Ils sont 148 soigneurs à veiller 365 jours sur 365 sur les 8 000 animaux du parc. Souvent à l’abri des regards. Visite dans les coulisses. ...
Edenya, lundi matin, huit heures, soit deux heures avant l'ouverture du parc au public. Edenya ou plus précisément la "cuisine" des lamantins d'Edenya, le dixième monde et dernier en date de Pairi Daiza : la serre tropicale de 4,5 ha inaugurée en février.
Alors que vont débuter les vacances d'automne pour les écoliers francophones et les festivités d'Halloween (du 17 octobre au 8 novembre), Nina et Lucile sont occupées à préparer un petit-déjeuner très particulier. C'est celui de Cuango, 550 kg, le premier lamantin arrivé sur les lieux en avril, Ambrozy et Pepino, 350 kg chacun, et Alùs, plutôt 250 kg.
Au menu de ce matin, sept grands bacs en plastique remplis de rangées de salades. "La laitue, c'est la base de la ration qui peut être complétée par des salades iceberg, de bettes, d'épinards, de céleris branches…", sourit Lucile, 33 ans, originaire de la région parisienne. "Il y a minimum quatre à cinq nourrissages par jour", explique Nina. La soigneuse de 25 ans, native d'Antibes, précise : "Il faut compter 35 kg de salades par jour par individu." "On collabore avec des agriculteurs locaux", ajoute aussitôt la jeune femme spécialisée dans les mammifères marins mais qui a découvert les lamantins à Pairi Daiza – "un vrai coup de cœur".
"Il y a quelques années, nous étions sur un parking" : Pairi Daiza dévoile Edenya, son monde tropical à 215 millions d'eurosC'est l'heure de l'entraînement médicalNina et Lucile qui ont revêtu une combinaison de plongée noire se glissent dans l'eau du bassin réservé aux quatre lamantins. "Elle est à 27-28° heureusement", se réjouit Nina, habituée à la chaleur du Sud. Les soigneurs sont toujours minimum deux dans l'eau, question de sécurité.
Les soigneuses appellent les lamantins pour l'entraînement médical. ©Bernard DemoulinEn bandoulière, elles portent une banane en plastique transparent remplie de rondelles de carotte. Le duo avance dans l'eau et met un genou à terre. C'est l'heure de l'entraînement médical.
guillementL'idée de l'entraînement médical, c'est de leur apprendre à venir près de nous pour que nous puissions vérifier que tout va bien, qu'ils n'ont pas de blessures."
Lucile secoue sous la surface un "recall", petit tube fermé contenant une bille qui permet d'appeler les lamantins tandis que Nina agite légèrement sa main dans l'eau. Un premier animal s'approche, bientôt un deuxième et un troisième. Pepino, le dernier arrivé, est plus réservé. Il est encore en période d'observation.
"L'idée de l'entraînement médical, c'est de leur apprendre à venir près de nous pour que nous puissions vérifier que tout va bien, qu'ils n'ont pas de blessures. Pour les habituer aux examens médicaux les plus courants aussi : prise de sang, administration d'un vaccin, échographie, désinfection d'une plaie, gouttes dans les yeux…, raconte Lucile qui a suivi une formation agricole et a déjà travaillé avec des lamantins avant d'arriver à Brugelette. Il faut savoir que les lamantins font de la respiration consciente, c'est-à-dire qu'ils doivent penser à respirer. Ils peuvent rester quinze, vingt minutes en apnée et puis doivent remonter à la surface respirer. La moindre anesthésie devient dangereuse ; nous privilégions donc au maximum les soins en direct."
Très vite, Nina et Lucile rejoignent la rive : "Les lamantins ne sont pas très stables. D'habitude, ils viennent se fixer à notre jambe en l'entourant de leurs deux flippers (nageoires, NdlR) et restent pendant qu'ils mangent leurs carottes. Ici, ils se sont trop vite éloignés, sans doute apeurés par les bruits ambiants. On se dit : 'Ok, vous n'êtes pas bien, on vous laisse repartir' car on veut toujours être associées à du positif et créer une relation de confiance. Mais on recommence dans deux minutes !"
Des carottes, les lamantins en partagent trois kilos par jour. "C'est un peu leur péché mignon, pointe Lucile. Mais ils aiment aussi les poivrons, aubergines, concombres et autres courgettes. Par contre, on a testé la pastèque. L'accueil n'a pas été terrible."
Critiqué, Pairi Daiza prend une décision forte pour son parc aquatique: "La Wallonie traverse un contexte budgétaire difficile"Les pandas roux, en tête des ventes de peluchesL'équipe des soigneurs des mammifères marins regroupe quinze personnes, dont huit Français et trois Belges. En charge des lamantins, des morses, des otaries de Steller mais aussi des castors, des porcs-épics et manchots pour une question de proximité dans le parc. En tout, ils sont 148 soigneurs (52 % de femmes et 48 % d'hommes et 31 ans en moyenne), 4 vétérinaires et 2 assistants vétérinaires pour veiller 365 jours sur 365 sur les 8 000 animaux disséminés sur le site de 80 ha.
Les pandas roux, tellement photogéniques... ©Bernard DemoulinIls sont répartis en une dizaine d'équipes. Dont celle des petits mammifères, la plus nombreuse. Ou celle des éléphants : "Pairi Daiza abrite le plus grand groupe d'éléphants d'Asie en Europe ; ils sont 17", relève Claire Gilissen, porte-parole du site.
