religieuses diverses. Et ausculte également les failles qui ont permis les attaques meurtrières du Hamas.
Ainsi, Rafi Ben Shitrit a longtemps été un fidèle soutien de Benyamin Nétanyahou. Membre de son parti, le Likoud, il a administré plusieurs années, sous ses couleurs, la ville de Beit She'an en tant que maire. Le 7 octobre 2023, son fils Elroï, sergent-chef dans l'armée, est tué lors de l'attaque du Hamas. Touché dans sa chair, il voit ses convictions politiques et ses certitudes voler en éclats. "Pendant longtemps, j'ai vu Israël comme un Etat fort, solide, explique-t-il. Il y a la grande armée israélienne, il y a le gouvernement... Et même si je n'étais pas d'accord avec tout, je pensais qu'au fond ils savaient quoi faire, et grâce à ça, je pouvais dormir tranquille la nuit."
Quand le Hamas attaque Israël, sa confiance s'effondre, et le deuil de son fils l'amène à porter un autre regard sur la politique de Benjamin Netanyahou. Il rejoint le parti d'un de ses anciens ministres, Avigdor Lieberman, et fonde le Conseil d'octobre, un collectif de famille de victimes qui milite pour que soit créée une commission d'enquête nationale indépendante chargée de faire toute la lumière sur les failles sécuritaires qui ont permis le 7-Octobre, ce que refuse le dirigeant israélien.
"J'ai réalisé qu'il existait des dysfonctionnements très graves, que l'on ne pouvait plus ignorer, explique Rafi Ben Shitrit. Et ceux qui sont responsables de cette immense défaillance ne semblent pas vouloir corriger leurs erreurs. Au contraire, j'ai le sentiment qu'ils veulent continuer avec la même doctrine." Parmi les choix gouvernementaux qu'il remet en question, la stratégie mise en place par Benyamin Nétanyahou vis-à-vis du Hamas avant ce funeste jour de 2023.
Le Premier ministre israélien a choisi de renforcer son rival, le Hamas, au pouvoir à Gaza, en laissant entrer dans l'enclave palestinienne, dès 2018, d'énormes sommes d'argent en provenance du Qatar. Une façon pour lui d'acheter une forme de paix avec le Hamas aux frontières de l'enclave, et d'assurer ainsi la sécurité de l'Etat hébreu. Mais aussi, selon certains analystes, d'affaiblir l'Autorité palestinienne en Cisjordanie et d'empêcher son président Mahmoud Abbas de progresser vers la création d'un Etat palestinien. Benyamin Nétanyahou, qui dit avoir pris cette décision sous la pression des Etats-Unis et de l'Europe, a aussi blâmé ses services de renseignement pour ce qu'il a taxé d'"erreur". Et Doha a affirmé ne pas être responsable de la manière dont les fonds ont été alloués.
Le calcul était désastreux, aux yeux de Rafi Ben Shitrit. Quand le groupe islamiste palestinien, renforcé par ces financements, a attaqué Israël, "c'est toute une vision qui s'est effondrée, ce que l'on appelait 'la conception', une vision qui dit que le Hamas était un atout et l'Autorité palestinienne un poids", explique l'ancien élu du Likoud.
Il dénonce également l'aveuglement d'un exécutif qui se pensait capable d'anticiper une potentielle attaque de son territoire grâce aux technologies ultra-sophistiquées utilisées par l'armée israélienne et par les services de renseignement. Forte de ce sentiment de puissance, la coalition gouvernementale a sous-estimé l'hostilité du Hamas envers l'Etat hébreu, selon lui, et n'a tenu compte ni des avertissements quant à la destination réelle de l'argent envoyé par le Qatar, ni des alertes concernant une potentielle attaque d'ampleur. Concernant ce second point, Benyamin Nétanyahou a opposé des démentis formels aux révélations des médias.
"Ceux qui ont conduit cette politique du financement du Hamas, du confinement du Hamas, de la recherche de calme en échange d'argent, avec l'idée à tout prix d'éviter des tensions sécuritaires et une nouvelle escalade aux frontières, c'est l'échelon politique", accuse Rafit Ben Shirit. "Pour cela, il n'y a ni pardon ni excuses. Ils doivent en répondre". Mais ce désir d'avoir des explications sur les manquements de l'Etat qui ont conduit au 7-Octobre se heurte à l'engrenage guerrier dans lequel s'est enfoncé Benyamin Nétanyahou à Gaza, mais aussi au Liban et en Iran.
Une fuite en avant, pour nombre des détracteurs de "Bibi". Dvir Kariv est un ancien membre du Shin Bet, le service de renseignement intérieur israélien, aujourd'hui reconverti en professeur de droit civique. "Notre Premier ministre préfère cette situation, estime-t-il. Tant que la guerre continue, on ne pose pas la question la plus importante : comment le 7-Octobre a-t-il pu arriver ? (...) Aujourd'hui, l'héritage de Nétanyahou, c'est le 7-Octobre."
Le documentaire "Israël, une démocratie en péril", réalisé par Lucas Menget, est diffusé dimanche 25 octobre à 21h05 sur France 5 et visible sur la plateforme France.tv.
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