Le président américain a semé la confusion dimanche en annonçant un « cessez-le-feu énergétique » entre l’Ukraine et la Russie, provoquant l’étonnement de Kiev et le silence à Moscou.
Donald Trump à la base militaire aérienne d’Andrews, dans le Maryland, le 10 octobre 2026. MANDEL NGAN/AFP
Donald Trump a semé la confusion dimanche 11 octobre en annonçant un « cessez-le-feu énergétique » entre l’Ukraine et la Russie, provoquant l’étonnement de Kiev, le silence à Moscou, tandis que Londres, Paris et Ottawa affirmaient soutenir cet « appel » du président américain. « A compter de maintenant, il y a un CESSEZ-LE-FEU ÉNERGÉTIQUE dans la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Les deux parties se sont mises d’accord. Ne le rompez pas ! » a écrit le milliardaire républicain sur sa plateforme Truth Social, sans plus de détails.
Le président américain Donald Trump avait déjà annoncé vendredi avoir négocié la livraison de quantités massives de diesel russe aux marchés américain et mondial, levant pour ce faire des sanctions qui pèsent sur Moscou, au grand dam du président ukrainien Volodymyr Zelensky qui avait dénoncé une décision « indigne ».
• Zelensky pris de courtAussitôt l’annonce de ce « cessez-le-feu énergétique », qui selon le dirigeant républicain prenait effet immédiatement, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a affirmé que les frappes russes contre les infrastructures ukrainiennes se poursuivaient.
Le président ukrainien, apparemment pris de court, a dit au média américain Axios n’avoir pas connaissance d’un tel accord, tandis que Moscou ne s’est pour l’heure pas exprimé. Il s’est cependant dit prêt à l’accepter si la Russie faisait de même. « Nous attendons des détails clairs sur le dialogue entre les Etats-Unis et la Russie. Et que (le président russe Vladimir) Poutine fasse ce que le président Trump a dit », a-t-il affirmé dans son allocution quotidienne.
Selon Volodymyr Zelensky, les frappes russes ont continué dimanche « avec la même intensité » malgré l’annonce de Donald Trump. « Les Russes ont frappé une centrale électrique à Kiev » et « plus tard, il y a eu des frappes sur des installations énergétiques dans la région de Kharkiv. Et tout ça s’est produit APRÈS que le président américain a fait sa déclaration », a-t-il affirmé dans la soirée.
« Cet hiver, si la Russie n’accepte pas un cessez-le-feu énergétique, nous répondrons », a déclaré ce lundi Volodymyr Zelensky lors d’un discours en vidéoconférence à un forum sur la sécurité à Varsovie.
• Ne pas « céder » à « la menace russe », dit MacronEmmanuel Macron a affirmé lundi qu’il ne fallait pas « céder » à « la menace russe », en réponse à une série de décisions et de propos de Donald Trump semblant aller dans le sens de la Russie face à l’Ukraine.
« Je pense qu’il faut qu’on soit collectivement sérieux », a dit le président français à la presse en marge d’une visite au Mondial de l’Auto à Paris, précisant qu’il parlerait dans la journée à son homologue américain.
« On n’a aujourd’hui, je crois, aucune raison factuelle de changer notre position. La Russie continue de bombarder à la fois les civils et les infrastructures en Ukraine. Et donc, oui pour chercher un cessez-le-feu sur l’énergie et je dirais aussi sur la mer Noire et reprendre des discussions de paix. Non, pour céder face à la menace russe », a-t-il ajouté.
• Royaume-Uni et Australie apportent aussi leur soutienLe Premier ministre britannique Andy Burnham a quant à lui affirmé que son pays soutenait « l’appel » de Donald Trump pour « une trêve énergétique durable sans délai ». Le Premier ministre canadien Mark Carney a fait de même après s’être entretenu dimanche avec le président américain.
L’Australie a aussi apporté son soutien au « cessez-le-feu énergétique », tout en exhortant Moscou à « mettre fin à son invasion injustifiée » du pays. « L’Australie soutient un cessez-le-feu énergétique qui soit respecté par la Russie et qui contribue à une paix juste et durable, selon les conditions fixées par l’Ukraine », a déclaré un porte-parole du ministère australien des Affaires étrangères dans une déclaration à l’AFP.
• Un accord pour soulager les consommateurs américainsLes frappes ukrainiennes sur les raffineries russes, que Kiev qualifie de justes représailles aux bombardements de Moscou, ont attiré la colère du président Trump, alors que Washington et Moscou ont annoncé un accord surprise d’achat de diesel russe. A la suite du bond des prix du carburant aux Etats-Unis depuis le déclenchement en février par Donald Trump et Israël de la guerre contre l’Iran, cet accord est vu comme un moyen de soulager en partie les consommateurs américains juste avant des élections législatives cruciales et difficiles pour le milliardaire américain.
Samedi, Donald Trump était allé jusqu’à « suggérer » aux Ukrainiens de se doter « d’un nouveau dirigeant qui peut parvenir à un accord » de paix avec Moscou. « Avec tout le respect vis-à-vis du président Trump, c’est à notre société, à notre peuple, qu’il revient de choisir tel ou tel dirigeant », a répondu Volodymy Zelensky dans une interview diffusée dimanche sur la chaîne ABC.
• Des élus américains jugent l’accord sur le diesel contraire à la loiDes élus démocrates et républicains ont mis en cause la légalité de l’accord entre Washington et Moscou sur la livraison de diesel russe, affirmant que cela contrevenait à une loi du Congrès américain. « La décision du président Trump d’autoriser les importations de diesel russe aux Etats-Unis va directement à l’encontre de la loi », ont estimé sept sénateurs, dont quatre venant du Parti républicain de Donald Trump, faisant référence à une loi adoptée par le Congrès en 2022 après l’invasion russe de l’Ukraine, et qui interdit l’importation d’énergie russe.
« Le Congrès a été clair : les Etats-Unis ne doivent pas importer de pétrole de Russie tant que celle-ci n’aura pas mis fin à son agression contre l’Ukraine et cessé de proférer des menaces à l’encontre de nos alliés de l’Otan », ont écrit dans un communiqué ces sénateurs, dont la démocrate Jeanne Shaheen et le républicain Thom Tillis. Interrogé à ce sujet sur la chaîne Fox News dimanche, le ministre des Finances Scott Bessent a indiqué que le gouvernement américain entendait « agir en nous appuyant sur tous les pouvoirs légaux dont nous disposons ». « Donc, sachez que toute personne au Congrès qui prétend […] que cela nous est interdit se trompe », a-t-il dit en soulignant qu’en faisant baisser le prix du diesel le président Trump agissait dans « l’intérêt du peuple américain ».
Par Service Actu (avec AFP)