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"J’ai un Opinel dans mon sac" : insultes, agressivité, harcèlement en ligne… comment les élus apprennent à désamorcer la violence avec la police

Дата публикации: 15-10-2026 15:51:02

Dans une mairie, la colère peut prendre bien des formes. Un administré qui hausse le ton, un responsable associatif agressif, une insulte sur Facebook ou une intrusion dans une salle du conseil. À Foix, en Ariège, une...

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l'essentiel Dans une mairie, la colère peut prendre bien des formes. Un administré qui hausse le ton, un responsable associatif agressif, une insulte sur Facebook ou une intrusion dans une salle du conseil. À Foix, en Ariège, une quinzaine d’élus Ariégeois ont appris à reconnaître ces situations et, surtout, à ne pas les laisser dégénérer. La Dépêche du Midi vous raconte.

"Vous avez été élu pour agir dans l’intérêt public, pas pour vous prendre un coup de couteau." Dans la salle Jean-Jaurès de la mairie de Foix, en Ariège, une quinzaine d’élus écoutent. En ce mercredi de septembre 2026, ils sont venus apprendre une chose assez peu enseignée dans les manuels de politique locale : comment faire face à quelqu’un qui s’énerve, menace, insulte ou, parfois, passe à l’acte.

La formation est dispensée par la police nationale. Au programme : désescalade des conflits, gestion de l’agressivité et, surtout, apprendre à ne pas laisser une situation ordinaire tourner au vinaigre. Comment ? Eh bien, en mémorisant quelques clés.

"Vous êtes potentiellement des cibles"

La plupart de ces élus ont pris leurs fonctions en mars dernier. Et certains ont déjà leurs petites habitudes. "Moi, souvent, j’ai un Opinel dans mon sac", lâche spontanément une élue. Quelques têtes acquiescent. Sauf qu’un couteau, même glissé au fond d’un sac, n’est pas un accessoire anodin aux yeux de la loi : considéré comme une arme, son port ou son transport est interdit.

À lire aussi : Agression d’un élu en Ariège : rien ne permet à ce stade d’établir un lien entre les faits et la qualité d’élu de la victime, indique le parquet de Foix

Et justement, les policiers ont préparé une petite surprise. Trois élus complices sont invités à vider leurs poches et leurs sacs. Un shocker électrique. Une matraque télescopique. Un pistolet factice. Des objets que personne, jusque-là, n’avait remarqués. "Voilà le genre d’individu que vous allez rencontrer tous les jours. Vous êtes élus, vous représentez la population mais aussi la France, l’État. Donc vous êtes potentiellement des cibles", insiste Anthony Martineau, chef d’état-major départemental, formateur antidrogue et référent sûreté.

Fort heureusement, personne dans la salle n’a encore eu affaire à un scénario pareil. Ils connaissent plutôt les versions ordinaires de la colère : les insultes, les cris, l’agressivité. "Une tentative d’intrusion au conseil municipal", lance le maire de Foix, Jérôme Mateos. Et même une "manifestation anti-moi", ajoute-t-il, provoquant quelques rires. Face à un administré furieux, le premier réflexe n’est pas de répondre plus fort. C’est même tout l’inverse.

À lire aussi : "Nos formations permettent de mieux gérer les conflits" assure un négociateur formé par le GIGN

"Se ménager une issue de secours"

Pour montrer ce que cela signifie dans la vraie vie, les formateurs prennent un exemple très récent : celui d’Anne-Catherine Lafarge, la maire de Marsat, violemment projetée au sol alors qu’elle tentait de s’opposer à l’installation illégale de caravanes sur un terrain agricole de sa commune.

La leçon tient en quelques réflexes : "Ne pas intervenir seule", "garder le même ton", "prévenir les services de police", "se ménager une issue de secours". Vient ensuite le cours de géométrie... Celui de la distance à respecter avec une personne agressive. "Faites en sorte de ne pas rentrer dans sa bulle", conseille le major Arnaud Marie, formateur de techniques en sécurité d'intervention.

