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Trois ans après le 7 octobre, plus de 74 000 morts à Gaza : “Combien devront encore mourir avant que nous disions assez ?”

Дата публикации: 06-10-2026 13:41:07

Condamner le meurtre de tout innocent, israélien comme palestinien, ne dispense pas de regarder ce que trois années de guerre ont fait à Gaza. Gaza est tombeau de notre conscience commune, et le choix que l’Histoire attend de nous. ...

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Une tribune du Professeur Dr Izzeldin Abuelaish, Docteur honoris causa de l'UCLouvain, Palestino-canadien, fondateur et directeur du Global Institute for Socio-Endemic Diseases, Hatred, Health and Peace à la KU Leuven, militant pour la paix.

Trois ans après le 7 octobre 2023, je veux commencer par une affirmation simple et sans équivoque : je condamne le meurtre de tout être humain innocent, où qu'il se produise, avant le 7 octobre, le 7 octobre et après le 7 octobre, qu'il soit israélien ou palestinien.

Tuer un seul être humain innocent, c'est tuer une part du monde ; sauver un être humain, c'est sauver une part du monde.

Mais le 7 octobre n'est pas survenu dans un vide historique. On ne peut le comprendre sans se souvenir des années d'occupation, de blocus, de guerres répétées, ainsi que des milliers de Palestiniens tués et blessés bien avant cette date.

C'est pourquoi mon propos ne porte pas seulement sur ce qui s'est passé le 7 octobre, mais aussi sur ce qui s'est produit depuis, et sur la raison pour laquelle, après tant de morts et de souffrances, le monde n'a toujours pas trouvé le courage de dire : assez.

Jusqu'où faut-il que la souffrance aille ?

Il est des moments dans l'Histoire où les mots deviennent trop petits pour décrire la souffrance qu'on leur demande de raconter. Gaza est l'un de ces moments.

Trois ans depuis le 7 octobre. Trois années d'une plaie qui refuse de se refermer, de mères qui se réveillent avec cette question insoutenable : "Où est mon enfant ?"

Trois années de pères fouillant les décombres à mains nues, à la recherche d'un visage, d'une main, d'un battement de cœur — et ne trouvant parfois que le silence. Trois années d'enfants apprenant des mots qu'aucun enfant ne devrait jamais avoir à connaître : bombardement, déplacement, faim, mort, peur.

Trois années de gens courant d'un endroit à l'autre, emportant ce qu'il reste de leur vie dans des sacs, des couvertures, dans leurs bras.

Gaza en proie à "la plus grave crise économique jamais observée" dans le monde, selon l'ONU

Et pourtant, le monde continue de demander : jusqu'où faut-il que la souffrance aille ?

Combien devront encore mourir avant que nous disions : assez ?

Combien d'enfants devront encore disparaître sous le béton ?

Combien de mères devront encore enterrer leurs fils et leurs filles ?

Combien de pères devront encore se tenir devant des tombes qui n'auraient jamais dû exister ?

Combien de corps blessés devront remplir les hôpitaux avant que la conscience de l'humanité ne se mette elle aussi à saigner ? Combien de maisons devront être réduites en poussière ? Combien de rêves devront être ensevelis avec ceux qui les portaient ?

Gaza en est arrivée à un point où les chiffres ne nous choquent même plus. Un nombre apparaît sur un écran. Mille de plus. Dix mille de plus. Un enfant de plus. Une famille de plus. Un hôpital de plus. Une maison de plus. Nous lisons. Nous regardons. Nous éprouvons de la douleur un instant. Puis le monde passe à autre chose.

À Gaza, l'humanité a été enterrée

Mais Gaza, elle, ne peut pas passer à autre chose. Gaza n'est plus que le fantôme d'elle-même : sans vie, sans espoir, sans secours, sans foyer, sans école, sans santé, sans eau, sans nourriture, sans mère, sans enfant, sans parents, sans membres, sans emploi, sans routes, sans lumière, sans voix, sans rêves, sans souffle, sans possibilité même de faire son deuil, sans famille, sans pouvoir, sans défense et sans avenir.

Et ce ne sont pas de simples chiffres. Derrière chacun d'eux se trouve un être humain. Un enfant qui ne grandira jamais. Une mère qui ne serrera plus jamais son enfant dans ses bras. Un père dont la voix s'est tue. Une famille dont la maison n'est plus qu'un amas de gravats.

Et derrière les blessés, il y a des êtres humains qui porteront les cicatrices physiques et psychologiques de cette catastrophe jusqu'à la fin de leur vie.

Gaza: personne ne pourra dire que nous ne savions pas

À Gaza, l'humanité a été enterrée. Pas seulement les enfants sous les décombres, pas seulement les mères mortes en tentant de les protéger, pas seulement les pères qui ont creusé à mains nues jusqu'à faire saigner leurs doigts. Avec eux ont aussi été enterrés le droit international, la vérité et la compassion elle-même, déposés dans des tombes creusées par les bombes et refermées par le silence.

Nous vivons dans un monde qui se targue d'être gouverné par des principes et des valeurs. Ce monde est devenu sourd aux cris qui montent de Gaza, aveugle aux images qui parviennent sur chaque téléphone de la planète et incapable — non, refusant — de faire ce qui est juste.

Les habitants de Gaza se tournent vers l'Ange de la mort

Alors, les habitants de Gaza, et moi avec eux, se tournent vers l'Ange de la mort. Peut-être fera-t-il preuve de davantage de miséricorde et de solidarité que tous ceux qui restent indifférents ou qui participent activement à la perpétuation d'un génocide et à la commission de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité.

