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“Le Temps des récoltes” : Ibrahim Mahama fait de la Fondation Cartier un formidable terrain de jeu collectif

Дата публикации: 20-10-2026 08:59:10

La Fondation Cartier invite l’un des plus grands artistes africains vivants, le Ghanéen Ibrahim Mahama, à occuper ses espaces, en compagnie de neuf autres artistes invités, de James Barnor à Gideon Appah. Une magistrale démonstration d’une scène inventive et politique.

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La Fondation Cartier invite l’un des plus grands artistes africains vivants, le Ghanéen Ibrahim Mahama, à occuper ses espaces, en compagnie de neuf autres artistes invités, de James Barnor à Gideon Appah. Une magistrale démonstration d’une scène inventive et politique.

Une simple assemblée située au cœur de la Fondation Cartier permet de saisir d’emblée ce qui agite l’artiste ghanéen Ibrahim Mahama, invité par la Fondation Cartier à occuper tous ses espaces. Intitulée Parliament of Ghosts, cette installation prend la forme d’une chambre parlementaire construite à partir de sièges ashantis traditionnels en bois. Hantée par l’absence de ses anciens élus, l’œuvre métaphorise dans un espace vide l’échec de la démocratie ghanéenne après le coup d’État de 1966 au Ghana. Le Temps des récoltes – deuxième grande exposition abritée dans son nouvel écrin au Palais Royal – met en lumière un travail foisonnant mené depuis les années 2010 sur la question de la mémoire coloniale et post-coloniale au Ghana.

L’artiste s’attache aux traces du passé qui pèse sur le présent de la société, de ses imaginaires à la fois blessés et actifs. Que faire de ses fantômes, quelle place leur laisser, comment vivre avec les traumatismes d’un pays marqué par une histoire de la violence politique et de la transformation sociale et urbaine ? Inspiré par des penseurs du monde postcolonial (Achille Mbembe, Felwine Sarr, Kwame Anthony Appiah), fondateur de trois centres d’art à Tamale, Ibrahim Mahama travaille à partir de matériaux collectés et d’archives multiples en donnant une traduction esthétique à ces questions politiques. Pour cela, il cumule les sources et joue avec les médiums, du dessin à la sculpture, de l’installation à la photographie.

Neuf autres artistes s’immiscent dans les espaces

De haut en bas de la Fondation, Ibrahim Mahama offre un aperçu impressionnant de l’amplitude de ses gestes et de ses réflexions. Une installation architecturale conçue spécifiquement pour le bâtiment, Things Fall Apart, s’appuie sur la reconstruction d’une ancienne usine ghanéenne de bouteilles en verre réalisée à partir des matériaux originaux qui fait écho à la politique de développement du premier président, Kwame Nkrumah, avant sa chute dans les années 1960. L’artiste a racheté en 2024 cette usine, pour redonner de l’éclat à une ruine. Une autre installation, Season of Migration to the North, remplie de céramiques en terre cuite et de bouteilles de verre, met en tension l’histoire de l’artisanat local et l’industrie. Des dessins au fusain évoquent aussi l’histoire du système ferroviaire ghanéen, menée par les autorités coloniales britanniques…

Mais, Le Temps des récoltes proposé par Ibrahim Mahama déborde le cadre de son travail personnel. Cohérent avec sa manière de travailler, de mettre en relation des artistes de la scène ghanéenne dans les centres d’art qu’il a fondés, l’hôte de la Fondation Cartier s’entoure de neuf autres artistes qui s’immiscent dans les espaces. Comme une façon de célébrer à la fois la scène ghanéenne dans sa variété créative et le souci d’une pratique collaborative revendiquée par Ibrahim Mahama. Du peintre génial Gideon Appah (dont les toiles puisent souvent leur inspiration dans la vie culturelle de son pays, ou dans des scènes de la vie quotidienne, à l’image des sublimes Two Men Having a Smoke et Cecilia) à l’artiste textile Dorothy Akpene Amenuke (émouvante avec ses toiles de jute transformées en installations monumentales), de l’artiste slovène Tjaša Rener installée au Ghana (qui explore les archives des relations diplomatiques entre le Ghana et l’ex-Yougoslavie) à l’immense photographe James Barnor qui depuis 70 ans documente la vie au Ghana à travers une collection de portraits saisissants de sa jeunesse et de ses habitant·es (une œuvre centrale de l’histoire de la photographie africaine contemporaine, aussi importante que celle d’un Malick Sidibé), les ami·es d’Ibrahim Mahama peuplent la Fondation Cartier avec une énergie confondante. Les commissaires de l’exposition – Aby Gaye-Duparc pour Ibrahim Mahama ; Jeanne Barral pour les artistes associés ; Chiara Agradi pour James Barnor – jouent habilement avec cet enchevêtrement de gestes et de formes, dont l’unité et la complémentarité dessinent un projet commun faisant de l’art le lieu d’un éveil collectif.

Des performances musicales, chorégraphiques et des rencontres

Cette énergie collective se concrétisera aussi dans un vaste programme de performances musicales, chorégraphiques et de rencontres, qui prendront place dans l’installation d’Ibrahim Mahama Parliament of Ghosts durant toute la durée de l’exposition. Les fantômes seront remplacés par des êtres de chair, entre musique, danse et performance. À l’image du poète et vidéaste Julianknxx, ou de la chorégraphe zimbabwéenne Nora Chipaumire, qui viendra les 17 et 19 décembre dans le cadre du Festival d’Automne. Dès le 23 octobre, un concert d’Osei Korankye, maître ghanéen du seperewa, profondément ancrée dans l’histoire musicale du Ghana, sera là en concert. Le 24 octobre, une journée de rencontres mettra en dialogue les artistes de l’exposition avec des penseurs, chercheurs, architectes et autres artistes ; le 25 octobre, le directeur de la Fondation Cartier Chris Dercon animera une conversation avec l’artiste anglo-kenyan Michael Armitage. La Fondation accueillera aussi les 3 et 4 novembre l’artiste américaine Kelsey Lu, compositrice et performeuse, qui collabore avec Solange, Blood Orange, Caroline Polachek ou Kim Gordon. Le studio Marie-Claude Beaud accueillera un cycle mensuel de sessions d’écoute proposées par des artistes et labels divers, mais aussi des rencontres autour des collections photographiques françaises, en écho aux œuvres de James Barnor.

Bref, la Fondation Cartier orchestrera à partir du travail généreux d’Ibrahim Mahama un vaste ensemble de propositions artistiques et musicales. Le temps des récoltes s’annonce fécond.

Ibrahim Mahama, Le Temps des récoltes à la Fondation Cartier, à Paris, du 22 octobre 2026 au 28 février 2027.

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