Une quinzaine d'élus du département se sont formés aux techniques de désescalade des conflits. Une quinzaine d'élus du département se sont formés aux techniques de désescalade des conflits. DDM

La position du corps compte aussi. Éviter de rester avec les pieds parallèles. Garder les mains devant soi, prêtes à protéger le visage ou le haut du corps. Mais l’agressivité ne s’arrête pas à la porte de la mairie. Elle tient aussi dans un écran, parfois bien à l’abri derrière un pseudonyme. Matthieu Latrille, adjoint au maire de Foix chargé des sports et de la vie associative, connaît déjà le phénomène.

"Les gens sont devenus très procéduriers"

Depuis le récent changement de municipalité au sein de la cité comtale, certains sont venus "apporter de la contradiction". Lui a aussi eu droit à quelques commentaires sur les réseaux sociaux, où on l’a traité de "dictateur" ou d’"utopiste". Sa méthode tient en une phrase : ne pas répondre.

Pour la députée Martine Froger, la question dépasse désormais les simples querelles de terrain. La loi du 21 mai 2024 visant à sécuriser et à réguler l’espace numérique a notamment renforcé l’arsenal destiné à lutter contre certains comportements et contenus illicites en ligne. Mais pour elle, le durcissement du cadre légal ne suffit pas à changer les comportements.

À lire aussi : Les élus se forment à la gestion des conflits

Les élus sont désormais régulièrement filmés dans l’exercice de leurs fonctions, parfois au moment même où une situation commence à dégénérer. "Les gens sont devenus très procéduriers. Il faut qu’on soit très vigilant sur nos façons de réagir. On n’a pas le droit à l’erreur", estime la députée.

Certains conflits échappent même aux recettes classiques de la désescalade. "Notre plus grand problème, ce sont les troubles psy, réagit une conseillère municipale à la mairie de Pamiers. {...} Les réactions sont imprévisibles. On est confrontés de plus en plus à ce genre de situation". Alors les policiers insistent sur une dernière règle, peut-être la plus importante : savoir jusqu’où aller. Savoir parler, savoir écouter, mais aussi savoir interrompre l’échange et, si besoin, appeler du renfort.

Des outils sont notamment à la disposition des élus comme les boutons de sécurité. Qu'il s'agisse d'un petit boîtier, d'un badge ou d'une application mobile, ces dispositifs permettent d'alerter rapidement les forces de l'ordre et de géolocaliser la victime.

Une mallette pédagogique mise en place par le Raid

Cette formation n’est pas née d’hier. Mise en place par le ministère de l’Intérieur pour donner aux élus des clés face aux violences dont ils peuvent être la cible, elle s’appuie notamment sur une mallette pédagogique conçue par le Raid, une unité d'intervention spécialisée de la police nationale.

"Au début, le Raid assurait lui-même les formations. Elles ont eu tellement de succès qu’il a fallu former des formateurs au sein des directions départementales de la police nationale pour prendre le relais", explique Isabelle Souty, directrice départementale adjointe de la police nationale en Ariège.

Avec les élections municipales de mars 2026 sur le département et l’arrivée de nouveaux élus, la direction départementale de la police nationale a choisi de renouveler ces précieux conseils avec un objectif simple : leur donner des clés pour faire face aux situations conflictuelles, les désamorcer et, surtout, rester en sécurité. "On est dans un climat social où les gens sont souvent très énervés et ne savent pas toujours exprimer leur colère sans avoir recours à la violence. Face à ça, l’élu peut être complètement démuni", reconnaît Isabelle Souty.

Si ces formations servent à prodiguer des conseils, elles offrent aussi des mises en situation. Car avant de chercher à régler un problème, encore faut-il ne pas se mettre soi-même en difficulté. "Il faut apprendre à prendre conscience de son environnement et à se mettre d'abord en sécurité. Souvent, l’élu veut régler le problème immédiatement, il se focalise sur la situation et peut entrer dans le conflit. Et c’est là qu’il se met en danger."

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