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Enregistrement inédit d’André Cluytens, « le gentleman du pupitre »

Дата публикации: 07-10-2026 05:10:45

Lucerne Festival Historic Performances. César Franck (1822-1890) : Symphonie en ré mineur. Aram Khatchatourian (1903-1978) : Concerto pour violon en ré mineur. Igor Oïstrakh, violon. Philharmonia Orchestra, direction : André Cluytens. Enregistré le 28 août 1954 au Kunsthaus de Lucerne. 1 CD Audite. Notice de présentation en allemand, anglais, français. Durée : 71:00
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Elégance, équilibre, mais également énergie. Toutes les qualités du chef d’orchestre André Cluytens sont réunies dans un enregistrement inédit d’un concert au Festival de Lucerne en 1954, à la tête du Philharmonia Orchestra.

Parce que ses multiples enregistrements de musique française à la tête de l’Orchestre de la Société des concerts du Conservatoire sont légendaires, on croyait André Cluytens (1905-1967) un pur produit de notre pays. En fait, André Cluytens est d’origine belge, né à Anvers, où son père était chef de l’Opéra royal flamand. Et c’est en Belgique que le musicien va étudier et faire ses premières armes de chef d’orchestre, avant de s’établir en France en 1932. Et de poursuivre une carrière internationale de premier plan.

Premier chef à enregistrer une intégrale des symphonies de Beethoven avec le Philharmonique de Berlin (en 1960, trois ans avant Karajan), premier chef français invité à diriger à Bayreuth, mais également invité à Vienne, à la Scala de Milan (pour une Tétralogie d’anthologie), directeur du Théâtre national de l’Opéra-Comique de 1946 à 1953, de la Société des Concerts du Conservatoire pendant plus de 14 ans, André Cluytens était un chef « multi-cartes », aussi à l’aise dans le répertoire français que russe, dans l’opéra que dans le romantisme symphonique. Surnommé « le gentleman du pupitre« , Cluytens possédait une « patte » indéniable faite de clarté de la ligne, d’équilibre, de fluidité permettant de faire des miracles dans la musique française (Ravel et Berlioz en tête).

Ces qualités, nous les retrouvons dans un enregistrement inédit du label allemand Audite qui ressuscite le concert du 28 août 1954 au Festival de Lucerne, où André Cluytens a été invité à de nombreuses reprises. A la tête du Philharmonia Orchestra, phalange anglaise très polyvalente, André Cluytens propose un programme assez étonnant, franco-russe, ou plus précisément belgo-arménien, avec la Symphonie en ré mineur de César Franck et le Concerto pour violon également en ré mineur d’Aram Kahchatourian en compagnie du soliste Igor Oïstrakh. Deux œuvres qu’à priori rien ne relie, sinon la tonalité, et l’amour de la musique. Autant la Symphonie de Franck est grave et parfois austère, autant le Concerto de Khatchatourian est volubile et exubérant. Mais c’est avec la même gourmandise, le même souci de la générosité et de la lisibilité qu’André Cluytens aborde ces deux pièces.

Composée entre 1886 et 1888, la célèbre Symphonie en ré mineur de César Franck est un long cheminement de l’ombre vers la lumière, une vaste symphonie encore très romantique, très influencée par Wagner dans ses chromatismes et ses leitmotivs. Beaucoup de chefs dirigent cette œuvre avec emphase, componction, comme un grand choral brucknérien. Rien de tout cela chez Cluytens qui choisit au contraire des tempos plutôt allants, multipliant les atmosphères, les couleurs, quitte parfois à bousculer certaines habitudes. C’est particulièrement le cas dans le premier mouvement (Lento-Allegro non troppo) où Cluytens n’hésite pas à rudoyer cordes et vents du Philharmonia dans de brusques accelerandos. Au petit jeu des comparaisons, Cluytens emporte ce mouvement en deux minutes de moins que Karajan ou Giulini par exemple, maîtres incontestés du legato orchestral. Mais c’est tout aussi intéressant. Le second mouvement, Allegretto, est lui aussi un modèle de précision, avant un final sans effusion romantique excessive, un passage de l’ombre à la lumière où tous les thèmes de la symphonie se rejoignent, de manière totalement jubilatoire. Seul petit bémol : la prise de son (monophonique), tout en étant de très bonne qualité, a tendance à mettre trop en avant les timbales, parfois envahissantes.

Changement complet de registre en deuxième partie, avec le Concerto pour violon d’Aram Khatchatourian. Pour la partie soliste, André Cluytens a invité Igor Oïstrakh, le fils du grand David, créateur de l’œuvre en 1940. Comme son père, Igor Oïstrakh, malgré un son un peu plus sec, est adepte de la grande ligne. L’archet est ample, lyrique, et d’une virtuosité sans faille, idéal pour surmonter les innombrables chausse-trappes de ce Concerto volubile remplis de mélodies et de rythmes traditionnels arméniens. Sur des tempos de feu, André Cluytens cravache le Philharmonia tout au long de cette œuvre irrésistible. Et Igor Oïstrakh se risque même à doubler son père, en termes de tempo, si tant est que cela soit possible, dans un final étourdissant.

Lire aussi : 

Édition André Cluytens : la splendeur de la perfection

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