Les Etats-Unis vont importer du diesel russe, malgré les sanctions contre Moscou, dans l’espoir de faire baisser le prix du gazole pour les Américains, à quelques semaines des élections de mi-mandat qui s’annoncent compliquées pour Donald Trump.
Donald Trump aux côtés du président ukrainien Volodymyr Zelensky, à New York le 22 septembre. BRENDAN SMIALOWSKI / AFP
Quand le prix du gazole à la pompe l’emporte sur tout... Donald Trump s’est félicité vendredi 9 octobre d’avoir négocié la livraison de quantités massives de diesel russe aux marchés américain et mondial, levant pour ce faire des sanctions qui pèsent sur Moscou. Au grand dam de Volodymyr Zelensky qui a dénoncé une décision « indigne ».
Cette annonce inattendue a symboliquement coïncidé avec la reprise, ce vendredi, à Miami des discussions entre Américains et Ukrainiens sur la guerre avec la Russie, en présence de conseillers à la sécurité nationale de plusieurs pays européens.
Donald Trump, qui cherche par tous les moyens à faire baisser les prix aux Etats-Unis à l’approche des élections de mi-mandat, a expliqué avoir eu une « discussion très fructueuse » avec Vladimir Poutine.
« La Russie va immédiatement fournir plus de 300 000 tonnes de diesel au marché américain et mondial, 500 000 tonnes de plus en novembre et 1 000 000 de tonnes immédiatement après. Par ailleurs, selon l’état de ses raffineries, la Russie va livrer rapidement 3 000 000 tonnes de diesel », a-t-il écrit sur son réseau Truth Social.
Avant de se féliciter des baisses de prix à venir, avouant ainsi le principal objectif de cet accord :
« Les prix du diesel pour les Américains et, en réalité, pour le monde, vont baisser rapidement dans des proportions record ! Des prix plus bas pour les Américains et surtout nos formidables paysans, éleveurs et transporteurs routiers, c’est ma plus grande priorité », s’est vanté le dirigeant républicain.
Un accord (sur le dos de l’Ukraine) qui intervient au bon moment pour Donald Trump, à quelques semaines des élections de mi-mandat (les « midterms ») qui s’annoncent compliquées pour le président américain.
« La partie russe a réaffirmé sa volonté de fournir du pétrole et des produits pétroliers aux marchés américain et mondial », a ensuite indiqué le Kremlin, confirmant également les chiffres avancés par Donald Trump.
Une levée temporaire des sanctionsL’accord est loin d’être anodin. Le ministère américain des Finances a ainsi précisé avoir donné une autorisation provisoire pour cette mise sur le marché de gazole russe. La Russie est en effet frappée de sanctions sur ses exportations d’hydrocarbures, dont l’objectif est de compliquer le financement de la guerre contre l’Ukraine, déclenchée en février 2022 par l’invasion russe à grande échelle du pays.
Le président américain a promis de mettre fin à la guerre, mais ses précédentes tentatives de médiation ont fait long feu. Il n’a jamais condamné l’invasion russe, et les Ukrainiens et Européens lui ont maintes fois reproché de prendre davantage en compte les revendications russes que les demandes ukrainiennes.
Ces dernières semaines, Donald Trump a plusieurs fois condamné les attaques ukrainiennes sur des raffineries russes, mais il s’est abstenu de commenter la recrudescence des frappes russes contre l’Ukraine, qui ont fait de nombreuses victimes civiles.
« Une décision faible »L’annonce a immédiatement suscité la vive réprobation du président ukrainien. « Ce n’est certainement pas honnête, c’est certainement indigne de nos partenaires, et c’est, à mon avis, une décision faible », a regretté Volodymyr Zelensky auprès des journalistes.
« Vous savez, cela ressemble à un beau cadeau d’anniversaire pour Poutine. C’est absolument horrible », a déclaré Volodymyr Zelensky au média américain Axios en référence au 74e anniversaire mercredi du président russe.
« Cela ne fait qu’alimenter Poutine et lui donne la possibilité de mener une guerre encore plus intense », a-t-il aussi déclaré à la presse, regrettant que l’équipe ukrainienne en déplacement en Floride ait « simplement servi de façade » pour cet accord avec Moscou.
A Miami, la délégation ukrainienne a rencontré Steve Witkoff, l’émissaire spécial de Donald Trump, et Jared Kushner, le gendre du président américain qui agit en qualité de médiateur informel, en présence de représentants européens.
Steve Witkoff a invoqué sur X des « discussions constructives », sans préciser si elles se poursuivraient samedi comme initialement prévu.
Les échanges ont notamment porté sur « des mesures à court terme liées à la préparation à l’hiver (résilience énergétique, exportations de céréales), des garanties de sécurité, ainsi que des dispositifs à plus long terme pour la sécurité de l’Ukraine et de l’Europe », a précisé l’émissaire.
La suspension des sanctions a également été critiquée par l’Union européenne.
« Suspendre les sanctions sur le diesel russe donne à Moscou davantage de revenus pour faire la guerre. Ce n’est pas le moment d’alléger la pression sur la Russie, et l’Europe ne le fera pas », a réagi Kaja Kallas sur les réseaux sociaux.
« L’Europe connaît trop bien les coûts cachés liés à la dépendance excessive aux hydrocarbures russes, et l’Europe ne souhaite pas alimenter la guerre de la Russie contre l’Ukraine », a de son côté indiqué la Commission européenne.
« Un nouveau degré d’horreur »Depuis mercredi, des attaques russes ont fait environ 60 morts en Ukraine, dont au moins 30 jeudi dans une frappe qui a touché deux bus à Kramatorsk (est), dans l’une des attaques les plus meurtrières des dernières semaines. Encore ce samedi, des frappes russes sur la ville de Zaporijjia dans le sud-est de l’Ukraine ont fait au moins huit morts, dont trois enfants, selon les autorités ukrainiennes.
Les récents bombardements russes ont aussi causé des « dommages considérables » au réseau électrique ukrainien, a déploré vendredi Volodymyr Zelensky.
Kiev redoute la répétition du scénario de l’hiver dernier, lorsque la Russie avait pilonné les installations énergétiques du pays, plongeant des millions de foyers dans le froid et l’obscurité.
Lors d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU vendredi, le sous-secrétaire général Khaled Khiari a dénoncé les dernières attaques russes, qui ont « atteint un nouveau degré d’horreur », selon lui.
« Les habitants de Kiev et d’autres grandes villes pourraient être plongés dans l’obscurité et affronter un froid extrême cet hiver si ces attaques ne cessent pas immédiatement », a-t-il prévenu.
Par Le Nouvel Obs avec AFP
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