Non parce que nous aurions capitulé devant la mort. Les Palestiniens ont toujours aimé la vie, farouchement, obstinément, envers et contre tout.

Depuis le 7 octobre 2023, plus de 74 000 personnes ont été tuées à Gaza et plus de 175 000 blessées, selon les autorités sanitaires de Gaza. Et depuis le soi-disant cessez-le-feu d'octobre 2025 — un cessez-le-feu théorique, fallacieux — plus de 1 400 personnes ont encore été tuées et 5 000 blessées. Un cessez-le-feu sous lequel des gens continuent de mourir n'est pas un cessez-le-feu. Ce n'est qu'une pause dans l'attention du monde.

"Naza", un documentaire d'une importance historique signé par les Israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor qui décrivent, de l'intérieur, un système de meurtres de masse de civils palestiniens

Septante-quatre mille n'est pas une statistique. Ce sont septante-quatre mille noms, septante-quatre mille phrases inachevées, septante-quatre mille places vides autour des tables familiales. Cent septante-cinq mille blessés, ce sont des enfants qui ne marcheront plus jamais, des membres amputés sans anesthésie, des femmes accouchant au milieu des ruines sans hôpital pour les accueillir, et des blessures de l'esprit et de l'âme qu'aucun scanner ne révélera jamais et qu'aucun médicament ne guérira facilement.

La souffrance de Gaza ne prendra pas fin lorsque les bombes cesseront. Elle restera inscrite dans les corps et dans les mémoires pendant des générations.

Qu'avez-vous fait alors que vous saviez ?

Ce qui se passe à Gaza constitue une trahison historique et une tache sur la conscience de l'humanité, que l'Histoire inscrira dans une encre faite de honte et de déshonneur, de douleur et d'amertume. Et l'Histoire est un témoin patient, qui ne pardonne pas. Elle demandera à chaque gouvernement qui a armé cette destruction, à chaque institution qui a publié des communiqués prudents avant de détourner le regard, à chaque dirigeant qui parlait de valeurs tout en privilégiant la commodité : où étiez-vous ? Qu'avez-vous fait alors que vous saviez ?

guillement

Le remède, nous le connaissons : dire la vérité sans crainte, exiger des comptes sans exception, et traduire la compassion en actes.

Le silence n'est pas la neutralité. L'indifférence n'est pas l'innocence. Ce sont des choix, et leurs conséquences se mesurent en vies humaines. Un monde qui apprend à tolérer que des enfants soient tués à Gaza est un monde qui s'apprend à lui-même à tolérer cela partout ailleurs. Le remède, nous le connaissons : dire la vérité sans crainte, exiger des comptes sans exception, et traduire la compassion en actes.

Le dernier mot appartient à chacun d'entre nous. Parlez, et ne laissez pas la vérité être enterrée avec les morts. Exigez la fin immédiate et réelle des tueries, un accès humanitaire sans entrave, la protection des hôpitaux et des soignants, ainsi que l'obligation de rendre des comptes au regard du droit international pour chaque crime commis, quel qu'en soit l'auteur.

L'Histoire s'écrit maintenant

Soutenez les blessés, les orphelins et les femmes qui portent le poids le plus lourd de cette catastrophe. Investissez dans la reconstruction, non seulement des maisons, mais aussi des vies et de l'espoir.

L'Histoire s'écrit maintenant, et chacun de nous tient le stylo. Ne laissez pas votre nom être inscrit avec cette encre de la honte. Faites en sorte qu'il figure plutôt parmi ceux qui ont refusé de détourner le regard, qui ont choisi l'humanité lorsqu'il était difficile de le faire, et qui ont aidé des êtres blessés à se relever.

guillement

Réveillons plutôt en nous l'Ange de la vie, cette part de l'humanité qui croit encore qu'aucun enfant ne devrait être sacrifiable, qu'aucune mère ne devrait être oubliée.

Réveillons plutôt en nous l'Ange de la vie, cette part de l'humanité qui croit encore qu'aucun enfant ne devrait être sacrifiable, qu'aucune mère ne devrait être oubliée, qu'aucun peuple ne devrait être abandonné et qu'aucune injustice ne devrait devenir normale.

Car la plus grande trahison ne serait pas seulement ce qui s'est déjà produit, MAIS d'avoir tout vu et de n'en avoir rien appris.

Une question demeure, adressée à chaque conscience humaine : sommes-nous encore assez humains pour nous en soucier ? La réponse ne peut être un nouveau communiqué, une nouvelle expression d'inquiétude ou une nouvelle promesse.

Je ne me tairai pas. Et je ne laisserai pas le monde oublier Gaza.

Faisons du prochain anniversaire le moment où nous nous souviendrons de ce que signifie être humain.

Que le prochain son entendu à Gaza ne soit pas celui d'une explosion, mais celui du rire d'un enfant.

Que les prochaines larmes soient des larmes de soulagement.

Que les mères puissent serrer leurs enfants dans leurs bras, non pour leur dire adieu, mais pour les embrasser.

Que les pères rentrent chez eux. Que les enfants retournent à l'école.

Que les blessés puissent être soignés. Que les déplacés puissent rentrer chez eux.

Que les maisons soient reconstruites. Que les cœurs commencent lentement à guérir.

Et que ce soit la vie, et non la mort, qui ait le dernier mot.

Je ne me tairai pas. Et je ne laisserai pas le monde oublier Gaza.

→ Titre original : "Quand l'humanité détourne le regard et qu'il faut implorer la miséricorde de l'Ange de la mort"


Les textes qui paraissent dans la rubrique Débats sont des contributions externes, qui n'engagent pas la rédaction.

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