Il est 9 h 15. Nous sommes dans le Royaume du Milieu, le jardin chinois. Cap sur les pandas roux. "Nos visiteurs les adorent, signale Claire Gilissen. Ils arrivent en tête des ventes de peluches, devant le panda géant et les koalas."
Perchée sur une plateforme dans son territoire, Loha, une femelle, a vu arriver Jérémy. Elle l'attend de pied ferme. Maman de ces deux premiers petits nés le 25 juin, elle a faim.
Jérémy, 37 ans, soigneur animalier formé à Bruxelles, baisse une espèce de petit pont-levis en bois pour pénétrer dans l'espace du couple de pandas et de ses deux bébés. Depuis dix ans, il a "la chance" de prendre soin des animaux du jardin chinois : pandas roux, civettes, langurs de François (singes), binturongs (ours), macaques japonais, cerfs cochons et on en passe. "Comme la femelle allaite ses petits, j'apporte matin et soir une ration de croquettes spéciales ; j'ai un contact direct pour m'assurer qu'ils sont en bonne forme."
guillementLes naissances, c'est un moment très stressant mais c'est aussi très chouette de voir l'évolution des bébés."
Le reste de leur alimentation, 95 % en fait, comme pour tout bon panda, c'est le bambou, à volonté. "Panda veut dire mangeur de bambou en népalais", pointe Jérémy. Ils le mangent la nuit, descendant régulièrement de la cime des arbres où ils dorment pour venir en ingurgiter trois, quatre feuilles.
"Toutes les semaines, les pandas roux sont pesés, épingle le soigneur. Et nous les habituons à rentrer dans des caisses. De ce fait, quand ils sont malades, pas besoin de les attraper pour les emmener se faire traiter."
Ce qu'il préfère ? "Les naissances. C'est un moment très stressant mais c'est aussi très chouette de voir l'évolution des bébés. Les bébés actuels, ce sont les 'petits-enfants' de la femelle qui est dans l'autre enclos. C'est vraiment une histoire qu'on écrit avec eux."
Première mondiale à Pairi Daiza : le parc connait deux naissances d'une espèce extrêmement rareMohan, le mâle, arrive enfin. "Ça va, bonhomme ? Tu boudes ?, l'apostrophe-t-il. Il est un peu plus timide en ce moment car la femelle est davantage dominante comme il y a les bébés. Elle élève ses bébés toute seule. Parfois le mâle attend qu'elle ait fini de manger pour descendre." "Ça va, p'tit chou ?, reprend-il gentiment. Regardez, ils prennent la pose pour la photo !"
"Si quelqu'un d'autre rentre avec moi…"Dix heures, rendez-vous en Terre du froid. À l'affiche : le nourrissage des six loups du Canada. Florent, alias "Flo", arrive dans un petit véhicule électrique. À l'arrière, des seaux remplis de viande.
guillementAujourd'hui, au menu, ce sont des carcasses de poulet, soit deux, trois kilos par individu et par jour en fonction de leur morphologie."
"Aujourd'hui, au menu, ce sont des carcasses de poulet, commente Flo. Soit deux, trois kilos par individu et par jour en fonction de leur morphologie et en faisant attention de ne pas avoir des animaux qui sont trop gros ou trop maigres." Donnés en une seule ration. "Il n'y a que les humains qui mangent trois fois par jour", note-t-il en riant.
Les loups n'hésitent pas à se dresser sur leurs pattes arrière pour saisir une carcasse de poulet que leur tend "Flo". ©Bernard DemoulinÂgé, lui aussi, de 37 ans, il est arrivé à Pairi Daiza en 2014 et a appris "sur le tas". Il se consacre aux loups mais aussi aux lions ; tigres de Sibérie, du Bengale ; léopards noirs et des neiges ; pumas ; guépards ; etc. Quinze territoires et 50 individus. "On fait les nourrissages, on contrôle chaque territoire et on s'assure que tout le monde est là et va bien." Son meilleur souvenir ? "Cela restera toujours les éléphants dont je m'occupais avant. C'est la première naissance que j'ai vécue au parc. En tout, j'ai connu la naissance de quatre éléphants et de trois lions: incroyable !"
Nala, figure emblématique de Pairi Daiza, va devoir quitter le parc animalier : "Quand on aime vraiment un animal, on accepte de le laisser partir"Ici aussi, les loups reconnaissent Flo qui pénètre dans leur espace. "Si quelqu'un d'autre rentre avec moi, qu'ils ne connaissent pas, ils ne viendront pas." En attendant, les loups gambadent à la rencontre de Flo et n'hésitent pas à se dresser sur leurs pattes arrière pour attraper une carcasse de poulet qu'il leur tend, le bras levé. Sous l'œil admiratif des visiteurs. Qu'ils aient passé la nuit dans un des 209 logements du parc (ils peuvent alors profiter des lieux avant l'ouverture) ou qu'ils constituent les premiers visiteurs d'un jour qui commencent à arriver.
L'an dernier, ils étaient précisément 2 866 576 à avoir franchi l'entrée de Pairi Daiza, dont un sur cinq vient de France. Et si, "comme les autres acteurs touristiques, le parc a souffert cet été de la canicule, indique Claire Gilissen, à date, le nombre de visiteurs est en hausse par rapport à l'an dernier."
Pairi Daiza bat un nouveau recordPour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.
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