Le premier incarne Hermann Göring, le second son psychiatre américain. Leur relation trouble donne toute sa force à cette reconstitution du procès historique. Ce soir à 21h10 sur Canal+ et disponible à la demande sur myCANAL.
Rami Malek et Russell Crowe dans « Nuremberg » de James Vanderbilt NOUR FILMS/SCOTT GARFIELD
Le procès de Nuremberg, voilà un sujet en or bizarrement négligé par Hollywood, malgré sa longue tradition du cinéma de prétoire. Avant que le réalisateur James Vanderbilt ne retrace ce qui apparaît comme l’acte de naissance du droit international, il faut remonter au début des années 1960 et « Jugement à Nuremberg », signé par l’artisan de gauche Stanley Kramer, pour retrouver une fresque de même ampleur sur le sujet. On n’ira pas non plus jusqu’à dire que cette nouvelle reconstitution comble un déficit de représentation, puisque le petit écran ravive sans cesse les images marquantes du procès à des fins pédagogiques - qui n’a pas en mémoire cette brochette de nazis, casque sur les oreilles et lunettes fumées sur le nez, vus en noir et blanc à la télé ? Le défi de James Vanderbilt réside justement là : réoxygéner ce décorum circonscrit au documentaire, y instiller de la fiction et du romanesque.
Un patient maléfiqueSon film n’est d’ailleurs jamais aussi bon que lorsqu’il s’en tient à suivre sa principale ligne narrative : le lien pervers qui unit Hermann Göring au psychiatre américain Douglas Kelley, expert judiciaire écartelé entre son devoir thérapeutique, sa morale personnelle (troublée par l’incontestable sympathie dégagée par ce patient maléfique) et les injonctions souterraines émanant du camp allié dans le but de fragiliser le prévenu à la veille de son procès.
Campé par Russell Crowe et Rami Malek, ce duel dans le pur style hollywoodien décline les grandes lignes de force du genre. Opposition de styles, du bien et du mal, mais aussi des générations. Non seulement le film tire parti des contrastes de chacun (rondeurs de vieux briscard pour l’un, arrogance de jeune premier pour l’autre), mais il dessine en filigrane une sorte de purgatoire où s’agrègent deux destins potentiels.
Celui de Crowe, par qui le poids des années et le poids tout court l’assignent à incarner des ogres en bout de piste (se souvenir de sa performance en patron de Fox News dans la série « The Loudest Voice ») ; et celui de Malek, ce talent plus si jeune, oscarisé depuis sept ans, confronté au plus grand défi existentiel pour un acteur de l’industrie : trouver sa juste place dans l’histoire.
◗ Mardi 29 septembre à 21h10 sur Canal+. Drame américain de James Vanderbilt (2026). Avec Russell Crowe, Rami Malek, Michael Shannon. 2h28. (Disponible à la demande sur myCANAL).
Par Guillaume Loison
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