Derrière son univers de cuir et de domination, le premier film de Harry Lighton raconte avec finesse la découverte de soi d’un garçon introverti. Ce soir à 22h15 sur Ciné+ Festival et disponible à la demande sur myCANAL.
Harry Melling et Alexander Skarsgård dans « Pillion » de Harry Lighton MEMENTO/CHRIS HARRIS - CINE+ FESTIVAL
En 2025, sur la Croisette, la starlette et son mythique bikini ont été supplantés par des garçons à la musculature très charpentée arborant fièrement combinaison de cuir élimée et chaînes autour du cou. Présenté dans la sélection Un certain regard (dont il est reparti avec le prix du scénario), « Pillion », premier film de Harry Lighton, adapté du roman « Box Hill », d’Adam Mars-Jones, nous plonge dans le monde sulfureux et excitant des motards gays, autrefois sublimés par Kenneth Anger dans « Scorpio Rising » (1963). Ce culte fétichiste est moins le centre de cette fiction que la relation progressive et dévouée d’un jeune homme effacé qui va s’accomplir en découvrant son goût pour la soumission à un maître mutique, apparemment rétif à toute forme de sentimentalisme. Ce dernier va « adopter » et dresser le trop sensible Colin comme on le ferait avec un chiot errant.
La naissance d’un homme-objetSur un tel sujet, on pourrait s’attendre à un film provocateur, il n’en est rien. Même si quelques scènes frontalement érotiques viennent nous rappeler qu’il est question non seulement d’amour non réciproque mais aussi d’accomplissement sexuel. Bref, nous sommes moins dans le sado-maso que dans la dévotion intellectuelle au maître. Dans le plaisir pris à obéir, à s’effacer devant lui pour mieux se découvrir et tenir sa place dans la hiérarchie verticale (un garçon debout, un autre à sa botte) de la domination. Dans l’émancipation par l’effacement de sa volonté et de son libre arbitre.
Ce thème troublant, la mise en scène le tient à distance de toute exploitation scabreuse, préférant disséquer, par le recours à un découpage ascétique, le mécanisme intellectuel de ce rapport de force. Et filmer la naissance d’un homme-objet. Dans le rôle de Colin l’introverti, Harry Melling se montre touchant dans sa manière d’aller avec extase à la rencontre de sa condition profonde, face à un Alexander Skarsgård qui sert à merveille la complexité silencieuse d’un personnage faussement monolithique. Audacieux et poignant.
◗ Dimanche 4 octobre à 22h15 sur Ciné+ Festival. Drame britannique de Harry Lighton (2026). Avec Harry Melling, Alexander Skarsgård. 1h47. (Disponible à la demande sur myCANAL).
Par Xavier Leherpeur