Ces quatre élèves de Jean-Moulin ont accepté d’incarner le combat des lycéens à Béziers. Déterminés, ils expliquent leurs revendications et leur détermination.
Ces quatre élèves de Jean-Moulin ont accepté d’incarner le combat des lycéens à Béziers. Déterminés, ils expliquent leurs revendications et leur détermination.
Fayrouz, Ryane, Mehdy, Jordan. Ils ont 16 à 17 ans. Vivent dans le Biterrois. Et ont en commun de faire partie des 3002 élèves que compte le lycée Jean-Moulin à Béziers, une immense cité scolaire, 5,5 hectares de surfaces bâties, créé en 1965. Ce lundi 5 octobre, ils se sont retrouvés au cœur des bousculades, en marge du blocus de l’établissement, face au CRS et suffisamment près des casseurs pour observer grandir la violence et les dérapages. Puis en un instant, ils ont été happés pour porter la parole des lycéens en mairie, face à Robert Ménard et au sous-préfet Jacques Lucbéreilh. Ce jour-là, en un claquement de doigts, ils ont quitté la cohue pour découvrir les salles de ce monument historique qu’est l’Hôtel de ville…
"C’était important de montrer qu’on n’est pas des casseurs""On s’est porté volontaire pour porter nos causes. C’était important de montrer qu’on n’est pas des casseurs", expliquent-ils, posés, quelques jours après le tumulte de cette journée. "La majorité des casseurs sont déscolarisés ou pas de notre lycée, on ne les connaît pas. Le mouvement des lycéens est largement pacifique. Alors qu’on s’est fait gazer, et les CRS nous ont poussés vers les écoles primaires où il y avait encore plus de circulation", racontent-ils, encore marqués.
Leur message, aujourd’hui ? "Moi, c’est par rapport aux futures générations, répond tout de suite Fayrouz, en classe de Première générale. Parce que dans une année, je vais partir." Et elle, comme ses camarades, considèrent que les conditions d’étude ne sont plus acceptables. Ils pointent, dans le désordre, les journées 8 h-18 h avec une heure de pause, les bâtiments insalubres, l’absence de lavabo parfois, un chauffage défaillant, un manque d’isolation, une hausse du tarif de la cantine (de 4,10 € à 4,60 €) et encore des classes à 36 élèves : "Le prof n’a pas de temps pour nous."
"Le lycée fait des efforts""Le lycée fait des efforts, il nous a écoutés. Il va par exemple enlever le classement sur le bulletin pour que ça ne pénalise pas notre dossier sur Parcoursup. Ils vont aussi rallonger l’horaire du téléphone à l’internat, le soir. À l’internat, il y avait aussi des problèmes de moisissures, ils ont pris rendez-vous avec une société. Depuis le blocus, on a eu trois réunions, ils ont entendu les élèves."
Lucides, les lycéens savent identifier l’origine des difficultés : "C’est le budget, les moyens, ça nous pénalise. On est le plus gros lycée d’Occitanie (en nombre d’élèves NDLR) et le budget ne suit pas. On est vraiment délaissé. La Région ne bouge pas." Même si un porte-parole de la collectivité "est venu écouter nos revendications et va les transmettre à la présidente de Région…"
"Nous, on ne fait pas de politique""Mais ils savent que la jeunesse ne va pas s’arrêter, on est déterminé, on pense aux futures générations." Au sein de l’établissement, un temps de démocratie a été mis en œuvre, avec les délégués. Et un cahier de doléances va être remis au ministre.
"Mais nous, on attend des actions, il faut que ça change." Ont-ils conscience de la dimension politique de l’engagement ? "Nous, on ne fait pas de politique, partagent les quatre Biterrois. On est tous réunis, on a tous les mêmes revendications, on se respecte entre nous, la politique n’a aucun lien…"
Si ses trois camarades s’engagent dans un combat pour la première fois, Fayrouz, elle, avait déjà manifesté "à mon collège, à La Dullague par rapport à du harcèlement" à la suite du suicide du jeune Is’Hak en 2025. Plus tard, elle aimerait travailler dans la magistrature ou le monde du droit. À ses côtés, Ryane, en Terminale générale, aimerait s’orienter vers des études en sciences politiques ou en droit et pourquoi pas, "travailler dans les institutions." Jordan, en première générale, se verrait bien acteur. "J’ai déjà 5 ans de théâtre derrière moi", souligne-t-il. Quant à Mehdy, en Première Bac pro hôtellerie, il espère passer son diplôme pour devenir "serveur dans un restaurant gastronomique."
Tous se veulent positifs et prennent leur rôle d’ambassadeur à cœur : "On sent que les choses commencent à changer", estime Jordan. Pour autant, et si à la rentrée, les avancées ne sont pas à la hauteur, ils assurent qu’ils se mobiliseront à nouveau. "La démocratie, ce n’est pas uniquement donner la parole, ce doit être suivi d’effets."