Un père de famille a comparu le 15 octobre devant le tribunal correctionnel d’Auch, soupçonné d’avoir violenté, à Panassac dans le Gers, son bébé de deux mois et demi victime de plusieurs fractures d’âges différents....
l'essentiel Un père de famille a comparu le 15 octobre devant le tribunal correctionnel d’Auch, soupçonné d’avoir violenté, à Panassac dans le Gers, son bébé de deux mois et demi victime de plusieurs fractures d’âges différents. Face aux expertises médicales qui concluent à l'intervention d'un tiers, son avocate a tenté de faire émerger le doute sur ce qui s’est réellement passé dans l’intimité familiale.
À deux mois et demi, un bébé ne parle pas. Il ne peut ni raconter ce qu’il a subi, ni désigner celui qui lui aurait fait du mal. Devant le tribunal correctionnel d’Auch (Gers), ce sont les quatre fractures qui parlent. Celles des côtes, du fémur et du bras d’un nourrisson, découvertes après son admission aux urgences pour un bras ballant. Des blessures d’âges différents, dont la justice cherche à comprendre l’origine, dans l’intimité d’un foyer familial.
"Je n’ai jamais voulu faire de mal à mon enfant", répète le père, un mécanicien automobile trentenaire, soupçonné d'avoir infligé des maltraitances à son nourrisson lorsque lui et son ex-compagne vivaient à Panassac. Si l'homme reconnaît des gestes brusques, il nie avoir eu la volonté de lui faire du mal.
Un matin, agacé par les pleurs de son fils, il l’aurait saisi par l’avant-bras pour le soulever de son cododo et le poser sur son épaule. "Plus tard, alors que la mère de l'enfant se trouvait dans la cuisine en train de faire son biberon, vous êtes descendu de l'étage avec l'enfant dans les bras en disant à votre compagne que son bras était comme engourdi", a rappelé le président.
"Oui, nous sommes allés voir le médecin qui nous a dit de l'amener aux urgences", complète le père. Un examen radiologique complet est prescrit, et les médecins découvrent quatre fractures récentes et plus anciennes. Pour celle de l'humérus, les pédiatres évoquent une fracture par torsion, et non par traction comme l'a décrit le père. "Je ne sais pas", répond le prévenu, confronté à cette contradiction.
Intervention d'un tiersPour les autres fractures, ses explications sont tout aussi incertaines. Il raconte une dispute au cours de laquelle les deux parents auraient tiré l’enfant, chacun voulant le garder dans ses bras. "Peut-être l'origine des fractures aux côtes ?" a-t-il pu dire face aux enquêteurs. Quant aux lésions du fémur, "peut-être un manque de vigilance".
Pourtant, l’expertise médicale conclut à un "mécanisme traumatique non accidentel, impliquant l'intervention d'un tiers. Aucune maladie ne permet de les expliquer." Trois semaines avant l’épisode du bras, des hématomes sur les cuisses avaient déjà conduit les parents à consulter.
Et le passé du prévenu ne plaide pas en sa faveur. Décrit comme impulsif et colérique par plusieurs proches, notamment sa propre mère, il a été condamné en 2023 pour des violences conjugales sur la mère de son fils.
La défense sème le douteMe Sandra Vazquez refuse, elle, que le caractère colérique de son client tienne lieu de preuve. Dénonçant une instruction à charge, elle estime que le dossier a été "coloré" par les antécédents conjugaux du prévenu. "Dès le début, il y a la volonté de dire qu’il a été violent avec son enfant. Lui dit l’inverse."
L’avocate décortique alors les fractures, une à une, confronte les constatations médicales aux explications possibles, interroge les certitudes. Elle relève notamment que la fracture du fémur n’apparaissait plus sur une radiographie de contrôle un mois après le passage aux urgences du nourrisson. "Impossible." Elle rappelle aussi que les médecins avaient décrit des parents attentionnés et soucieux de la santé de leur enfant.
À ses questions, son client confirme qu’il travaillait tandis que la mère gardait le bébé, et qu’il n’était quasiment jamais seul avec lui. Sans accuser cette dernière, la défense entend souligner les zones d’ombre du dossier. Surtout, insiste Me Vazquez, "une condamnation pour violences suppose de caractériser des gestes volontaires. Et là vient le doute. Celui qui est censé profiter au prévenu."
Pour l'accusation, le père a bel et bien maltraité son bébé. En revanche, la procureure ne décrit pas un tortionnaire. "Il n’a pas voulu le résultat. Mais il a eu un comportement violent", soutient-elle. Et d'évoquer un déni comparable à celui observé dans certaines affaires de bébés secoués. Elle requiert deux ans d’emprisonnement avec sursis.
Depuis les faits, les parents se sont séparés. L’enfant, d’abord placé, a vécu avec sa mère pendant deux ans dans une maison départementale des familles (MDF), structure d’accompagnement et de soutien à la parentalité. Le père ne le rencontrait que lors de visites médiatisées. Les mesures éducatives ont désormais pris fin.
Reste cette question : que s’est-il réellement passé derrière les murs de la maison, auprès de cet enfant trop petit pour raconter ? Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 19 novembre.