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Ces émeutes en Belgique et en France illustrent une crise de l’autorité parentale

Дата публикации: 22-10-2026 07:14:07

Les violences collectives ne s’expliquent pas uniquement par des facteurs sociaux ou économiques. Des professionnels de la santé pointent aussi une crise de l’autorité parentale, avec une difficulté croissante de certains adultes à fixer des limites et à faire accepter la frustration. ...

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Une opinion de plusieurs psychologues et pédopsychiatres français et belges (voir la liste des signataires ci-dessous)

Les émeutes qui ont secoué la France et la Belgique interrogent profondément notre société. Des abribus et des voitures incendiés, des vitrines brisées, des magasins pillés, des affrontements avec les forces de l'ordre : autant de comportements qui ne sauraient être justifiés par des revendications, aussi légitimes soient-elles. Ces violences soulèvent la question du respect des règles élémentaires de la vie en société. Si les causes de ces émeutes sont multiples et complexes, il paraît nécessaire de s'interroger sur le rôle des adultes, et plus précisément, sur l'évolution des pratiques éducatives des dernières décennies. En affaiblissant la place de l'autorité, elles pourraient avoir contribué à rendre plus difficile l'intériorisation des règles collectives, la prise de responsabilité et la conscience des conséquences de leurs actes.

L'affaiblissement du cadre parental

La famille constitue le premier lieu d'apprentissage des règles sociales. C'est en son sein que l'enfant découvre progressivement la frustration, le respect d'autrui, la maîtrise de ses impulsions et les conséquences de ses comportements. Or, dans nos consultations, nous, professionnels de la santé mentale, observons de façon grandissante, les difficultés de certains parents à exercer leur autorité. Par crainte de provoquer un traumatisme, de compromettre la relation affective ou de reproduire une éducation jugée trop autoritaire, ils hésitent à interdire et à punir. L'enfant grandit alors avec l'impression que les règles sont négociables, que la frustration est anormale et que les adultes doivent répondre à ses exigences. Il ne s'agit évidemment pas de nier les difficultés rencontrées par de nombreux parents, confrontés à la précarité, à l'isolement, à l'épuisement ou à des situations familiales complexes. Cependant, comprendre ces difficultés ne signifie pas renoncer à rappeler l'importance du cadre éducatif. Accompagner un enfant, c'est aussi lui apprendre que toute frustration n'est pas une injustice et que ses actes engagent sa responsabilité.

illustration Vincent Duboisillustration Vincent Dubois ©Vincent Dubois
Les dérives de l'éducation dite positive

Les intentions de l'éducation dite positive visent à accompagner l'enfant avec bienveillance, à l'aider à reconnaître ses émotions et à privilégier une discipline non violente. Ces intentions sont légitimes. Le problème apparaît lorsque cette approche est interprétée comme une obligation d'éviter toute frustration, toute opposition ou toute conséquence désagréable. Reconnaître la colère d'un enfant ne signifie pas autoriser la violence, qu'elle soit verbale ou physique. Accueillir ses émotions ne dispense pas d'une obligation d'apprendre à les réguler.

La limite est nécessaire à tous les niveaux du vivant. À chacun d'entre nous, quel que soit notre âge, de l'apprivoiser.

La bienveillance ne saurait donc se substituer à l'exigence éducative : elle doit s'exercer dans un cadre ferme, cohérent et prévisible, ce que démontrent de nombreux travaux en psychologie du développement. Si l'autoritarisme correspond à un exercice abusif et arbitraire de l'autorité au service du pouvoir, l'autorité, elle, vise à guider l'enfant et à l'aider à grandir. Confondre les deux revient à considérer toute contrainte comme une violence et toute limite comme une atteinte au bien-être de l'enfant. En voulant combattre les excès de l'autoritarisme, certaines interprétations de l'éducation positive peuvent ainsi contribuer à délégitimer l'autorité elle-même et à banaliser la permissivité.

