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Aux origines de la Cinémathèque, une équipe de femmes vouées au sauvetage d’un patrimoine

Дата публикации: 25-09-2026 08:30:07

Jusqu’au 1er octobre, la Cinémathèque française, à Paris, rend hommage à celles qui contribuèrent à sa fondation et à l’une de ses missions : conserver les films. Émilie Cauquy, programmatrice, nous dévoile le contenu de cet événement.

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Jusqu’au 1er octobre, la Cinémathèque française, à Paris, rend hommage à celles qui contribuèrent à sa fondation et à l’une de ses missions : conserver les films. Émilie Cauquy, programmatrice, nous dévoile le contenu de cet événement.

À droite, Marie Epstein. La scénariste et réalisatrice fut directrice du service technique de l’institution fondée en 1936 par Henri Langlois.

À droite, Marie Epstein. La scénariste et réalisatrice fut directrice du service technique de l’institution fondée en 1936 par Henri Langlois. Photo Cinémathèque française

Par Jérémie Couston

Publié le 25 septembre 2026 à 10h30

«La Cinémathèque n’est pas un temple mais un laboratoire. L’une de ses missions, depuis sa création, est de déconstruire, augmenter, interroger les canons. » Ainsi s’exprime la « laborantine » Émilie Cauquy, qui a concocté la rétrospective « Une histoire au féminin pluriel » pour honorer la mémoire de ses glorieuses aînées : Lotte Eisner, Marie Epstein, Mary Meerson, Musidora, Germaine Dulac, Renée Lichtig… Dans le cadre des 90 ans de la Cinémathèque française, ce cycle propose une histoire au féminin de l’institution à travers dix séances-portraits de personnalités féminines importantes, mentors, pionnières, boussoles, cicérones, conseillères, donatrices, collectionneuses, conservatrices, techniciennes, mécènes, employées, qui ont joué un rôle essentiel aux côtés du fondateur, Henri Langlois.

Quel type d’homme était Henri Langlois (1914-1977), le fondateur de la Cinémathèque, et quelle place laissait-il aux femmes de son équipe ?
Je ne suis pas assez âgée pour avoir rencontré Langlois. Certainement un mec complexe et débordé, un conteur hors pair, mais surtout un bosseur acharné. Il a eu un sacré flair pour engager son équipe, principalement constituée de femmes, pour conserver et documenter le cinéma muet, voué à disparaître, charpenter un important réseau de donateurs, à une époque où les métiers du patrimoine n’existaient pas (pour le cinéma) et où les femmes n’avaient pas encore le droit d’ouvrir un compte en banque. Langlois les a embauchées et leur a donné une liberté énorme pour développer leurs secteurs : Lotte Eisner aux enrichissements, Marie Epstein à la direction du service technique, Musidora à la presse, Mary Meerson à la direction…

Pourquoi leur rendre hommage aujourd’hui ?
L’année 2026 a été consacrée à labelliser des programmes pour marquer le 90e anniversaire de la Cinémathèque : un top 180, beaucoup de ciné-concerts exceptionnels, des programmations historiques autour du « goût Langlois » ou de l’essai fondateur sur l’âge d’or du cinéma allemand par Lotte Eisner, L’Écran démoniaque, publié en 1952. On voulait compléter cette offre par un focus sur certains profils, métiers et initiatives moins connus du public, parler de nos collègues mais aussi de nous, en quelque sorte.

Pas une seule fois je ne me suis sentie empêchée [dans mon travail à la Cinémathèque] parce que j’étais une femme.

Comment avez-vous conçu cet événement ?
Le concept de la programmation repose sur dix séances portraits toutes présentées par des spécialistes et des historiens, avec des photographies et des documents d’archives rares, un préprogramme (pour la plupart en partenariat avec l’INA) pour donner à voir et à entendre ces pionnières, puis un film qui résonne avec leur carrière. Notre idée est de créer un ouvroir, de donner envie d’explorer d’autres pistes sur l’histoire de la Cinémathèque. Une nouvelle musique pour Soleil et ombre, de Musidora (1922), avec un ciné-concert en partenariat avec le festival Les Inoubliables (le 25 septembre à 20h), des rushs inédits pour la séance consacrée à Madeleine Malthête-Méliès, la petite-fille de Georges Méliès, devenue la secrétaire d’Henri Langlois (le 26 septembre à 15h) ou encore un hommage à la monteuse et restauratrice Renée Lichtig (le 26 septembre à 20h30) avec un portrait d’elle suivi de La Symphonie nuptiale, d’Erich von Stroheim, qu’elle a contribué à restaurer.

Vous signez cette programmation avec trois consœurs, Amandine Dongois, Élise Girard et Marion Langlois. Quelle place l’institution accorde-t-elle aux femmes aujourd’hui ?
Quand j’étais étudiante en histoire de l’art à Paris 1, nous étions beaucoup de filles dans l’amphi et comptions nos professeures sur les doigts d’une main. Difficile de se projeter sur l’estrade, dans une galerie ou un musée. Quand j’ai fait mon stage à la Cinémathèque puis que j’ai été embauchée, en 2001, j’ai halluciné. J’ai été formée principalement par des femmes à forte personnalité, occupant des postes à forte responsabilité… C’était très motivant et encourageant. Pas une seule fois je ne me suis sentie empêchée parce que j’étais une femme, idem sur des projets comme Henri (plateforme VoD) ou des séances hors les murs, c’est avec liberté et confiance que j’ai pu les développer. C’est mon expérience et je ne parle pas pour l’ensemble de mes collègues. On croit souvent que la Cinémathèque est une personne alors qu’on est deux cents et majoritairement (60 %) des femmes.

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« Une histoire au féminin pluriel ». Du 25 septembre au 1er octobre, Cinémathèque française, 51, rue de Bercy, Paris 12e. 3-9,50 €.

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