La flambée des prix du pétrole touche plus durement les compagnies à bas coût. Aux États-Unis, leur part de marché est en déclin depuis deux ans. L’Europe suivra-t-elle cette tendance ? ...
Après un été prolifique, les mois difficiles commencent pour les compagnies aériennes en Europe. Et il y a un segment du secteur qui s'apprête à vivre une saison hivernale plus compliquée que les autres : le low cost.
1. Un carburant qui pèse très lourd, certains déjà en difficultésPour une compagnie low cost, le carburant pèse très lourd dans la structure de coûts. À titre d'exemple, plus de 40 % des coûts de Ryanair proviennent de l'achat de kérosène, là où la moyenne tourne autour des 30 % pour l'ensemble des compagnies. Quand le pétrole flambe, les transporteurs à bas coût ont donc très peu de marge pour absorber le choc ou le répercuter sur le client.
La moindre hausse des billets d'avion est ainsi beaucoup plus perceptible chez le voyageur. Une hausse de 10 euros sur un billet de 50 euros à la base se fait sentir plus lourdement que si le billet initial est de 300 euros.
Vols en moins "à cause de la taxe belge", pénurie de kérosène : voici ce que Ryanair prévoit pour CharleroiEnfin, beaucoup de compagnies low cost proposent essentiellement des destinations de vacances ; les mois d'automne et d'hiver sont historiquement plus difficiles à gérer. En Europe, des compagnies low cost, comme la lettonne Air Baltic ou l'espagnole Volotea, sont en difficulté suite à cette flambée des prix du pétrole.
2. Une couverture qui s'estompe et des prix "en hausse de 20 %"Les compagnies aériennes ont longtemps été épargnées par la crise pétrolière actuelle. Elles sont pour la plupart bien couvertes par des assurances (hedging) – ce qui leur permet d'acheter du kérosène à un prix inférieur à celui du marché actuel. Mais personne n'avait prédit un tel blocage sur les mannes de pétrole du Moyen-Orient. Le temps joue en défaveur des transporteurs du ciel : ces assurances n'ont qu'une durée limitée.
Le groupe aérien Lufthansa, dont fait partie Brussels Airlines, vient ainsi d'annoncer qu'il s'attendait à un surplus carburant supérieur à 1,5 milliard d'euros pour cette année 2026.
L'autre géant européen, Ryanair, commence aussi à sentir le poids de cette crise. Son patron, Michael O'Leary, a récemment expliqué à plusieurs journaux britanniques qu'il s'attendait à une hausse allant jusqu'à 20 % des billets d'avion pour 2027. Si le prix du baril de kérosène restait au niveau actuel pendant plusieurs mois, les prix pourraient même quasiment doubler chez Ryanair, passant de 50 euros en moyenne actuellement à près de 90 euros, selon le patron irlandais.
3. Attention à ce qu'il se passe sur le marché américainOn pourrait dire que cette crise n'est que passagère. La guerre en Iran ne sera pas éternelle et les cours du pétrole vont bien baisser un jour ou l'autre. Mais rien ne dit que tout reviendra comme avant pour le low cost en Europe. On dit souvent que pour savoir ce qu'il va se passer dans le ciel européen dans dix ans, il faut scruter de l'autre côté de l'Atlantique. Or, les spécialistes ont constaté un fait assez marquant ces trois dernières années aux États-Unis. Indépendamment de la crise pétrolière, le secteur low cost est en perte de vitesse aux États-Unis, après avoir connu un pic en 2023.
Michael O'Leary n'a jamais caché son ambition de "tuer" la concurrence en Europe pour, ensuite, pouvoir faire grimper ses tarifs plus aisément.
Sur les vols intérieurs aux USA, la part de marché du low cost est ainsi passée de 35 à 32 % des vols, l'année dernière. En Europe, le segment reste en progression, avec plus de 36 % des vols. Mais beaucoup s'accordent à dire que les prix actuels ne sont plus tenables. "Nous sous-facturons le transport aérien en Europe", a ainsi déclaré Michael O'Leary, le patron de Ryanair au Financial Times.
Cet énorme montant que les compagnies aériennes doivent aux passagers : "Ce système est chaotique"Le milliardaire irlandais a ainsi comparé les 50 euros de moyenne pour un billet d'avion que fait payer sa compagnie aux 175 dollars (154 euros) de moyenne demandés par Southwest, la compagnie low cost américaine que Ryanair avait copié à ses débuts.
Il y a une raison à cette hausse subite des prix aux États-Unis : plusieurs compagnies, comme la low cost Spirit, ont fait faillite, ce qui limite très fortement la concurrence et donc la guerre des prix. Un scénario à l'américaine dont rêve sans doute Ryanair. Michael O'Leary n'a jamais caché son ambition de "tuer" la concurrence en Europe pour, ensuite, pouvoir faire grimper ses tarifs plus aisément.
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