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La solitude, un mal silencieux qui tue chaque jour : il est urgent de nous mobiliser

Дата публикации: 28-09-2026 16:00:23

Le directeur général de la Macif, Jean-Philippe Dogneton, appelle à un sursaut collectif contre ce fléau qui, contrairement aux clichés, ne touche pas seulement les personnes âgées

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Aujourd’hui, en France, plus d’un citoyen sur quatre déclare se sentir régulièrement seul. Selon la Fondation de France, 12 % des Français sont même en situation d’isolement relationnel, sans véritable réseau de sociabilité. A l’échelle mondiale, l’OMS estime qu’une personne sur six est concernée, et que la solitude est associée à 871 000 décès chaque année. La solitude tue 100 personnes chaque heure dans le monde ; son risque est équivalent à la consommation de quinze cigarettes par jour.

Derrière ces données brutes se cache une fracture silencieuse, invisible mais profonde, qui traverse l’ensemble de notre société. L’illusion selon laquelle la solitude ne frapperait que le très grand âge ne résiste plus aux faits. Les crises successives, les mutations économiques et la précarisation d’une partie de la population ont déplacé les frontières de cette vulnérabilité. Aujourd’hui, ce sentiment de relégation touche massivement les jeunes générations face aux incertitudes de l’avenir, les familles monoparentales, les onze millions de proches aidants au bord de l’épuisement, ainsi que les victimes de violences intrafamiliales ou d’accidents de la vie. Dans une société en apparence hyperconnectée, la réalité du terrain montre un effritement inquiétant du maillage humain. Qui ne connaît pas quelqu’un autour de lui qui n’a pas eu à souffrir de solitude ?

Cette situation ne relève pas d’une somme de destins individuels mais d’un problème d’intérêt public. Quand le lien se rompt, la santé se fragilise, la vulnérabilité s’accroît et la capacité collective à surmonter les chocs diminue. Si les travaux de l’OMS établissent désormais un lien entre la solitude et un risque accru de maladies cardiovasculaires, de dépression, d’anxiété et de décès prématuré, la solitude remet encore en cause la confiance fondamentale sur laquelle repose notre vie en communauté, elle interroge encore nos sociétés, nos familles, nos villes, nos campagnes, nos avenirs démocratiques qui reposent sur la rencontre et le débat avec l’autre.

La puissance publique fait ce qu’elle peut. La vague est grande. Elle revêt des dimensions climatiques, numériques, démographiques. Parfois même le mal de solitude a lieu au milieu de la foule : on peut être très entouré, avoir une vie très active, et se sentir particulièrement seul – au milieu des autres.

Face à ces solitudes qui gagnent du terrain, les entreprises ne peuvent rester de simples spectateurs. Les assureurs ont évidemment un rôle à jouer. Accidents, sinistres, deuils, pertes d’emploi, d’autonomie, maladies, addictions, handicaps, etc. : ces événements de nos vies au cœur de nos métiers sont précisément ceux qui isolent et fragilisent le plus. Protéger les personnes par la seule compensation financière est nécessaire, mais ce n’est pas suffisant. Il est de notre responsabilité d’écouter, d’accompagner, de créer et recréer du lien.

Les solitudes sont le symptôme de cette tectonique des plaques qui se joue entre les mutualisations et les démutualisations secouant notre époque. Aussi, quand les sols se fissurent, quand les murs et les frontières craquent, quand l’aléa grandit, il faut choisir son camp. Nous sommes d’abord et essentiellement des animaux politiques. Nous choisissons le camp du lien, nous sommes du côté des mutualisations.

Au nom de chaque personne qui se trouverait isolée, privée de présence, éloignée de l’humanité la plus élémentaire, en tant qu’acteur de la protection, en tant qu’observateur des risques, nous appelons les organisations, les consciences individuelles et collectives, à nommer et à traquer ces solitudes qui nous désunissent. A maintenir le lien, à faire advenir ces mutualisations – la dignité de nos existences et l’habitabilité du monde en dépendent.

Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

Par  Jean-Philippe Dogneton

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