De la difficulté à accepter la frustration à la violence collective

Les émeutes qui ont secoué la France à la fin du mois de juin et au début du mois de juillet 2023, à la suite de la mort d'un adolescent tué par un policier, avaient déjà montré à quel point un événement déclencheur peut rapidement donner lieu à des violences collectives. Le rapport du Sénat souligne la diversité des motivations des participants, la défiance envers l'autorité et le rôle des réseaux sociaux dans la propagation des troubles.

guillement

L'autorité éducative joue en effet un rôle essentiel dans l'apprentissage de l'autodiscipline : c'est en apprenant progressivement à respecter des règles imposées de l'extérieur que l'enfant développe la capacité à se fixer ses propres limites et à maîtriser ses comportements.

Dans ce contexte, il est légitime de s'interroger sur la manière dont certains jeunes appréhendent les règles, l'autorité et les limites. L'autorité éducative joue en effet un rôle essentiel dans l'apprentissage de l'autodiscipline : c'est en apprenant progressivement à respecter des règles imposées de l'extérieur que l'enfant développe la capacité à se fixer ses propres limites et à maîtriser ses comportements. Un adolescent qui n'a pas suffisamment intériorisé ces exigences risque d'être davantage sensible à la pression du groupe et de se laisser entraîner dans des comportements antisociaux qu'il aurait autrement pu désapprouver. L'excitation collective et les émotions prennent alors le pas sur la réflexion et le discernement.

Restaurer une autorité juste et structurante

Face à cette réalité, il devient essentiel de réaffirmer la légitimité de l'autorité adulte juste et structurante face à l'enfant. Celui-ci a besoin d'adultes qui fixent des règles claires et strictes et qui veillent à leur respect. Une transgression doit entraîner une conséquence proportionnée et prévisible. Cette exigence n'implique ni humiliations ni châtiments corporels : l'enfant reste digne de respect, mais ses actes peuvent être inacceptables.

"Le parent doit devenir l'influenceur de son enfant"

Ce rétablissement d'une autorité doit se retrouver dans les structures de la petite enfance, les écoles, les services de soins, les pouvoirs publics et la justice. Ces institutions doivent soutenir les parents en difficulté et apporter une réponse cohérente à toutes les strates d'expression de la violence, de la plus banale à la plus grave, de la plus précoce à la plus tardive.

Réapprendre à transmettre les limites et la responsabilité

Les émeutes et les épisodes de violences collectives observés en Belgique et en France nous obligent à réfléchir à la manière dont les adultes transmettent les règles de vie commune aux enfants. Le refus d'une autorité adulte structurante, constitue un facteur de vulnérabilité important que l'on ne peut plus se permettre d'ignorer.

"Un enfant est un être humain. Or on le traite parfois comme s'il appartenait à une espèce différente"

Une société équilibrée doit apprendre aux enfants que leur liberté s'accompagne de devoirs et qu'elle s'arrête là où commence celle des autres. L'éducation a pour but ultime de permettre à l'enfant de devenir un adulte responsable ; en bonne santé mentale, physique ; et capable de s'insérer dans la société.

Formulons le vœu que ces émeutes soient l'occasion de mettre en question un certain angélisme idéologique concernant le développement de l'enfant, malheureusement trop rarement interrogé auprès de ceux qui ont pour responsabilité de les soigner et les éduquer.

→ Signataires :

Pour la France : Caroline Goldman (psychologue pour enfants et adolescents), Maurice Berger (pédopsychiatre, ex-professeur associé de psychologie de l'enfant) et Didier Pleux (docteur en psychologie du développement et psychologue clinicien spécialisé en thérapie cognitive-comportementale).

Pour la Belgique : Diane Drory (psychologue-psychanalyste), Serge Dupont (docteur en psychologie), Sandro Costa Sanseverino (coach parental, psychothérapeute, psychologue) et Sophie Dechêne (pédopsychiatre).

→ Titre original : "Émeutes en Belgique et en France : crise de l'autorité éducative et dérives de l'éducation dite positive".


Les textes qui paraissent dans la rubrique Débats sont des contributions externes, qui n'engagent pas la rédaction.

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