Dans les hautes vallées ariégeoises, la roche raconte une histoire vieille de plus d’un siècle. Mais pour éviter que ce patrimoine ne s’efface, il fallait un regard passionné, capable de fouiller les mémoires autant...
Dans les hautes vallées ariégeoises, la roche raconte une histoire vieille de plus d’un siècle. Mais pour éviter que ce patrimoine ne s’efface, il fallait un regard passionné, capable de fouiller les mémoires autant que d’arpenter les parois. Porté par l’association Escalade et nature en Ariège (Ena), un ouvrage exceptionnel vient d’émerger : plus de 250 pages dédiées aux spots d’Orlu et d’Ax-les-Thermes.
Entièrement mis à jour en mars 2025, ce guide répertorie plus de 30 sites réunissant blocs, couennes et grandes voies, du débutant aux experts du 8e degré. La célèbre Dent d’Orlu y apparaît sous un jour nouveau, remettant à l’honneur le terrain d’aventure comme les créations récentes.
À l’origine de ce projet ambitieux, on retrouve Vincent Gleyses, éleveur de 54 ans. Après deux années d’un travail bénévole intense, il a patiemment rassemblé cette mémoire locale. "Il y avait un besoin local de regrouper, répertorier, et même d’archiver ce patrimoine de l’escalade que nous avons dans la vallée et qui se perdait un peu, surtout les vieilles voies historiques", explique-t-il.
Pour nourrir cet inventaire, l’auteur s’est transformé en véritable enquêteur du vertige : "C’était de l’archéologie, il a fallu fouiller dans les greniers et contacter les anciens ouvreurs pour échanger sur leurs expériences."
Cette quête sur le terrain a réservé d’incroyables surprises au fil des ascensions. "C’est arrivé plein de fois où, en brossant un bloc ou dans une grande voie, les ouvreurs ou moi-même tombions sur un vieux piton qu’on ne pensait même pas trouver. C’est fun", s’enthousiasme le mordu de la réglette.
Mais au-delà des accès et des cotations, le collectif tenait à ancrer la grimpe dans son environnement humain et naturel. "Les grimpeurs ont besoin de comprendre le territoire dans lequel ils arrivent, car nous prônons des montagnes vivantes, bien sûr dans le respect de l’environnement", souligne-t-il. C’est pourquoi des textes sur le pastoralisme, la réserve naturelle ou le patrimoine hydroélectrique enrichissent les pages, accompagnés d’aquarelles et d’infos sur la faune et la flore, praticables en toutes saisons.
Épaulé par Bruno Collat, Vincent Gleyses a orchestré une œuvre collective sublimée par la maquette de Chloé Yvroux et les photos de Sam Bié. "C’est un nouvel outil bien local, un jalon dans l’histoire de la grimpe", conclut l’auteur.