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“Inquisitions”, sur Arte : “Je voulais faire un film sur les mécanismes de répression”

Дата публикации: 22-09-2026 11:00:00

Ce documentaire en deux parties, diffusé ce mardi, éclaire les rouages de l’Inquisition, machine à broyer instituée par l’Église. Pour Stan Neumann, le fruit d’années de travail encyclopédique, mais aussi de procédés narratifs ingénieux.

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Ce documentaire en deux parties, diffusé ce mardi, éclaire les rouages de l’Inquisition, machine à broyer instituée par l’Église. Pour Stan Neumann, le fruit d’années de travail encyclopédique, mais aussi de procédés narratifs ingénieux.

Le comédien Denis Lavant donne chair aux écrits des inquisiteurs, « pour en faire sentir la grande violence ».

Le comédien Denis Lavant donne chair aux écrits des inquisiteurs, « pour en faire sentir la grande violence ». Zadig Productions

Par Samuel Gontier

Publié le 22 septembre 2026 à 13h00

Mis à jour le 22 septembre 2026 à 13h58

C’est une révolution de la conception de la justice dont les prémices remontent au XIIᵉ siècle. Sa juridiction fondée par le pape Grégoire IX exerça son magistère jusqu’au XIXᵉ, ses principes irriguent encore notre monde contemporain. L’Inquisition, son histoire et sa portée, se révèle dans un prodigieux documentaire de Stan Neumann. L’idée remonte à 1990 et à son premier film (réalisé avec le photographe Frédéric Brenner), Les Derniers Marranes. En 1988, au Portugal, des juifs qui vivent secrètement leur foi depuis la conversion forcée au catholicisme en 1497 acceptent de se dévoiler devant la caméra. Dans la foulée, Stan Neumann lit Le Manuel des inquisiteurs, de Nicolas Eymerich, publié en 1376. « J’étais fasciné par sa rhétorique et par son intelligence dialectique perverse : les inquisiteurs ont toujours raison. Comme les mollahs aujourd’hui en Iran. »

« Je ne voulais pas faire un film sur les hérésies ou les victimes de l’Inquisition, mais sur une institution répressive et ses mécanismes, détaille le réalisateur. Toutes les religions d’État sont persécutrices, mais aucune autre n’a créé l’Inquisition. C’est une singularité européenne. » Qu’il a choisi de ne pas évoquer avec ses descendants : « Je ne donne pas plus la parole à l’Église ici qu’aux patrons dans Le Temps des ouvriers [sa précédente série pour Arte, ndlr]. Je n’ai pas envie de raconter une chose et son contraire. » Au cœur de sa démarche, un travail encyclopédique. « Je lis, je lis, je lis… Surtout les notes de bas de page. » Toujours à la recherche de nouvelles sources, il découvre un univers beaucoup plus riche et complexe qu’attendu, se met en quête des rares historiens capables d’exprimer cette complexité.

La matière livresque et iconographique me fait craindre la torpeur. Je cherche ce qui va m’en distraire, dès l’écriture. Sinon, je m’ennuie.

Mais Inquisitions est bien plus qu’une suite d’entretiens illustrée par des manuscrits et des œuvres picturales. Sa richesse narrative s’appuie sur une réjouissante inventivité formelle. Aux archives contemporaines se mêlent des images de la culture populaire tandis qu’une animation avec des bonshommes de bois, aussi minimaliste qu’efficace, figure la réalité pratique de la justice inquisitoire. « La matière livresque et iconographique me fait craindre la torpeur, confie Stan Neumann. Je cherche ce qui va m’en distraire, dès l’écriture. Sinon, je m’ennuie. » Se revendiquant malicieusement « auteur de cinéma indirect » par opposition au cinéma direct, cette forme documentant le réel sans artifice de réalisation, il est animé par une éternelle « gamberge » : « Que puis-je mettre devant la caméra ? Je suis toujours à la recherche du plaisir de fabriquer. » Et ne peut se priver du « déconnage », émaillant d’humour les sujets les plus sérieux, les plus tragiques.

Un Pinocchio et Denis Lavant

Indifférent à la frontière entre fiction et documentaire, « un faux problème », Stan Neumann est confronté à des choix. « Pour faire de la fiction narrative avec peu de moyens, il est nécessaire de créer des espaces restreints. » Le voilà donc qui achète « un Pinocchio à 8,90 euros », s’amuse un peu et finit par concevoir avec lui un « dispositif rudimentaire » mais d’une grande pertinence. « Tout le monde peut s’identifier et, comme le pantin est inexpressif, c’est encore plus fort », estime celui qui s’interdit tout pathos — mais s’autorise l’émotion.

Découvrir la note et la critique

“Inquisitions”, sur Arte : un documentaire érudit et captivant sur sept siècles de violences

La force du propos tient aussi à la lecture par le comédien Denis Lavant, face caméra, des textes de doctrine rédigés par les inquisiteurs. « Ils sont incarnés pour placer la voix de l’Inquisition à un niveau différent du narrateur et des historiens, pour en faire sentir l’affect et la grande violence. » Un long compagnonnage lie le cinéaste au comédien, qui fut la voix de Victor Klemperer dans La langue ne ment pas, brillante adaptation du journal de guerre du philologue allemand, et incarna aussi Johannes Kepler dans L’Œil de l’astronome et Jacques Austerlitz dans le film éponyme. « Grand travailleur qui peut enchaîner vingt prises sans se lasser », doté d’« une énorme sensibilité à la matière textuelle, loue Stan Neumann, il est capable d’être excessif en restant classique, ce qui rend sa présence inquiétante ». Aussi redoutable que les écrits des inquisiteurs.

De cet assemblage de sources et de dispositifs en apparence hétéroclites naît un film dont la clarté n’a rien à envier à l’érudition, tant l’auteur se soucie de « l’intelligibilité du propos et la perception du public ». Sans doute un héritage de ses dix-huit ans de montage : « Je cherche ce qui reste dans le temps, qui change quelque chose pour le spectateur. Ça passe par une forme nette, précise, pas forcément singulière », assure-t-il. Tout en admettant : « Je suis incapable de faire un film normal. » Tant mieux.

Inquisitions, documentaire de Stan Neumann (France, 2026) | 2 × 54 mn. Mardi 22 septembre, 20h55, sur Arte, et en replay sur Arte.tv.

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